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    Accueil»Économie»758 millions du FMI à Abidjan : suffit-il de signer pour voir des miracles ?
    Économie

    758 millions du FMI à Abidjan : suffit-il de signer pour voir des miracles ?

    By Makaya Mabiala27 juin 20255 Mins à lire
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    Un décaissement stratégique qui confirme la trajectoire d’Abidjan

    Le Conseil d’administration du Fonds monétaire international a validé, à la mi-juin, un tirage immédiat d’environ 758 millions de dollars en faveur de la Côte d’Ivoire. L’enveloppe s’inscrit à la croisée de trois instruments : le Mécanisme élargi de crédit, la Facilité élargie de crédit et surtout la toute nouvelle Facilité pour la résilience et la durabilité, bras financier du FMI dédié aux défis climatiques. Pour le gouvernement ivoirien, ce soutien intervient à un moment charnière : la croissance est restée robuste (autour de 6 % en 2023) malgré un environnement international crispé, mais la consolidation budgétaire demeure exigeante et la transition énergétique requiert des capitaux considérables. En entérinant ce décaissement, Washington envoie un signal de confiance envers les autorités d’Abidjan, tout en rappelant que l’argent s’accompagne d’une série d’indicateurs de performance à respecter.

    Cibler l’inflation sans sacrifier l’investissement public

    Au cœur de l’accord, la trajectoire budgétaire se veut équilibrée : réduire progressivement le déficit à 3 % du PIB à l’horizon 2025 sans freiner les investissements structurants. Cela suppose une mobilisation accrue des recettes intérieures, une rationalisation de certaines subventions et un encadrement plus strict des dépenses courantes. Les techniciens du FMI saluent déjà la mise en place d’un cadastre fiscal numérique et l’élargissement de la taxe sur la valeur ajoutée à des secteurs jusqu’ici peu couverts. Le ministre ivoirien de l’Économie a insisté sur la nécessité de « protéger les dépenses sociales vitales tout en poursuivant les chantiers d’infrastructures qui soutiennent l’emploi des jeunes ». La marge de manœuvre demeure toutefois étroite : la dette publique frôle 55 % du PIB, seuil tolérable mais surveillé, tandis que la remontée des taux internationaux renchérit le service de la dette.

    Résilience climatique : la FRD, nouveau levier pour l’Afrique de l’Ouest

    Particularité de ce paquet financier : plus de 40 % des fonds relèvent de la Facilité pour la résilience et la durabilité. Cette composante soutiendra des projets d’adaptation aux aléas climatiques, notamment la modernisation des barrages hydroélectriques de Buyo et Taabo, la digitalisation des services météorologiques et le renforcement de la filière cacao face aux risques phytosanitaires liés au réchauffement. L’instrument oblige par ailleurs le pays bénéficiaire à rendre compte, tous les six mois, de l’avancement des réformes vertes. Pour la Côte d’Ivoire, la transition énergétique n’est plus seulement un slogan : elle devient un indicateur clé de performance, suivi aussi bien par les experts du FMI que par les partenaires bilatéraux.

    Ondes de choc et d’opportunités pour la sous-région CEMAC

    L’initiative ivoirienne est scrutée de près à Brazzaville, Libreville ou Douala, où plusieurs gouvernements négocient ou envisagent eux aussi un accès à la FRD. Le succès d’Abidjan pourrait créer un précédent utile : il montre qu’un pays à revenu intermédiaire peut articuler discipline macroéconomique, ambition climatique et protection des dépenses sociales. Pour le Congo-Brazzaville, qui a déjà conclu un Programme appuyé par la Facilité élargie de crédit en début d’année, la recherche d’un financement vert complémentaire apparaît dès lors comme une piste crédible. Le Secrétariat permanent du Comité national de politique économique a d’ailleurs confirmé étudier « les modalités d’une fenêtre climat » afin d’accélérer la valorisation du vaste capital forestier congolais.

    Ce que les jeunes entrepreneurs congolais peuvent retenir

    Au-delà des grands équilibres, l’annonce du FMI illustre une tendance de fond : les bailleurs internationaux ne se limitent plus aux chiffres du déficit, ils apprécient désormais la capacité d’un pays à générer des emplois verts et des chaînes de valeur résilientes. Pour une génération congolaise de plus en plus tournée vers l’agritech, l’économie circulaire ou les services numériques, cette évolution est de bon augure. Les incubateurs de Brazzaville constatent déjà un intérêt accru des partenaires techniques pour les start-up capables de prouver leur impact environnemental. À Abidjan, la filière cacao trace la voie ; à Pointe-Noire, la diversification hors hydrocarbures pourrait suivre un chemin comparable, à condition de présenter des projets bancables, adossés à des indicateurs ESG crédibles.

    Reste que la rigueur demeure la colonne vertébrale de toute stratégie de financement. Les étudiants en finance de l’Université Marien-Ngouabi le savent : la confiance des créanciers se construit par la transparence dans les comptes publics, la stabilité réglementaire et la prévisibilité des politiques économiques. La Côte d’Ivoire, en décrochant 758 millions de dollars, rappelle qu’il ne suffit pas de solliciter des fonds : il faut bâtir un récit macroéconomique cohérent, chiffré et assorti de jalons vérifiables. Autant de leçons directement transposables aux aspirations financières des jeunes pousses congolaises.

    Vers une coopération Sud-Sud repensée

    Au-delà des programmes multilatéraux, il est probable que la réussite ivoirienne réactive les mécanismes de coopération Sud-Sud. Des missions techniques congolaises pourraient, dans les mois à venir, étudier l’expérience d’Abidjan en matière de gestion intégrée du trésor public et d’innovation fiscale. Les organisations de jeunesse plaident déjà pour des forums bilatéraux, estimant que les bonnes pratiques budgétaires ou climatiques gagnent à être partagées entre pays à réalités comparables.

    En définitive, le coup de projecteur que jette le FMI sur la Côte d’Ivoire n’oblige nul jamais le Congo-Brazzaville à une quelconque mimétique, mais il offre un miroir instructif. Il démontre qu’une nation peut sécuriser des ressources substantielles tout en gardant la main sur ses priorités, pour peu que la gouvernance et la vision stratégique soient au rendez-vous. Dans une région encore trop dépendante des matières premières, la diversification, la transparence et l’obsession du rendement social deviennent des arguments aussi décisifs que la valeur des gisements pétroliers.

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