Le grand retour de l’opération coup de balai
Sirènes hurlantes et gilets fluorescents : lundi matin, les habitants de Poto-Poto et Bacongo ont vu débarquer le ministre de l’Assainissement urbain, Juste Désiré Mondélé, flanqué de policiers et d’agents communaux, pour relancer la vaste opération de libération des espaces publics engorgés.
Débutée il y a plus d’un an, l’initiative alterne phases de sensibilisation et actions musclées. Après l’accalmie de la saison des pluies, le ministère a constaté le retour des étals sauvages, des kiosques mobile money improvisés et même d’épaves de voitures servant de boutiques improvisées.
Des mois de sensibilisation avant la fermeté
Selon les services municipaux, près de 600 commerçants ont été avisés par courrier et mégaphone depuis août. Les équipes ont distribué des flyers détaillant les risques d’accidents et les amendes encourues, tout en orientant les marchandes vers le marché Bernard Kolélas, réhabilité pour offrir 1 500 places couvertes.
Juste Désiré Mondélé affirme vouloir conjuguer pédagogie et fermeté. « Nous avons le devoir d’assurer la sécurité et la salubrité de tous », a-t-il déclaré devant la presse locale, rappelant que l’occupation anarchique des trottoirs nuit aux piétons, ralentit les secours et détériore les infrastructures routières.
Riverains soulagés, vendeurs partagés
Dans les ruelles libérées, les premières réactions sont globalement positives. Drostan Goma, habitant de Poto-Poto, se réjouit de pouvoir traverser sans slalomer : « Vendre à même le sol, ce n’est pas sûr. Un camion peut déraper et faucher tout le monde », témoigne-t-il, casquette vissée sur la tête.
Certains commerçants délogés reconnaissent la nécessité du nettoyage mais redoutent une baisse de revenus. Sabine, vendeuse de légumes, confie qu’elle réalisait « le double » de ventes sur le trottoir grâce au passage intense. Elle envisage pourtant de rejoindre l’intérieur du marché si les clients suivent.
Un marché flambant neuf à reconquérir
Au marché Bernard Kolélas, flambant mais peu animé, les travées du premier étage restent clairsemées. Les autorités jurent que la question d’accessibilité sera améliorée : escaliers repeints, éclairage LED, wifi gratuit et, surtout, meilleurs pôles de transport pour capter les bus et les taxis en continu.
Les forces de l’ordre, déployées en soutien logistique, assurent n’avoir enregistré aucune altercation majeure durant la phase de déguerpissement. Un capitaine de police évoque « la maturité des populations » et salue la campagne en amont, jugée décisive pour éviter des saisies brutales et des tensions inutiles.
Enjeux sanitaires et environnementaux majeurs
Outre la sécurité, la dimension environnementale pèse lourd. Les étals sauvages génèrent des montagnes de déchets organiques, plastiques et cartons, souvent jetés dans les caniveaux. En période de pluies, ces obstructions aggravent les inondations locales et provoquent des reflux d’eaux usées jusque dans les maisons riveraines.
Le ministère rappelle qu’un plan global de gestion des ordures est en discussion avec la mairie de Brazzaville et plusieurs start-up vertes. Objectif : trier sur site, composter les résidus alimentaires et valoriser les plastiques dans des pavés écologiques, déjà testés sur certains trottoirs du centre-ville.
La problématique des kiosques mobile money, pointée durant la mission, sera traitée par la régulation. Les opérateurs télécoms ont accepté de recenser leurs stations et de les regrouper dans des box uniformisés. Un arrêté municipal, attendu d’ici février, fixera les couleurs, les dimensions et les horaires.
Accompagnement économique et extension du programme
Pour les urbanistes, l’enjeu dépasse le simple déguerpissement. Il s’agit de redéfinir l’économie de rue afin qu’elle coexiste avec la circulation motorisée. L’Institut national de la statistique estime que le secteur informel représente encore 70 % des emplois urbains, d’où l’importance d’une transition douce et inclusive.
En attendant, la municipalité promet un service d’accompagnement pour les commerçants déplacés : exonération de redevance les trois premiers mois, microcrédits via la Banque postale, et sessions de formation numérique afin qu’ils puissent promouvoir leurs produits sur WhatsApp, Facebook Marketplace ou les groupes Telegram locaux.
Les prochains quartiers ciblés sont Moungali et Makélékélé, où les points noirs s’accumulent à proximité des écoles. Le calendrier précis reste confidentiel pour éviter l’effet d’annonce. « Nous voulons surprendre les récalcitrants, pas pénaliser les élèves », glisse un cadre du département de l’Entretien routier.
Vers une coordination nationale du nettoyage urbain
Au-delà de la capitale, plusieurs mairies départementales observent l’expérience. Pointe-Noire, Dolisie et Owando songent à des opérations similaires avant les grandes vacances scolaires. Elles souhaitent mutualiser le matériel de démolition léger et partager les leçons apprises sur la communication communautaire auprès des comités de quartier et chefs coutumiers.
Pour l’heure, Poto-Poto et Bacongo respirent un peu mieux, même si les trottoirs fraîchement dégagés devront être surveillés. Le succès de l’opération repose désormais sur la constance des patrouilles, l’attractivité des marchés officiels et l’engagement citoyen à conserver la ville propre, sûre et accueillante.
Le ministre Mondélé assure qu’un rapport d’étape sera publié en ligne, permettant aux citoyens de suivre les avancées rue par rue. Une application mobile, présentée comme un “Waze de la propreté”, doit signaler en temps réel les occupations illégales et déclencher l’intervention des brigades mixtes d’ici juin.
