La coopération paysanne à l’heure de l’intégration africaine
Dans un auditorium de Brazzaville comble malgré la moiteur de la saison sèche, les dirigeants de l’Union des coopératives, des producteurs et des artisans du Congo ont brossé les contours d’un projet qui entend repositionner l’agriculture comme pilier de la compétitivité nationale. La création d’Unicoopac intervient dans un contexte où la Zone de libre-échange continentale africaine efface progressivement les barrières douanières et aiguise les appétits pour des produits labellisés « Made in Congo ». Cette conjoncture, analysée par de nombreux économistes, représente pour les filières vivrières, cacaoyères ou horticoles un tremplin potentiel vers de nouveaux débouchés régionaux.
Pour Sydney N’Se Odzeney, jeune ingénieur agronome et président de la structure, « le marché unique africain impose de gagner en masse critique et en qualité. L’atomisation des exploitations ne peut plus être la norme. » Son propos trouve un écho particulier auprès des observateurs qui soulignent le rôle historique des organisations paysannes dans la résilience alimentaire, tout en insistant sur la nécessité d’une modernisation méthodique.
Mutualiser pour produire davantage et mieux
Au cœur de la stratégie d’Unicoopac figure la constitution de groupements capables de partager semences améliorées, intrants et matériel agricole. Loin d’être une simple juxtaposition de coopératives, la nouvelle entité revendique une gouvernance collégiale, bâtie sur l’expertise de techniciens, de juristes fonciers et de gestionnaires de crédit.
En coulisses, des discussions avancées avec le Fonds d’impulsion, de garantie et d’accompagnement des petites et moyennes entreprises laissent présager des mécanismes de financement à taux préférentiels. Ces dispositifs, ciblés sur la modernisation des exploitations familiales, devraient permettre l’acquisition de motoculteurs, l’implantation de petits systèmes d’irrigation goutte-à-goutte et l’extension de surfaces cultivées certifiées. Autant de leviers qui, selon l’Union, pourraient amorcer une hausse de productivité estimée à terme entre quinze et vingt pour cent, si les formations techniques prévues sont pleinement suivies.
Fonciers et mécanisation : les clés d’une montée en gamme
L’accès sécurisé à la terre demeure l’obstacle majeur signalé par la majorité des producteurs interrogés lors d’une enquête interne de l’Union, dont les résultats ont été partiellement dévoilés à la presse. Pour y répondre, Unicoopac mise sur un plaidoyer auprès des administrations compétentes afin de clarifier les titres d’exploitation et de favoriser les baux de longue durée. L’organisation souhaite instaurer un guichet d’assistance juridique chargé d’accompagner chaque adhérent dans la constitution de dossiers topographiques et para-techniques.
En parallèle, la question de la mécanisation se pose avec acuité. Le parc d’engins agricoles actif au Congo se chiffre encore à quelques centaines d’unités pour des milliers d’hectares potentiellement cultivables. La mutualisation des équipements lourds, via un système de location rotative porté par l’Union, pourrait étendre l’usage des tracteurs et semoirs aux exploitations les plus enclavées. À terme, l’objectif affiché est de réduire de moitié le temps de préparation des sols, condition sine qua non pour s’aligner sur les calendriers phytosanitaires imposés par les marchés continentaux.
Jeunes, femmes et retour à la terre : la nouvelle dynamique rurale
La démographie congolaise confère à la jeunesse un rôle central dans la transition agricole. Consciente de cet atout, Unicoopac veut faire du champ un espace d’innovation plutôt qu’un symbole de précarité. Les modules de formation annoncés sont conçus pour marier pratiques agro-écologiques, transformation primaire et marketing digital, en vue de créer des chaînes de valeur intégrées. L’Union projette également un concours annuel récompensant les meilleures start-up agri-tech portées par de jeunes diplômés.
Par ailleurs, la dimension genre irrigue chacun des programmes. Les femmes, déjà majoritaires dans certaines filières vivrières, bénéficieront de sessions spécifiques sur la gestion coopérative et l’entrepreneuriat rural. Cette approche inclusive répond aux recommandations formulées par divers organismes internationaux encourageant l’autonomisation féminine comme levier de cohésion communautaire.
Perspectives régionales et alignement institutionnel
Le ministère en charge de l’Agriculture suit avec intérêt cette dynamique syndicale qu’il considère comme complémentaire à ses propres plans de relance. Selon un haut fonctionnaire interrogé, « la convergence d’action public-privé constitue le socle d’une souveraineté alimentaire capable de résister aux chocs extérieurs ». Unicoopac se veut prête à mettre ses données de terrain à disposition des services statistiques afin d’affiner les projections nationales de production.
Au-delà des frontières, les premiers contacts sont engagés avec des plateformes associatives camerounaises et ivoiriennes pour échanger sur la certification biologique, la traçabilité et le packaging adapté aux normes d’exportation. Ces alliances Sud-Sud pourraient accélérer la reconnaissance des labels congolais sur les étals de Lagos ou d’Addis-Abeba, consacrant la place du Congo dans la cartographie agro-alimentaire africaine.
Vers une renaissance rurale, horizon 2030
La présentation officielle d’Unicoopac a réveillé un optimisme prudent chez nombre d’observateurs. Si les défis demeurent considérables, la méthode, fondée sur la cohésion et l’ingénierie financière, témoigne d’une volonté tangible de passer du discours à l’action. L’agriculture conserve son statut de principal gisement d’emplois et de diversification économique, un constat maintes fois souligné par les autorités.
En misant sur l’entraide structurée, l’appui technique et l’ouverture régionale, l’Union des coopératives, des producteurs et des artisans du Congo s’érige en laboratoire d’ambition collective. Ses premiers résultats feront l’objet d’un suivi aussi attentif que l’évolution du marché continental. D’ici à 2030, le monde rural congolais pourrait bien devenir le théâtre d’une transformation saluée, où chaque sillon porterait la marque d’un partenariat entre tradition et modernité.
