Un diagnostic sans détour
Le 12 décembre, le collectif d’experts sportifs KF Brazza a franchi les portes de la Fédération congolaise de football pour détailler son projet phare : redonner aux Diables rouges et aux championnats nationaux l’éclat qui a jadis illuminé les stades du pays.
Devant les cadres de la Fecofoot, Jules Marie Nguesso, Yan Mavoungou et Leo Goma Taty ont exposé une radiographie complète du football congolais, identifiant autant de pépites prometteuses que de lacunes structurelles à combler pour rivaliser avec les meilleures sélections africaines.
Manque de régularité aux qualifications de la CAN, détection tardive des binationaux, instabilité technique : le diagnostic, acéré mais lucide, sert de point de départ à une feuille de route de cinq à dix ans, pensée comme une montée en puissance progressive.
Un plan décennal pour les sélections nationales
Première ambition : rendre la sélection A compétitive pour les éliminatoires de la CAN 2027 dès mars prochain. KF Brazza propose des stages longs avant chaque fenêtre FIFA, un staff stabilisé et une passerelle active entre équipes U17, U20, U23 et seniors.
« Nous avons des talents, il faut leur offrir un cadre de performance », résume Jules Marie Nguesso, soulignant que le suivi médical, la nutrition et l’analyse vidéo figurent aussi dans le package. L’association mise sur des partenariats avec des centres européens pour accélérer le développement.
Pour éviter l’exode précoce ou la perte d’éléments binationaux, le groupe propose une cellule de scouting dédiée, active sur les réseaux sociaux et les championnats de la diaspora. Objectif : repérer à temps, convaincre vite et intégrer ces profils au projet collectif.
Professionnaliser la Ligue 1 et féminiser le jeu
La deuxième brique touche les compétitions domestiques. KF Brazza ambitionne une Ligue 1 plus courte, mieux calée sur le calendrier international, dotée d’audits financiers annuels et d’une diffusion numérique multiplateformes pour séduire sponsors, diffuseurs et supporters habitués aux highlights sur smartphone.
Ligue 2, football féminin et catégories jeunes bénéficieraient d’un plan semblable, avec des championnats régionalisés pour réduire les coûts de déplacement, des primes indexées sur la performance et des formations pour dirigeants, arbitres et entraîneurs, histoire d’asseoir durablement la professionnalisation.
Un accent particulier est mis sur la visibilité des joueuses, jugée stratégique. Lives Instagram, capsules TikTok depuis les vestiaires et retransmissions gratuites des finales féminines sur Facebook sont envisagés pour accroître l’engagement et intéresser de nouveaux sponsors engagés dans la promotion de l’égalité.
Dialogue indispensable avec l’État
Tous ces volets supposent un financement stable. Devant le président de la Fecofoot, Jean Guy Blaise Mayolas, les experts ont rappelé que la création d’une ligue professionnelle reste illusoire sans subvention publique complémentaire, en plus de l’argent des marques et des droits TV.
« On ne peut pas rêver de professionnalisme sans l’appui de l’État », a reconnu le patron de la Fédération, avant d’inviter les partenaires privés à « multiplier les activations autour du championnat ». L’idée est de sécuriser des budgets pluriannuels pour garantir la visibilité.
KF Brazza, association apolitique comme elle le rappelle, insiste cependant sur la nécessité d’une gouvernance partagée : comité de pilotage mixte ministère–Fecofoot, indicateurs clairs et audits indépendants chaque saison afin de rassurer investisseurs et bailleurs.
« Si chacun met un peu d’eau dans son vin, la pratique sera d’une simplicité incroyable », a résumé l’orateur principal, plaidant pour un calendrier de réunions dès janvier et une présentation publique du plan avant le coup d’envoi de la nouvelle saison.
Le précédent de 2017, un rappel utile
La démarche n’est pas inédite. En décembre 2017, le consultant béninois Christian Lagnidé avait déjà suggéré un modèle similaire lors d’un salon sportif, avant qu’un partenariat de cinq ans entre la Fecofoot et la Fondation pour le développement du sport en Afrique ne voie le jour.
À l’époque, plusieurs engagements financiers et logistiques avaient été pris par l’État. Les observateurs se souviennent pourtant d’une mise en œuvre partielle, freinée par la pandémie, l’instabilité des calendriers et la difficulté à fédérer toutes les parties prenantes autour d’objectifs communs.
Cette fois, KF Brazza assure que la transparence et l’alignement des intérêts seront les maîtres mots. Le rendez-vous est donc pris : Brazzaville et Pointe-Noire guetteront les premiers signaux, dès mars, pour savoir si le nouveau projet transformera la passion en résultats concrets.
Calendrier et prochaines étapes
Le chronogramme dévoilé aux dirigeants contient quatre paliers : validation institutionnelle en février, campagne de communication auprès du public en mars, lancement des premiers stages en avril puis bilan intermédiaire en décembre 2024, à la veille de la saison suivante.
Entre-temps, une plateforme numérique sera ouverte afin de suivre, en temps réel, les performances des joueurs locaux et expatriés. Statistiques, rapports médicaux et contenus vidéo y seront centralisés, offrant aux supporters comme aux recruteurs une fenêtre inédite sur le vivier congolais.
Enfin, un tour national baptisé « Football-Lab » est prévu dans dix villes pour recueillir les suggestions des ligues régionales, des clubs amateurs et des influenceurs sport. Les organisateurs espèrent y attirer près de 5 000 participants et créer un engouement viral indispensable au succès.
