Un nouveau tournoi né à Ignié
À quarante-cinq kilomètres au nord de la capitale, le Centre de formation d’Ignié a accueilli du 27 au 29 décembre la toute première Coupe inter-ligues organisée par la Fécofoot. Onze ligues départementales ont envoyé deux cent quatre-vingt-dix-neuf garçons U15 et filles U16 dans ce décor verdoyant.
Pour cette édition inaugurale, chaque département alignait une équipe masculine et une féminine. Seule Brazzaville, plus dense en clubs formateurs, a bénéficié d’une dérogation lui permettant d’engager deux formations par catégorie. « Nous voulions refléter le réservoir de la ville sans léser les autres ligues », explique un membre du comité d’organisation.
L’exploit total des équipes de Brazzaville
Le pari s’est avéré gagnant : Brazzaville a non seulement doublé ses chances, elle a surtout dominé toutes les phases finales. En garçons, la sélection baptisée Brazzaville 2 a renversé Pointe-Noire 3-1 au terme d’un match intense ponctué de trois réalisations en seconde période.
Chez les filles, le spectacle a pris des allures de festival offensif. Brazzaville 1 a inscrit huit buts face à Brazzaville 2. Les supporters présents, téléphones levés, ont inondé TikTok des frappes lointaines de la milieu Grâce Okomba, élue meilleure joueuse du tournoi.
Une vitrine pour les talents U15 et U16
Au-delà des trophées, chaque participant est reparti avec un ballon officiel, souvenir tangible et invitation à poursuivre l’effort. « Nous voulons que ces jeunes repartent motivés, pas simplement décorés », précise Djibril Dengaki, premier vice-président de la Fécofoot, parrain de l’événement.
Les tribunes étaient clairsemées mais attentives. Des recruteurs de clubs de Nationale 1 suivaient déjà certains profils. « Le latéral droit de la Cuvette a un sens du placement rare à quinze ans », confie un entraîneur, carnet à la main.
Le regard du staff national sur les pépites
Pendant trois jours, les techniciens fédéraux ont rempli des fiches détaillées. La cellule de détection souhaite enrichir les prochaines sélections U17 des Diables Rouges. « Nous avons repéré au moins vingt filles et garçons susceptibles d’intégrer la présélection », révèle Paul Mouyabi, responsable du scouting national.
Cette récolte arrive à point nommé. Les éliminatoires zonales de la CAN U17 approchent et l’encadrement veut présenter des effectifs homogènes. Les performances d’Ignié offrent un premier filtre terrain, complété par des tests médicaux et scolaires attendus en janvier.
Un contexte sans Ligue 1 ni Ligue 2
L’initiative survient dans un paysage marqué par l’arrêt du championnat professionnel depuis plusieurs mois. Un désaccord technique entre le Comité exécutif de la Fécofoot et le Ministère des Sports a gelé les calendriers de Ligue 1 et de Ligue 2.
Malgré ce vide, les organisateurs refusent le fatalisme. « Plutôt que de laisser nos jeunes inactifs, nous leur avons offert une scène », insiste Dengaki. Le message a été salué par les parents venus d’Owando ou de Dolisie, ravis de voir leurs enfants évoluer dans des conditions dignes.
Des récompenses qui motivent les quartiers
Au classement final, Pointe-Noire et la Cuvette ont complété les podiums garçons et filles. Chaque trio de tête est reparti avec coupes, médailles et kits d’entraînement. « Nos joueuses vont s’entraîner sur terrain sableux ; ces plots et chasubles changent tout », sourit la coach de Sibiti.
La cérémonie protocolaire s’est déroulée en présence de notables locaux. Les artistes du moment, parmi lesquels le rappeur Tidiane Mario, ont improvisé un mini-concert, conférant à l’événement un parfum de festival sportif et culturel, très apprécié du public jeune.
Témoignages des jeunes joueurs
Fouzi Bouity, 15 ans, buteur décisif de Brazzaville 2, savoure encore. « Marquer en finale, c’est incroyable. Je rêve maintenant de porter le maillot national », lâche-t-il, yeux brillants. De son côté, Grâce Okomba assure avoir « tellement appris en trois jours, surtout mentalement ».
Leur enthousiasme a contaminé les réseaux. Les stories Instagram débordent de célébrations, gifs et remix musicaux. Le hashtag #Ignie2025 a culminé dans le top des tendances congolaises le soir de la finale, preuve de l’impact viral recherché par la Fécofoot.
Enjeu d’égalité et de mixité
L’égalité filles-garçons figurait parmi les valeurs affichées. Les rencontres féminines ont bénéficié des mêmes créneaux horaires et d’un arbitrage identique aux garçons. « Nous brisons le cliché selon lequel le football est masculin », souligne la responsable du football féminin, Georgette Mampouya.
Les chiffres confirment la dynamique : sur les trois cents participants, cent quarante-deux étaient des filles, soit près de la moitié. Un record national pour une compétition de jeunes, selon les données de la Fécofoot.
Perspectives pour 2026
L’instance fédérale envisage déjà une deuxième édition plus étoffée. Un allongement de quatre à six jours et l’introduction d’une catégorie U13 sont à l’étude. « Nous voulons un cycle complet de formation progressive », précise Paul Mouyabi.
Les infrastructures d’Ignié pourraient recevoir des gradins supplémentaires. Le gouvernorat du Pool réfléchit à un partenariat public-privé afin d’améliorer l’accueil. Le succès sportif et médiatique de 2025 fournit un argument solide pour mobiliser de nouveaux sponsors.
Espoir d’un retour du championnat national
En marge du tournoi, dirigeants fédéraux et représentants ministériels ont échangé de façon informelle. Tous se disent « confiants » dans la recherche d’une solution. Les fans espèrent voir les clubs professionnels reprendre avant la prochaine fenêtre FIFA.
D’ici là, la Coupe inter-ligues apparaît comme un pont entre générations et institutions. Elle maintient la flamme du football congolais et offre à la jeunesse une scène où s’exprimer, en attendant de fouler les pelouses de Ligue 1 sous le regard de tout le pays.
