Pont culturel Brazzaville-Melbourne
Brazzaville et Melbourne ont cliqué sur « rejoindre la réunion » et, en moins de deux heures, les deux capitales ont tracé une ligne directe entre leurs musées phares.
Le mémorial Pierre Savorgnan-de-Brazza, conduit par Bélinda Ayessa, discutait pour la première fois avec le musée Victoria de Melbourne, représenté par son directeur, Nick Marchand, autour d’un possible pacte culturel.
Un échange virtuel historique
La visioconférence du 4 décembre a permis aux responsables d’évaluer leurs forces, leurs trésors patrimoniaux et les axes de collaboration susceptibles de faire rayonner les deux institutions bien au-delà de leurs frontières nationales.
« Une première pierre enthousiasmante », résume un historien présent dans la salle du mémorial, saluant un dialogue jugé déjà très concret sur les expositions itinérantes, la numérisation des archives et le partage de compétences en médiation culturelle.
Les ambitions du mémorial Pierre Savorgnan-de-Brazza
Côté congolais, Bélinda Ayessa a déroulé la vision du mémorial, lieu de mémoire consacré à l’explorateur éponyme mais aussi laboratoire de recherche sur la rencontre des cultures et les migrations fluviales.
Elle ambitionne d’élargir la fréquentation internationale, de moderniser la scénographie et d’offrir aux jeunes chercheurs des outils technologiques à la hauteur des standards mondiaux, objectifs qui justifient la quête d’alliés stratégiques sur plusieurs continents.
La force de frappe du musée Victoria
En face, le musée Victoria, plus grande institution muséale d’Australie, s’appuie sur des collections couvrant histoire, sciences et cultures du Pacifique, avec un public annuel dépassant le seuil des cinq millions de visiteurs.
Nick Marchand, séduit par la présentation congolaise, rappelle que son établissement mène déjà des tandems scientifiques du Japon à la Scandinavie, mais n’a encore jamais tissé de pont officiel avec un acteur africain.
Un partenariat gagnant-gagnant déjà balisé
Pour les deux directeurs, l’enjeu dépasse la simple circulation d’objets : il s’agit de coproduire des récits croisés, de confronter les méthodes d’inventaire et de co-former un personnel capable de naviguer entre technologies immersives et savoirs traditionnels.
Les premières pistes de travail listent déjà un échange d’expositions temporaires, l’accueil réciproque de conservateurs en immersion, un programme de catalogage numérique commun et la mise à disposition de laboratoires mobiles pour la restauration.
Modernisation, formation et recherche
La question de la formation apparaît centrale : le mémorial espère envoyer de jeunes diplômés apprendre la conservation des matières organiques sensibles à Melbourne, tandis que des experts australiens viendraient partager leur savoir-faire sur la muséographie inclusive à Brazzaville.
L’historien Stevio Ulrich Baral-Angui voit dans cet accord un coup d’accélérateur : « Le musée Victoria possède cent soixante-quinze ans d’expertise ; en l’alliant aux deux décennies d’expérience locale, le mémorial pourra franchir un cap technologique sans sacrifier son identité ».
Une première africaine pour Melbourne
La perspective d’une signature formelle dès l’année prochaine enchante aussi la jeune scène artistique congolaise, qui y décèle des opportunités d’ateliers collaboratifs, de résidences d’artistes et de passerelles vers le marché océanien.
Du côté des autorités culturelles, on insiste sur le caractère gagnant-gagnant de la démarche, alignée avec la stratégie nationale de rayonnement international et de diversification des partenariats sud-sud.
Cap sur la visite de Bélinda Ayessa
Prochaine étape : le déplacement de Bélinda Ayessa à Melbourne, annoncé pour le début de l’année, afin de visiter les réserves du musée Victoria, rencontrer les équipes techniques et finaliser le calendrier d’actions communes.
Les jeunes Brazzavillois suivent déjà cette aventure sur les réseaux, guettant les stories de la directrice et rêvant de voir, demain, des pièces australiennes scintiller sur les berges du fleuve Congo tandis que leurs propres créations voyageraient jusqu’à l’autre bout du monde.
Des retombées économiques attendues
Les commerçants d’art de Poto-Poto voient déjà venir les visiteurs australiens qui, d’après eux, rechercheraient des pièces authentiques à rapporter à Melbourne, générant des devises et stimulant la chaîne locale de production artisanale.
Les hôteliers de la capitale misent aussi sur l’accord pour capter un tourisme scientifique en pleine expansion, attiré par les coulisses du mémorial et les parcours guidés sur les traces de Savorgnan de Brazza.
Vers une diplomatie culturelle renforcée
Sur le plan académique, l’université Marien-Ngouabi projette déjà des programmes conjoints avec l’Université de Melbourne, facilitant l’octroi de co-diplômes et la publication de recherches comparées sur la restitution des patrimoines.
Pour la diplomatie congolaise, cette alliance muséale s’inscrit dans une dynamique plus large de coopération pacifique et d’influence positive, valorisant l’image d’un Congo ouvert sur le monde et prêt à partager ses récits comme ses talents.
Saison d’expositions croisées à l’horizon
Si tout se déroule comme prévu, la signature officielle pourrait intervenir avant la fin du premier semestre, ouvrant la voie à une saison d’expositions croisées qui fera voyager aussi bien les publics que les imaginaires entre les rives du Congo et de la Yarra.
En attendant, les équipes techniques peaufinent une feuille de route numérique intégrant réalité augmentée, visites virtuelles en 3D et podcasts bilingues, afin que chaque étape du partenariat soit suivie en temps réel par les internautes des deux hémisphères.
Objectif : créer un effet viral immédiat.
