Un banc rouge, symbole fort à Brazzaville
Les passants de l’avenue Pasteur se sont arrêtés net, ce 25 novembre, devant un objet insolite : un banc entièrement peint en rouge vif, installé à l’entrée de la délégation de l’Union européenne à Brazzaville. L’œuvre interpelle, choque délicatement et invite à la réflexion collective.
Sous le soleil du début d’après-midi, la ministre Inès Nefer Bertille Voumbo Yalo Ingani et l’ambassadrice de l’UE Anne Marshall ont coupé ensemble le ruban symbolique. Les smartphones ont crépité, capturant ce geste censé amplifier la campagne mondiale contre les violences basées sur le genre.
La couleur rouge n’a pas été choisie au hasard : elle rappelle le sang versé et la nécessité d’une vigilance permanente. « Ce banc n’est pas qu’un symbole, c’est un appel à l’action », a insisté la ministre, visiblement émue devant les représentants de la société civile.
Un premier banc rouge avait vu le jour grâce à l’ambassade d’Italie. Désormais, la délégation européenne reprend l’initiative et promet d’en installer d’autres dans les lieux publics les plus fréquentés de Brazzaville et Pointe-Noire, afin d’ancrer la discussion dans le quotidien urbain.
Engagements gouvernementaux pour la protection des femmes
Côté gouvernement, les engagements s’affirment. La loi sur la cybercriminalité, adoptée en 2019, sanctionne le harcèlement numérique. La loi 2021-012 renforce la répression des violences faites aux femmes et aux filles. Enfin, le Centre Mouébara, ouvert à Brazzaville, offre écoute psychologique et formations professionnelles pour les survivantes.
« Nous voulons que chaque victime sache qu’un réseau d’accompagnement existe », a rappelé Mme Voumbo Yalo Ingani. Elle a également salué la contribution des partenaires techniques et financiers, soulignant que la prévention passe autant par la sensibilisation scolaire que par la mobilisation des plateformes sociales préférées des jeunes.
L’Union européenne dynamise le programme ACT
Pour l’Union européenne, cette inauguration donne le coup d’envoi d’une quinzaine d’activisme soutenue par le programme ACT, mené avec ONU Femmes. Le dispositif combine ateliers, podcasts, expositions et sessions de codage féministe afin de transformer les pratiques, du quartier Poto-Poto jusqu’aux campus.
Anne Marshall insiste : la lutte se gagne aussi en ligne. Les adolescentes, les politiciennes débutantes et les créatrices de contenu sont souvent la cible d’insultes, de menaces ou de deepfakes. L’UE prévoit donc des formations à la sécurité numérique et un concours de créations TikTok positive.
En arrière-plan, le calendrier électoral 2026 alimente les préoccupations. La diplomate appelle les partis, médias et influenceurs à promouvoir un débat serein, garantissant la libre expression des femmes. « L’implication féminine renforce la démocratie ; sécuriser leur parole, c’est sécuriser le processus tout entier », a-t-elle résumé.
Violences en ligne : un front prioritaire
Si les violences physiques restent majoritaires, les spécialistes notent la montée des agressions virtuelles depuis la généralisation des forfaits data. Les hashtags #StopCyberViolences et #BancRougeAfrica circulent déjà sur WhatsApp, Facebook et Instagram, offrant un espace de témoignage instantané à ceux qui refusent désormais le silence.
16 jours d’activisme à travers tout le pays
Le lancement des 16 jours d’activisme, du 25 novembre au 10 décembre, prévoit des concerts de slam, des matchs de basketball féminin à Makélékélé et des séances de cinéma-débats. Les organisateurs misent sur la créativité congolaise pour transformer chaque événement en message viral auprès de la jeunesse.
À Brazzaville, les facultés de médecine et de droit accueilleront des stands de dépistage, des cliniques juridiques et des sessions d’autodéfense express. À Pointe-Noire, le port autonome sera illuminé en rouge les soirs de week-end, attirant à coup sûr les stories Instagram en quête de beaux clichés.
La puissance virale de la couleur rouge
Le rouge, couleur de l’alerte, parle à la génération émojis. Un simple banc devient décor de selfie et outil pédagogique. « Sur TikTok, l’image frappe plus vite que les discours », explique Stéphane, 23 ans, étudiant en communication, persuadé que l’activisme doit embrasser les codes pop pour toucher large.
Derrière les photos, des QR codes renvoient vers un chatbot anonyme qui oriente les victimes vers des services de santé, de police ou de médiation familiale. Selon l’association Azur Développement, plus de 1 200 femmes ont déjà utilisé cette fonctionnalité depuis son lancement pilote en juillet.
Investir pour prévenir, un pari rentable
Les acteurs publics, privés et associatifs s’accordent : la prévention coûte toujours moins cher que les réparations. Investir dans l’éducation relationnelle, l’autonomisation économique et la prise en charge rapide permettrait de réduire drastiquement la perte annuelle estimée à 2 % du PIB, selon le ministère de l’Économie.
Le banc rouge, promesse collective
À la tombée de la nuit, les invités se sont levés et ont observé une minute de silence. Le banc rouge, lui, restera : témoin immobile mais puissant d’une promesse collective. Car c’est dans les rues, les classes et les timelines que se joue désormais la sécurité des femmes.
Perspectives régionales et créativité locale
La municipalité de Dolisie envisage déjà un partenariat avec les artistes graffeurs pour personnaliser un second banc, mêlant motifs traditionnels teke et slogans antiviolence. Cet ancrage culturel, espèrent les autorités locales, encouragera l’appropriation communautaire du dispositif et stimulera la créativité des jeunes talents.
