Une avant-première frissonnante à Pointe-Noire
Le 27 décembre, la salle du Rocher des Âges à Pointe-Noire affichait complet. Au menu, l’avant-première nationale de Traque, la vengeance de Patricia, nouveau long-métrage d’horreur signé Barthel Pandzou. Entre excitation et sueurs froides, le public jeune comme adulte retenait son souffle.
Présenté par Arts Programmes et Ecole d’arts Magazine, le film offre quatre-vingt-quatre minutes d’une tension continue, teintée de romantisme et de drame. Les premières impressions ont été dithyrambiques, certains spectateurs saluant un “thriller à la congolaise” capable de rivaliser avec les standards internationaux.
Un thriller made in 242
Écrit par le scénariste Harvin Isma, le long-métrage suit cinq amis partis en excursion dans une forêt luxuriante. Leur escapade se transforme en cauchemar lorsqu’une présence invisible libère ses esprits vengeurs. Chaque pas devient un pari, chaque ombre le présage d’une issue fatale.
Derrière les sursauts, Barthel Pandzou assume une démarche pédagogique. “Nous ne voulions pas seulement filmer la terreur, nous voulions explorer la peur viscérale liée aux mauvais choix”, confie le réalisateur, visiblement ravi de voir la jeunesse congolaise se projeter dans un cinéma porteur de sens.
Un scénario miroir de la société
Le récit met en lumière la délinquance juvénile, les violences faites aux femmes et la question du consentement, sans jamais céder au moralisme lourd. Dans la salle, plusieurs spectatrices ont dit se reconnaître dans la quête de justice de Patricia, héroïne dont la colère devient l’arme principale.
Herman Bergerac Mapaha, directeur départemental de la jeunesse de Pointe-Noire, voit dans le film une alerte utile. Selon lui, l’œuvre rappelle que chaque décision peut ouvrir la voie à des conséquences irréversibles. “Une fiction peut parfois toucher davantage qu’un discours magistral”, glisse-t-il, sourire aux lèvres.
À l’écran, les paysages verdoyants de la côte offrent un contraste brutal avec les scènes d’épouvante. Le directeur photo a misé sur des plans larges, presque poétiques, avant de refermer l’image dans des couloirs sombres. Cette alternance renforce le sentiment d’emprisonnement ressenti par les protagonistes.
Des partenaires mobilisés pour le 7e art
L’événement a reçu le soutien logistique d’Arts Programmes et de la Chambre consulaire de Pointe-Noire. Son président, Sylvestre Didier Mavouenzela, a insisté sur la nécessité d’un écosystème économique solide pour passer du statut de passionnés à celui d’une véritable industrie audiovisuelle.
“Le talent, la volonté et l’audace sont présents, mais il faut désormais parler financement, marketing et distribution”, a-t-il martelé, évoquant des formations dédiées et des guichets de crédit adaptés. Ses propos ont été chaleureusement applaudis, signe que la filière se sent prête à franchir un cap.
Le producteur exécutif, Michel Mantsinga, évoque déjà des négociations avec des plateformes de vidéo à la demande régionales pour une sortie en ligne quelques mois après la tournée. L’objectif est de toucher les spectateurs éloignés des salles et de générer des revenus complémentaires indispensables.
La jeunesse congolaise devant et derrière la caméra
Traque, la vengeance de Patricia est porté par un casting majoritairement issu d’écoles locales de théâtre. Plusieurs comédiens font ici leurs premiers pas au cinéma. Leur spontanéité apporte une fraîcheur saluée par le réalisateur, persuadé que la relève repose sur ces visages nouveaux et authentiques.
En coulisses, une équipe technique de vingt personnes a géré son, lumière et effets spéciaux. Budget annoncé : quinze millions de francs CFA, financés en partie par du crowdfunding. Un modèle de production agile qui démontre qu’avec peu de moyens, l’inventivité peut créer des images fortes.
Accueil enthousiaste et buzz digital
À la sortie, les spectateurs échangeaient sur leurs scènes préférées, smartphones à la main pour partager fausses rumeurs et réels frissons sur TikTok. L’hashtag #Traque242 cumulait déjà des milliers de vues en soirée, preuve que la stratégie social-first du distributeur atteint efficacement sa cible.
Une tournée dans les grandes villes du pays est annoncée pour le premier trimestre. Barthel Pandzou et son équipe ambitionnent également une sélection en festival sous-régional, histoire d’exporter la vision congolaise du film de genre. Les démarches administratives seraient déjà engagées.
Un pas supplémentaire pour le cinéma national
Ces dernières années, plusieurs productions locales comme Mbote Paris ou Cœur d’Amazonie ont voyagé hors des frontières. Traque vient confirmer l’élan. Pour le critique André Boungou, “chaque sortie réussie crédibilise le marché et attire investisseurs et plateformes”, ingrédients indispensables à la consolidation d’une industrie pérenne.
Si le chemin reste long, la projection pointe-noirienne montre que la collaboration entre pouvoirs publics, secteur privé et créateurs fonctionne. Entre peur, catharsis et réflexion sociétale, Traque, la vengeance de Patricia donne un coup de projecteur bienvenu sur l’imagination locale et sur la force de la jeunesse.
Le long-métrage poursuit maintenant sa carrière, espérant séduire Brazzaville puis la diaspora congolaise. Entre frissons et prise de conscience, le public semble prêt à suivre Patricia dans sa quête de justice. Et prouve, au passage, que le 7e art respire plus que jamais au Congo-Brazzaville.
Pour ceux qui veulent vivre l’expérience sur grand écran, retenez la leçon du film : certaines promenades ne mènent pas toujours là où on l’imagine. Mais dans les salles, elles peuvent ouvrir une voie nouvelle au cinéma congolais, entre montée d’adrénaline et fierté nationale.
