Forêt congolaise, bouclier vert planétaire
Quand on parcourt la carte satellitaire d’Afrique centrale, une large tache émeraude apparaît : le Congo. Plus de 22 millions d’hectares de forêts y captent chaque année d’importantes quantités de carbone, positionnant le pays comme défenseur naturel contre le réchauffement, selon le Centre de recherche forestière.
Avec un taux de déforestation inférieur à 0,05 %, confirmé par l’Observatoire des forêts d’Afrique centrale, Brazzaville met en avant une gestion prudente des concessions. Trois millions d’hectares disposent déjà de la certification FSC, gage d’exploitation durable et de traçabilité jusqu’aux marchés européens.
Les autorités rappellent que cette performance écologique n’est pas qu’un argument vert : elle sert de levier diplomatique pour négocier des partenariats techniques et financiers auprès de bailleurs multilatéraux, désireux d’investir dans des puits de carbone fiables et politiquement stables.
Reboisement : la décennie en marche
Lancée à Brazzaville, la Décennie des Nations unies pour le boisement et le reboisement 2027-2036 découle directement de la première Conférence internationale sur l’afforestation et le reboisement. Le président Denis Sassou Nguesso veut faire du planting d’arbres « un instrument d’équilibre planétaire ».
Les pays du bassin du Congo espèrent mobiliser cinq milliards de dollars pour étendre les plantations et sécuriser les titres fonciers. Un organe de suivi, approuvé en juillet 2024, devra harmoniser les données, évaluer les impacts sociaux et aiguiller les investisseurs vers les zones à fort potentiel.
Les experts forestiers estiment que dix millions d’hectares certifiés dans la région généreraient plus de 50 millions de crédits carbone par an, chiffre qui attirerait fonds souverains et entreprises soucieuses de compenser leurs émissions, tout en créant des emplois ruraux pour la jeunesse congolaise.
Voix des peuples autochtones
À Brazzaville, le premier Congrès mondial des peuples autochtones des grands bassins a braqué les projecteurs sur ceux qui protègent déjà 80 % des forêts tropicales. Femmes et jeunes ont rédigé une feuille de route visant la sécurisation des droits fonciers et l’accès direct aux financements climatiques.
Des réseaux tels que l’Alliance des femmes leaders d’Afrique centrale insistent : sans inclusion des savoirs traditionnels, aucun projet ne résistera à long terme. « La réponse, c’est nous », a martelé la militante indonésienne Rukka Sombolinggi, réaffirmant la complémentarité entre gouvernance locale et stratégies nationales.
Le gouvernement congolais s’engage à intégrer ces recommandations dans les plans d’afforestation communautaire, conscient qu’un arbre protégé par ses riverains vit plus longtemps qu’un arbre surveillé depuis une capitale lointaine.
Tourbières de la Cuvette, trésor sous-marin
Sous les forêts, la Cuvette renferme des tourbières aussi vastes que l’Angleterre. Elles stockeraient près de 30 milliards de tonnes de carbone, révèle l’Université de Leeds. Leur préservation constitue l’un des axes clés de la diplomatie environnementale congolaise.
Une conférence internationale prévue en mars 2026 à Brazzaville réunira agences onusiennes et chercheurs pour définir un plan de gestion. L’objectif : éviter le destin de certaines tourbières d’Asie du Sud-Est, drainées pour des cultures industrielles et devenues sources massives de CO2.
Brazzaville mise sur la Déclaration signée en 2018 avec Kinshasa et Jakarta pour attirer des financements de restauration, tout en soulignant la dimension sociale : protéger ces zones humides, c’est aussi préserver les moyens de subsistance de milliers de pêcheurs et de planteurs de manioc.
Financer l’équité climatique
Malgré son rôle de puits de carbone, le bassin du Congo ne reçoit qu’environ 20 milliards de FCFA d’aide publique par an, vingt-cinq fois moins que l’Amazonie. Les décideurs parlent d’« injustice climatique » et plaident pour une réallocation des flux financiers vers l’Afrique centrale.
Les diplomates congolais argumentent que chaque franc investi dans la conservation locale génère un impact carbone global supérieur à celui d’un dollar dépensé ailleurs, en raison de la faible pression démographique et de la richesse biologique de la région.
Pour la jeunesse congolaise, ces fonds représentent aussi des opportunités. Programmes de reboisement, écotourisme contrôlé, startups de certification carbone : autant de pistes envisagées pour transformer le capital naturel en emplois verts et revenus durables, sans compromettre l’équilibre des écosystèmes.
