Doublé brazzavillois historique
Le parquet du Gymnase Maxime-Matsima vibrait mercredi 27 juillet 2025. Devant une tribune comble, Brazzaville a signé un doublé inédit : Anges-Noirs BC chez les dames et BC Inter Club chez les messieurs ont ajouté la Coupe du Congo à leur titre national 2024-2025.
Ce succès confirme la suprématie actuelle de la capitale sur la balle au panier congolaise, longtemps disputée par Pointe-Noire. Les deux finales, 100 % brazzavilloises, ont offert un spectacle maîtrisé qui illustre la densité du championnat et l’efficacité du système de formation local.
Une finale féminine sous haute tension
En ouverture, Anges-Noirs BC et Inter Club féminin se sont livrés un bras de fer haletant. Les joueuses de Mlle Nzazi ont attendu le dernier quart pour creuser l’écart, s’imposant 52-45. La meneuse a inscrit 16 points décisifs, galvanisant les supporters vêtus de noir et or.
Le chemin vers la finale avait déjà montré la puissance d’Anges-Noirs : victoire 41-15 contre l’AS Cheminots. En face, Inter Club avait corrigé son homologue de Pointe-Noire 107-4, un score qui pose la question de l’équilibre compétitif entre les deux grandes villes.
Inter Club maîtrise le choc masculin
Plus tard, les militaires de BC Inter Club ont dominé AS Otohô 73-63. Leur défense agressive, alternant individuelle et zone press, a étouffé l’attaque adverse. Seule éclaircie pour Otohô, le shooteur Désiré Victoire Mouzita a brillé avec 31 points, rappelant sa réputation de scoreur compulsif.
Les parcours vers la finale masculine avaient déjà laissé présager ce choc. Inter Club s’était défait de Black Lion 60-52, tandis qu’AS Otohô écartait l’AS Cheminots 83-63. Les chiffres confirment l’écart physique et l’habileté tactique des deux effectifs par rapport au reste du plateau.
Icônes et dirigeants au rendez-vous
Autour du terrain, plusieurs figures de légende ont donné à l’événement des airs de réunion générationnelle. Le président de la FECOKET, Fabrice Makaya Matève, a salué l’ancien patron Firmin Dinga, tandis que les anciens internationaux Maxime Mbochi, Zéphyrin Kimbouri ou encore Bernard Mouelé ont prodigué conseils aux cadets.
« Voir cette salle pleine rappelle nos plus belles campagnes continentales », confie Rock Blanchard Okemba, présent en ambassadeur. Plusieurs joueurs de 20 à 25 ans se bousculaient pour un selfie, preuve que les icônes d’hier restent des modèles et que le récit du basket congolais se transmet oralement.
Détails tactiques et apprentissages
Sur le parquet, la différence s’est jouée sur la profondeur de banc et la gestion des temps faibles. Inter Club masculin, fort de rotations disciplinées, a conservé une intensité constante. Chez les dames, l’adresse extérieure d’Anges-Noirs a compensé une domination intérieure d’Inter Club dans les deux premiers quart-temps.
L’entraîneur d’Inter Club féminin, Victor Djombo, admet : « Nous n’avons pas su contenir Nzazi sur pick-and-roll ». À l’inverse, le coach d’Anges-Noirs, Huguette Mayélé, insiste sur la préparation mentale : séances vidéo ciblées, routine de respiration pour éviter la panique dans le money time.
Ces détails techniques intéressent particulièrement les jeunes amateurs congolais, nombreux à suivre des tutoriels en ligne. Le championnat local, diffusé sur la plateforme Fecoket TV, devient un laboratoire concret où les théories apprises sur YouTube trouvent un écho direct dans des confrontations intenses et accessibles au public.
Basket féminin en pleine ascension
La victoire d’Anges-Noirs rappelle les progrès constants du basket féminin. Selon la commission technique, le nombre de licenciées a doublé en trois ans. Cette hausse découle des programmes scolaires appuyés par le ministère des Sports, soucieux de créer des débouchés professionnels et de promouvoir la santé des jeunes filles.
Dans plusieurs quartiers, des terrains réhabilités par des partenariats publics-privés accueillent des tournois After-Work. « Je vois des diplômées d’université shooter à côté d’élèves de terminale », observe la sociologue Marie-Claude Lossi. Le sport devient un lieu de mixage social rare, où règnent partage de musique urbaine et esprit d’équipe.
Cette dynamique féminine ouvre aussi des perspectives économiques. Les équipementiers locaux testent des lignes de maillots dédiées, tandis que des applications mobiles recensent stats et highlights. Pour les créateurs congolais, l’essor du basket offre un marché naissant de contenu, d’influence et de services autour du lifestyle sportif.
Objectifs 2026 et décentralisation
Du côté des clubs, l’heure est déjà aux objectifs pour 2026. Inter Club veut franchir un cap continental en Champions Cup, misant sur le pivot Obassi attendu de retour de blessure. Anges-Noirs, de son côté, ambitionne un stage en Afrique du Sud pour muscler la préparation physique estivale.
La Fédération, elle, annonce un audit des ligues régionales pour identifier les bassins de talents. « Nous cherchons à ramener la finale à Pointe-Noire l’an prochain, afin de stimuler la concurrence », explique le directeur technique national, Clément Samba. Ce décentralisme sportif pourrait rapprocher davantage les fans d’autres départements.
Si la saison 2024-2025 s’achève sur ce doublé brazzavillois, la route vers 2026 promet un suspense renouvelé. Entre renforcement des infrastructures, professionnalisation croissante et montée en puissance des femmes, le basket congolais continue de grandir, à l’image d’une jeunesse avide de challenges et d’identités sportives fortes.
