Un plaidoyer pour le multilinguisme à Brazzaville
L’auditorium du Centre culturel allemand de Poto-Poto vibrait, ce 27 novembre, au rythme des applaudissements. Devant enseignants, familles et officiels, la première conseillère de l’Ambassade d’Allemagne au Congo, Vera Clemens, a remis leurs attestations à trois jeunes Congolais ayant achevé une formation exigeante en langue allemande.
Cet événement marquait la clôture officielle d’un projet pilote destiné à perfectionner des professeurs d’allemand, soutenu par le Goethe-Institut et l’École normale supérieure de Yaoundé. L’initiative entend poser les bases d’un nouvel élan pour l’enseignement des langues étrangères dans les lycées congolais.
Dans son allocution, Vera Clemens a loué « la passion et la persévérance » des lauréats, estimant que chaque idiome maîtrisé ouvre un continent culturel. Pour la diplomate, la langue n’est pas seulement grammaire : elle devient passerelle vers la science, l’innovation et les partenariats économiques.
Une formation intensive soutenue par le Goethe-Institut
Ces mots faisaient écho aux objectifs du gouvernement congolais, soucieux de diversifier ses coopérations et de donner aux jeunes les outils d’un marché mondialisé. Sans remettre en cause la place du français, l’apprentissage d’autres langues renforce la compétitivité d’une jeunesse déjà connectée aux réseaux sociaux.
La formation, lancée il y a un an, s’est articulée autour de séjours d’études à Dresde, d’ateliers pédagogiques et d’exercices d’immersion numérique. Les cinq boursiers, sélectionnés sur dossier, ont bénéficié d’un encadrement académique personnalisé et d’un suivi administratif assuré par le coordinateur Stéphane Konlack.
Au terme du parcours, trois candidats ont regagné Brazzaville pour mettre leurs nouvelles compétences au service des lycées. Les deux autres ont préféré poursuivre des opportunités personnelles à l’étranger. Un choix regretté par le Goethe-Institut, qui rappelle que toute bourse implique l’engagement moral de servir son pays.
« Nous comptons sur vous pour devenir des multiplicateurs », a insisté Ilka Seltmann, directrice adjointe du Goethe Institut Cameroun. Elle a salué la collaboration de l’Ens de Yaoundé, dont les professeurs ont assuré les modules didactiques avancés, et a confirmé la reconduction possible du projet l’an prochain.
Des boursiers entre fierté nationale et choix personnels
Pour les lauréats revenus, l’heure est déjà à la préparation de supports interactifs, de clubs de conversation et de partenariats eTwinning. Yann Mampouya, l’un des diplômés, affirme vouloir « dépoussiérer l’image d’une langue réputée difficile et montrer sa modernité dans la tech et l’ingénierie ».
Les autorités éducatives congolaises observent l’initiative avec intérêt. Un responsable du ministère, présent dans l’assistance, a rappelé que le Plan sectoriel 2025 encourage l’introduction progressive de secondes ou troisièmes langues vivantes, en appui sur des partenariats bilatéraux et le dynamisme des instituts culturels étrangers.
Le projet se veut également un laboratoire de coopération Sud-Nord, selon Ilka Seltmann. Plutôt que de fonctionner en simple voie à sens unique, le programme mise sur l’échange d’expériences et la co-construction de contenus numériques, susceptibles d’être réutilisés par des enseignants camerounais, gabonais ou centrafricains.
Au-delà des salles de classe, l’allemand s’invite déjà sur TikTok, Instagram et WhatsApp grâce à de courtes vidéos enregistrées par les lauréats. Expressions idiomatiques, challenge vocabulaire et humour expliquent le succès de ce format. Les premières publications frôlent les cinq mille vues en quarante-huit heures.
Perspectives de coopération éducative Sud-Nord
Pour Vera Clemens, cette visibilité numérique confirme que la jeunesse congolaise reste avide de contenus éducatifs ludiques. Elle a promis l’appui logistique de l’ambassade pour amplifier la diffusion et, à terme, mettre en relation les créateurs locaux avec des influenceurs germanophones prêts à collaborer.
Dans la salle, les enseignants des lycées Chaminade, Nganga-Lingolo et Pierre Savorgnan de Brazza ont déjà sollicité des ateliers de renforcement pour leurs propres équipes. Le rectorat pourrait intégrer la plateforme d’apprentissage construite par les boursiers dans son environnement numérique de travail dès la prochaine rentrée.
Les trois diplômés, quant à eux, préparent une tournée de sensibilisation qui passera par Pointe-Noire, Dolisie et Ouesso. Objectif : démontrer que la langue de Goethe n’est pas réservée aux grandes villes et qu’elle peut devenir un atout pour le tourisme et l’industrie forestière.
Si le départ des deux boursiers restés en Europe a suscité quelques regrets, les organisateurs préfèrent retenir la note d’optimisme. « Même à distance, ils restent des relais potentiels », confie Stéphane Konlack. Une communauté WhatsApp réunit déjà les cinq candidats, leurs tuteurs et les partenaires.
En refermant la cérémonie, Vera Clemens a souhaité que l’allemand « reste une fidèle compagne » pour chacun. Le rideau tombe, mais l’histoire commence : celle d’une jeunesse congolaise qui, armée de mots nouveaux, se tient prête à dialoguer avec le monde et bâtir des ponts durables.
Prochaine étape, un certificat de langue reconnu internationalement sera proposé aux élèves volontaires dès 2024. Les lauréats animeront les sessions de préparation, tandis que l’ambassade facilitera l’accès à des tests subventionnés. Si l’expérience convainc, d’autres langues pourraient suivre le même modèle d’accompagnement et de mobilité académique dès son lancement national.
