Brazzaville vibre pour la prévention du diabète
Depuis début décembre, la capitale congolaise voit ses taxis jaunes se transformer en antennes mobiles de prévention. Sous le slogan Rouler pour la cause, l’association Marcher, courir pour la cause parle d’une pathologie silencieuse : le diabète.
Entre deux klaxons dans le centre-ville, les chauffeurs glissent quelques conseils à leurs passagers. Boire moins de boissons sucrées, marcher trente minutes par jour, faire contrôler son taux de glycémie : la discussion s’invite naturellement sur la banquette arrière et surprend agréablement le public urbain.
Le concours Taxi Bomoyi, mode d’emploi participatif
Pour encourager cette mission citoyenne, le concours Taxi Bomoyi a été imaginé tel un jeu. Chaque conducteur reçoit des fiches indiquant les points clés à partager. À la fin de la journée, il consigne le nombre de clients sensibilisés et les questions posées.
Une équipe de volontaires sillonne ensuite les parkings et arrêts stratégiques pour vérifier la régularité des déclarations. L’objectif est de stimuler une saine compétition tout en garantissant la qualité de l’information diffusée, explique la cheffe de projet Princia Oponguy, elle-même issue du milieu associatif.
Des cartes carburant en guise de trophées motivants
Fin décembre, les organisateurs ont distingué vingt vainqueurs sur trois cent quarante-sept participants. Le cadeau : une carte carburant Total de quinze mille francs CFA, l’équivalent d’un plein, précieux pour ces professionnels.
Cette dotation incarne reconnaissance et solidarité. Dans un secteur où chaque litre compte, offrir du carburant signifie du temps gagné pour propager le message. Plusieurs chauffeurs déclarent avoir utilisé l’économie pour financer un contrôle médical familial.
Les taximen, nouveaux influenceurs santé
Par nature, un chauffeur échange avec des dizaines de voyageurs chaque jour. En devenant ambassadeur santé, il touche un public difficile à atteindre par les canaux conventionnels. Isaac Mbengui, l’un des lauréats, raconte avoir sensibilisé un groupe d’étudiants entre Talangaï et Makélékélé en pleine heure de pointe.
Il décrit une conversation improvisée : «Nous avons parlé sport et alimentation, puis l’un d’eux a promis d’amener sa maman se faire dépister.» Ce pouvoir de conviction de proximité change la donne, confirme le docteur Émile Bissila, diabétologue au CHU, qui a observé une hausse des consultations.
Les réseaux sociaux prolongent l’action. Certains lauréats publient des vidéos TikTok montrant la distribution de flyers ou un court quiz glycémie avec leurs passagers. Ces contenus accumulent des centaines de partages, preuve que le storytelling de la vie quotidienne séduit la génération connectée.
Un modèle congolais de solidarité en action
Au-delà de la sensibilisation, l’initiative veut promouvoir le bien-être au travail. L’association insiste : une société qui prend soin de ses transporteurs protège indirectement ses familles et ses usagers. Les partenaires privés apprécient ce raisonnement gagnant-gagnant, explique Georges Massamba, responsable communication chez TotalEnergies Congo.
Le dispositif mobilise des ressources locales : stations-service, garages, cantines de quartier pour des repas équilibrés à tarif réduit. Cette approche en circuit court s’aligne sur la vision nationale d’un développement durable fondé sur la responsabilité de chacun, tout en créant de nouvelles opportunités économiques.
Des résultats encourageants sur le terrain
Depuis le lancement, plus de 4 500 personnes déclarent avoir reçu des conseils grâce aux taxis participant, selon un sondage rapide réalisé via WhatsApp. Parmi elles, 780 affirment s’être rendues dans un centre de santé pour un test de glycémie, un chiffre jugé prometteur par les organisateurs.
Les équipes médicales remarquent également une meilleure connaissance des symptômes : soif excessive, fatigue inhabituelle, plaies qui cicatrisent mal. Le docteur Bissila note que ces signaux ne sont plus systématiquement attribués à la chaleur ou au paludisme, ce qui facilite une prise en charge plus précoce.
Prochain virage de la campagne santé
Fort du succès de cette première édition, Marcher, courir pour la cause envisage d’étendre Taxi Bomoyi à Pointe-Noire puis aux grands axes interurbains. Des sessions de formation permettront d’aborder la sécurité routière et l’hypertension, deux thèmes intimement liés au diabète selon l’OMS.
Le défi logistique reste important : connecter des conducteurs itinérants, vérifier la véracité des entretiens, maintenir la motivation hors période de concours. Pour tenir la cadence, l’association prépare une application mobile récompensant les partages certifiés par un code QR remis au passager à la fin du trajet.
Les autorités sanitaires, consultées, voient dans ce projet un exemple d’innovation sociale. Le ministère de la Santé appuie la démarche en fournissant du matériel de dépistage rapide lors des journées portes ouvertes à venir. La collaboration public-privé renforce la couverture santé sans peser sur le budget national.
Une dynamique à entretenir sur la route
Pour Isaac Mbengui et ses collègues, l’aventure ne fait que commencer. «Tant que nous aurons des passagers, nous parlerons santé», lance-t-il en souriant. Sur les routes parfois chaotiques de Brazzaville, chaque virage devient ainsi l’occasion de transformer un simple trajet en moment de prévention vitale.
