Une double consécration à Kinshasa et Brazzaville
On la croyait discrète depuis son dernier passage au Fespaco, mais Christelle Nanda est revenue sous les projecteurs avec un coup d’éclat : deux trophées coup sur coup, en RDC puis à Brazzaville, pour sa performance dans Violent, le drame intimiste d’Albe Diaho.
La statuette de Meilleure actrice remise à Kinshasa, suivie du Prix du Mérite Denis-Sassou-N’Guesso, installe l’artiste au sommet sans l’y figer. « Je vois cette étape comme un moteur, pas une ligne d’arrivée », confie-t-elle au micro des Dépêches de Brazzaville.
Sa victoire résonne comme la confirmation d’un parcours bâti sur la patience, le doute constructif et une rigueur parfois jugée redoutable par ses réalisateurs. Dans un secteur encore fragile, l’expérience de Nanda illustre l’importance d’un professionnalisme constant pour séduire les jurys internationaux.
Le rôle silencieux qui bouscule
Dans Violent, elle incarne Therez, épouse enfermée dans une violence conjugale sans éclats sonores. Peu de dialogues, une caméra collée aux regards : l’actrice s’appuie sur le langage du corps pour raconter l’oppression quotidienne, de la crispation des épaules aux silences chargés.
Ce choix radical, tourné en seulement quatre jours et parfois en chronologie inversée, a testé ses limites physiques autant que mentales. « Maintenir l’intensité scène après scène relevait de l’endurance sportive », se souvient-elle en riant, consciente d’avoir franchi un palier décisif.
Surtout, l’expérience l’a confrontée à une violence intérieure rarement montrée. En s’identifiant à Therez, Nanda dit avoir développé une empathie nouvelle pour toutes celles et ceux piégés dans un silence coupable. Une mutation personnelle qui, selon elle, nourrit maintenant son jeu d’une densité supplémentaire.
Responsabilité vis-à-vis du cinéma congolais
Pour la comédienne, ces distinctions dépassent la satisfaction individuelle : elles prouvent que le cinéma congolais sait produire des œuvres exigeantes capables de rayonner hors de nos frontières. « Nous avons la matière, il nous manque juste des structures solides pour l’industrialiser », plaide-t-elle.
L’actrice insiste sur la place croissante accordée aux femmes devant et derrière la caméra. Leur talent, dit-elle, ne demande qu’à s’exprimer dans des rôles complexes, loin des clichés. Sa propre reconnaissance, obtenue face à une concurrence masculine relevée, illustre cette évolution encourageante.
Elle appelle toutefois à un accompagnement institutionnel plus audacieux : fonds de soutien pérennes, formation technique, salles équipées et diffusion numérique. Selon Nanda, ces leviers garantiront que les trophées restent plus qu’une belle parenthèse et deviennent le socle d’une industrie culturelle durable.
Médias, catalyseur indispensable
Impossible de bâtir un écosystème fort sans relais médiatique à la hauteur, analyse-t-elle. Trop peu de journalistes se spécialisent dans la critique ou le suivi de tournage, laissant des pépites dans l’ombre. Elle plaide pour des rédactions curieuses, capables de documenter chaque étape créative.
Cette visibilité, rappelle-t-elle, ouvre aussi des débouchés économiques : distributeurs, plateformes VOD, festivals étrangers scrutent la presse locale pour identifier les talents émergents. Plus les médias braquent la lumière sur les productions made in 242, plus les opportunités de co-production se multiplient.
Elle cite l’exemple récent d’une chronique radio ayant quadruplé les vues d’un court-métrage autoproduit en une semaine, preuve que l’audience locale répond présente dès qu’on lui propose un contenu authentique, accessible sur les smartphones et partageable sur WhatsApp.
Perspectives et projets en gestation
Adoubée par les jurys, Nanda refuse pourtant la facilité. Elle prépare un huis clos social situé dans les faubourgs de Pointe-Noire, ainsi qu’une série courte destinée au streaming africain. Deux projets porteurs, dit-elle, d’histoires ancrées dans nos réalités urbaines et contemporaines.
Sa priorité reste de défendre des personnages féminins pluriels, à mille lieues de l’archétype de la victime ou de la femme fatale. « Nous gagnons à montrer des femmes qui doutent, résistent, s’effondrent parfois, mais se relèvent », résume l’actrice, souriante.
Elle compte aussi mettre son aura au service d’ateliers de formation destinés aux lycéennes de Brazzaville. L’idée : transmettre les bases du jeu face caméra et du storytelling, afin de créer très tôt une génération convaincue que le cinéma peut être un métier.
Inspirer la prochaine génération
À celles qui rêvent de suivre ses pas, elle livre un conseil simple : croire en soi sans brûler les étapes. Le métier reste exigeant, admet-elle, mais la constance, la discipline et le respect de ses valeurs ouvrent les portes les plus réputées.
Elle encourage aussi à dire non aux propositions qui compromettent l’intégrité artistique. « Les occasions viendront ; l’important est de rester fidèle à sa trajectoire », martèle-t-elle. Un credo qu’elle applique depuis ses débuts et qui, manifestement, finit par porter ses fruits.
Entre récompenses et projets, Christelle Nanda assume désormais un double rôle : muse des réalisateurs et ambassadrice d’un 7e art local qui refuse de s’excuser d’être ambitieux. Elle promet que le meilleur reste à écrire, caméra au poing et esprit toujours en alerte.
