Enjeux du Chan 2025 pour le Congo
Le sifflet final du Chan 2025 n’a pas encore retenti que la compétition fait déjà vibrer le Congo. Prévue du 2 au 30 août en Tanzanie, au Kenya et en Ouganda, elle offre aux Diables rouges une vitrine continentale décisive.
Au-delà du trophée, une belle performance pourrait embellir le classement FIFA, attirer des recruteurs et dynamiser une économie sportive qui pèse près de 15 000 emplois indirects selon le ministère des Sports.
La mise en lumière des talents locaux répond aussi aux objectifs du Plan national de développement qui encourage la jeunesse à s’insérer dans des filières porteuses, dont le sport, identifié comme moteur de cohésion et de rayonnement.
Genèse du bras de fer Fécofoot-Ministère
Pourtant, l’annonce du 28 juillet a créé la stupeur: le comité exécutif de la Fécofoot affirme qu’il n’enverra aucun représentant officiel, car la liste transmise au ministère aurait été partiellement écartée sans explication publique.
Dans son communiqué, la fédération rappelle que la qualification congolaise est le résultat d’une procédure judiciaire engagée après une disqualification initiale, et qu’elle a assumé seule les frais de cette bataille.
Le ministère, de son côté, ne s’est pas publiquement exprimé sur les motifs précis du réajustement, mais des sources internes évoquent la nécessité de composer un contingent réduit afin d’optimiser le budget consacré au déplacement en Afrique de l’Est.
Les défis logistiques à J-Quelques jours
À moins d’une semaine du départ prévu le 1er août, l’équipe nationale poursuit son stage à Kintélé, tandis que les formalités visas, vaccins et billets d’avion se finalisent dans un climat d’incertitude administrative.
Le sélectionneur Barthélémy Ngatsono assure que le groupe reste concentré: « Nous devons transformer toute tension externe en motivation interne », glisse-t-il après la séance vidéo consacrée aux points forts du Soudan, premier adversaire du 5 août.
La Confédération africaine de football, rappelons-le, exige que chaque association membre délègue au moins un officiel accrédité pour siéger aux réunions techniques et disciplinaires quotidiennes. Sans cela, des sanctions financières ou sportives peuvent être actées.
Réactions de joueurs et supporters
Dans les quartiers de Poto-Poto comme sur les réseaux, supporters et influenceurs débattent avec passion. Beaucoup défendent la position de la Fécofoot, estimant qu’une reconnaissance institutionnelle de son rôle serait naturelle après la levée récente de la suspension par la FIFA.
D’autres, plus pragmatiques, redoutent qu’un boycott institutionnel n’entache l’élan populaire qui entoure le retour des Diables rouges sur la scène continentale après huit mois d’inactivité imposée.
La fédération de supporters Allez Congo, par la voix de sa présidente Grâce Oba, appelle à l’apaisement: « Notre drapeau doit flotter à Dar es-Salaam et Nairobi, qu’importe les chapelles. Les joueurs portent l’espoir de toute une jeunesse ».
Impact sur le développement du football national
Depuis cinq ans, les autorités misent sur la relance des championnats nationaux, la rénovation du stade Massamba-Débat et l’ouverture d’académies régionales afin de structurer la filière football. Le Chan est vu comme un test grandeur nature de ces réformes.
Selon une étude de la Chambre de commerce, un parcours jusqu’en quarts générerait environ 1,2 milliard de francs CFA de retombées médiatiques et touristiques pour les entreprises congolaises, sans compter l’effet catalyseur sur les sponsors locaux.
Le secrétaire général adjoint du Comité national olympique, Alain Moukouéké, souligne: « Au-delà de la controverse, la visibilité offerte par l’événement peut accélérer la professionnalisation des clubs et renforcer la diplomatie sportive du Congo ».
Perspectives d’une sortie de crise
Des médiations se poursuivent en coulisses. D’après nos informations, une réunion tripartite pourrait se tenir avant l’embarquement pour valider une représentation réduite de la Fécofoot, composée du chef de délégation et d’un responsable technique, conformément aux exigences de la CAF.
Cette option préserve l’honneur des parties, limite les dépenses publiques et répond aux attentes des fans, tout en maintenant le dialogue institutionnel nécessaire à la conduite sereine du programme fédéral de relance du football.
À moyen terme, plusieurs observateurs plaident pour un protocole formalisant le partage des rôles entre le ministère et la fédération, s’inspirant des modèles marocain ou sénégalais, afin d’éviter que les questions de représentation ne viennent parasiter les ambitions sportives.
Quoi qu’il en soit, le match d’ouverture contre le Soudan rappellera aux onze titulaires que le rectangle vert reste le meilleur terrain de réconciliation. Un bon résultat pourrait refermer le dossier plus vite que n’importe quel communiqué.
En attendant, les jeunes supporters interrogent déjà les boutiques pour dénicher les nouveaux maillots rouges. La fièvre du Chan gagne les rues, preuve que, malgré les crispations, la passion du football demeure un puissant ciment national.
