Une marche sportive qui fait vibrer la capitale
Le 7 décembre, aux premières lueurs d’un matin pluvieux, la place de la Gare à Poto-Poto s’est transformée en point de ralliement géant. Très vite, des tee-shirts aux couleurs vives ont envahi le bitume, signe que la deuxième édition de la marche Bilyf pouvait démarrer.
Guidée par des coaches munis de mégaphones, la caravane a ondulé du rond-point Poto-Poto jusqu’à Moungali, puis le long du boulevard Alfred Raoul. Malgré la pluie, l’ambiance restait électrique, portée par des chants et des slogans encourageant l’esprit d’équipe.
« Courir, chanter, nettoyer : c’est notre façon de prouver que la jeunesse sait se mobiliser », souriait Aïcha, étudiante en logistique, déjà présente lors de la première édition en septembre 2023. Le président du Bilyf, Précieux Massouémé, ouvrait la marche sous un large K-Way rouge.
Ramasser des déchets pour un boulevard plus vert
À chaque carrefour, les participants se penchaient pour remplir des sacs biodégradables de sachets, bouteilles et petits débris. L’image d’une rivière humaine qui nettoie au pas de course a surpris plus d’un automobiliste coincé dans le trafic matinal.
« Voir ces jeunes ramasser nos détritus rappelle que la propreté commence par chacun de nous », confiait Mireille, commerçante installée près du rond-point Moungali. Elle a salué le courage des marcheurs qui pataugeaient dans des flaques sans ralentir le rythme.
Le plastique constitue plus de la moitié des déchets collectés, estiment les encadreurs. Un rappel concret des défis auxquels Brazzaville fait face en matière de gestion des ordures, au moment où la saison des pluies gonfle les caniveaux et favorise les bouchons d’eau.
L’opération s’inscrit en complément des campagnes municipales d’assainissement lancées ces dernières années. Le Bilyf prône la mise en réseau de ses bénévoles avec les services de voirie pour accélérer le tri et le transport des sacs remplis durant l’événement.
Des chiffres qui en disent long sur l’engagement
Les organisateurs parlent de 3000 participants, un bond significatif par rapport aux 2000 recensés lors de la première marche. Les inscrits viennent de tous les arrondissements, avec des délégations d’associations sportives, étudiantes et confessionnelles.
Pour encadrer ce flot, 60 bénévoles supplémentaires ont été formés aux premiers secours. Des points d’hydratation improvisés proposaient eau, fruits et biscuits offerts par des commerces locaux, soucieux de l’image positive dégagée par l’événement.
Plusieurs sponsors – stations-service, opérateurs mobiles et start-ups de livraison – ont fourni gants, sacs et ponchos. « Notre clientèle est jeune ; soutenir ce type d’initiative est logique », assurait le représentant d’une marque de téléphonie, ravi de la visibilité accrue le long du parcours.
Au total, quatre camions ont évacué près de deux tonnes de déchets vers la décharge officielle de Mpila. Les chiffres exacts seront publiés après pesée, mais l’équipe logistique évoque déjà « un record personnel » pour une opération citoyenne de quelques heures.
Le message de Précieux Massouémé aux jeunes
Dès l’arrivée sur l’esplanade du stade Alphonse Massamba-Débat, Précieux Massouémé a pris le micro pour féliciter la foule ruisselante. « Marcher sous la pluie prouve que notre engagement est plus fort que les intempéries », a-t-il lancé.
Le président du Bilyf a rappelé que la citoyenneté active ne se limite pas à une matinée sportive. Selon lui, chaque quartier peut devenir propre si ses habitants adoptent ce réflexe de ramassage quotidien. Il a exhorté chacun à entraîner voisins et familles.
Il a également souligné la complémentarité entre initiatives associatives et programmes publics d’assainissement, saluant la présence de représentants municipaux venus observer la marche. « Lorsque l’énergie de la jeunesse rencontre l’appui des institutions, le résultat est visible immédiatement », a-t-il indiqué.
Le dirigeant a conclu en insistant sur la solidarité intergénérationnelle. Dans la foule, des vétérans du jogging côtoyaient des collégiens. « Notre force réside dans ce mélange », a-t-il affirmé avant de lancer un dernier cri : « Par les jeunes, pour les jeunes, avec les jeunes ! ».
Vers Pointe-Noire et 2026 : la suite déjà dans les têtes
Avant la dispersion, le Bilyf a annoncé une prochaine étape à Pointe-Noire, prévue dans les semaines à venir. Le but reste identique : combiner effort physique et nettoyage de sites urbains fréquentés, notamment le front de mer et les artères menant au port.
Beaucoup de participants envisagent déjà le voyage. « Je ferai le déplacement, même en bus de nuit », promet Brice, étudiant en informatique, convaincu que la dynamique doit gagner tout le pays. Les réseaux sociaux bruissent déjà de photos et de hashtags dédiés.
Cap ensuite sur 2026 pour « la plus grande marche » annoncée par Précieux Massouémé. D’ici là, l’association veut multiplier les mini-actions mensuelles. Les inscriptions en ligne sont ouvertes, preuve que la mobilisation se professionnalise.
En clôture, un DJ a transformé l’esplanade en piste de danse improvisée, scellant la matinée dans une atmosphère festive. Entre éclats de rire et selfies, les bénévoles rangeaient balais et sacs vides, convaincus d’avoir posé un nouveau jalon vers un Congo toujours plus propre.
