Un mécanisme financier devenu levier de croissance inclusive
Institué en 2010, le Contrat de désendettement et de développement (C2D) traduit un partenariat singulier entre Brazzaville et Paris : chaque échéance de dette remboursée par l’État congolais est réaffectée, via l’Agence française de développement, à des programmes nationaux. Après deux phases successives totalisant 229 millions d’euros, le dispositif a financé treize projets et deux fonds d’études, faisant du réaménagement de la dette un instrument de relance plutôt qu’une simple contrainte budgétaire.
Au terme de la huitième réunion ordinaire du Comité d’orientation et de suivi, coprésidée par le ministre des Finances Christian Yoka et l’ambassadrice de France Claire Bodonyi, les parties prenantes ont dressé un constat convergent : le taux d’engagement des ressources atteint désormais 100 %, témoignant d’une gouvernance financière jugée satisfaisante par les bailleurs. « Le C2D s’est imposé comme une caisse de résonance pour notre stratégie nationale de développement et participe à la diversification économique », a estimé le ministre, saluant une coopération « exempte de lourdeurs inutiles ».
Des chantiers visibles dans les quartiers brazzavillois
Certains investissements ont déjà changé le visage urbain de la capitale : la première phase du drainage des eaux pluviales de Brazzaville limite désormais les inondations récurrentes dans les arrondissements riverains du Djoué, tandis que le second tronçon de la corniche, en cours d’achèvement, promet d’améliorer la mobilité entre le centre-ville et le nord-ouest. La rénovation des réseaux hydrauliques du Centre hospitalier et universitaire, pour sa part, devrait fluidifier l’accès à l’eau potable de près de 4 000 patients quotidiens aussitôt que la réception officielle sera actée.
À Pointe-Noire, le programme « Gestion des inondations et assainissement » cible les zones périurbaines longtemps négligées par les investissements structurants. Prévu jusqu’en 2029, il ambitionne de réduire les maladies hydriques tout en offrant des emplois temporaires à la jeunesse locale, confirmant l’effet multiplicateur des travaux publics sur l’économie informelle.
Capital humain et agriculture au cœur des priorités
Au-delà des infrastructures, le C2D mise sur la valorisation du capital humain. La formation de 1 200 travailleurs sociaux, finalisée en 2018, améliore l’accompagnement des populations vulnérables et renforce les filets sociaux, un enjeu crucial dans un contexte où 47 % des Congolais ont moins de 18 ans. De son côté, le projet d’appui à la modernisation de l’enseignement supérieur modernise les filières scientifiques de l’Université Marien-Ngouabi par l’introduction d’équipements numériques et de laboratoires partagés.
Sur le plan agricole, l’appui à la relance du secteur enclenché en 2020 vise à doper la production vivrière en formant de jeunes agripreneurs à la gestion coopérative et à l’agro-écologie. « Nous voulons passer d’une agriculture de subsistance à une agriculture d’opportunités », confie un cadre du ministère de l’Agriculture, pour qui le C2D représente « une rampe de lancement vers la souveraineté alimentaire ».
Recommandations pour une durabilité renforcée
Les membres du Comité ont adopté trois décisions, notamment la réaffectation d’une partie du Fonds d’études à la Banque des États de l’Afrique centrale, afin de soutenir les capacités techniques locales. Quatre recommandations complètent cette feuille de route : assurer la maintenance des ouvrages livrés, mobiliser des financements complémentaires à forte portée sociale, accélérer les délais d’exécution et améliorer la visibilité des réalisations. Ces orientations répondent à une préoccupation partagée : garantir que chaque franc investi conserve un impact mesurable sur la durée.
L’ambassadrice Claire Bodonyi insiste sur la nécessité de « rendre lisible pour les citoyens ce partenariat exemplaire ». Une proposition de plateforme numérique de suivi en temps réel est d’ailleurs à l’étude pour permettre aux jeunes usagers de vérifier l’état d’avancement des chantiers et de formuler des retours.
Jeunesse congolaise : quelles retombées concrètes ?
L’enjeu ultime reste l’appropriation par la jeunesse des instruments issus du C2D. Les futurs centres d’éducation, de formation et d’apprentissage, dont la mise en service est annoncée entre 2025 et 2027, constitueront des hubs d’innovation ouverts aux start-ups locales. Ils offriront des modules de codage, d’entrepreneuriat vert et de gestion culturelle, autant de compétences recherchées sur le marché sous-régional.
À moyen terme, le contrat n’est donc pas qu’une technique de désendettement ; il s’apparente à un passeport économique pour la génération 2000. Dans un contexte international volatil, la conjonction d’un financement stable, d’une gouvernance concertée et d’indicateurs de performance transparents pourrait, si elle se poursuit, asseoir la confiance des investisseurs et consolider la trajectoire ascendante du Congo-Brazzaville.
