Naissance d’une ligue professionnelle à Brazzaville
Au gymnase Nicole Oba, cœur battant de Talangaï, la Fédération congolaise de handball a tenu, le 16 décembre 2025, un congrès extraordinaire décisif. Objectif : concrétiser la promesse d’une première ligue professionnelle et franchir un cap historique pour le handball congolais.
Sur les gradins, entraîneurs, anciens internationaux et jeunes supporters ont perçu l’instant : ce passage au professionnalisme ouvre des perspectives de carrière locale, limite l’exode des talents et promet des derbys bouillants entre Brazzaville, Pointe-Noire et les futures franchises régionales.
Un scrutin symbolique et sans suspense
Le vote fut expéditif : 25 membres du corps électoral sur 49 se sont déplacés, les autres ayant présenté leurs excuses. Unique candidat, André Frédéric Ngassiki a récolté la totalité des suffrages, signe d’un consensus rare dans une discipline souvent éclatée en clubs rivaux.
« Le travail commence aujourd’hui », a lancé Raphaël Bantsimba du CNOSC, tandis que la représentante du ministère des Sports, Anna Moungala, rappelait le devoir de respecter les textes. La séance a été close sous des applaudissements où se mêlaient soulagement, ambitions et selfies de circonstance.
Qui est André Frédéric Ngassiki ?
Âgé de 45 ans, Ngassiki est connu pour avoir conduit la formation d’Inter-Club au titre national 2019 avant de collaborer avec la sélection A masculine. Diplômé en management sportif, il a longtemps milité pour des contrats professionnels afin de « garder nos pivots chez nous ».
Interrogé à la sortie, il a promis « une ligue qui fera vibrer les quartiers chaque week-end, avec des retransmissions accessibles sur smartphone ». Pour lui, le handball peut devenir la deuxième vitrine sportive du pays après le football, en misant sur la vitesse et le spectacle.
Des ambitions sportives assumées
Sur le plan sportif, la nouvelle direction table sur un championnat fermé de huit à dix équipes pour la saison inaugurale, avec matchs aller-retour et play-offs. Les clubs seront tenus de disposer d’un staff médical, d’équipements homologués et d’un plan de communication digital.
À long terme, l’ambition est d’élargir la compétition aux ligues du Nord et du Niari, tout en créant une Super-Coupe nationale. La fédération espère ainsi nourrir les sélections jeunes, féminines et seniors, avec un vivier challengé chaque saison par la pression du maintien.
Un moteur économique en devenir
Passer au « pro » signifie aussi salaires, droits télé et billetterie numérisée. Plusieurs opérateurs télécoms négocient déjà la diffusion en streaming, tandis que des brasseries locales envisagent le naming des arénas. Les coaches y voient une opportunité d’emplois stables pour joueurs, kinés et arbitres.
Cette dynamique s’inscrit dans la feuille de route gouvernementale visant à professionnaliser les fédérations et à diversifier l’économie du sport. Soutenir les talents locaux, attirer les investissements privés et promouvoir l’image positive du Congo figurent parmi les objectifs salués par les observateurs.
Le soutien institutionnel au rendez-vous
La présence officielle d’Anna Moungala a rappelé que l’État suivra de près la gouvernance de la ligue. Elle a insisté sur la transparence financière et le respect des statuts, prérequis pour toute subvention publique ou partenariat international susceptible d’amplifier l’impact du projet.
De son côté, Raphaël Bantsimba a évoqué l’accompagnement du CNOSC pour la formation des officiels et l’harmonisation avec les standards africains. Il souhaite que la ligue serve de laboratoire à d’autres disciplines souhaitant suivre le même chemin vers la professionnalisation.
Défis immédiats à relever
Les premiers défis sont concrets : établir un calendrier compact, assurer les déplacements inter-villes et sécuriser la couverture médicale. Ngassiki reconnaît que « le budget transport pèsera lourd », mais il compte sur des partenariats avec les compagnies routières et aériennes pour alléger la facture.
Autre chantier : la réhabilitation du gymnase Nicole Oba et des salles satellites. Les architectes mandatés visent une homologation internationale avec parquet adapté, éclairage LED et tribunes connectées. Les travaux doivent débuter avant mars pour ne pas retarder le coup d’envoi officiel.
Fans au centre de la stratégie digitale
Côté supporters, la ligue prévoit des challenges TikTok, la vente de billets via Mobile Money et des maillots personnalisés édités en édition limitée. L’idée est de transformer chaque match en événement urbain, capable d’animer les stories et d’occuper les bars sportifs du quartier.
Prochaines étapes avant le premier coup d’envoi
D’ici avril, un appel à candidatures sera lancé pour les coaches et les arbitres désirant obtenir une licence professionnelle. Les clubs devront valider leurs dossiers administratifs, budgets et règlements intérieurs. La commission d’homologation de la fédération rendra sa décision avant la publication du calendrier.
Si tout se déroule comme prévu, la saison inaugurale pourrait démarrer en juillet sous le regard de milliers de fans et des caméras. Pour l’heure, Ngassiki et son bureau peaufinent les derniers détails, portés par l’envie de faire du handball congolais une scène incontournable.
Le regard de la diaspora
La diaspora congolaise guette l’initiative. Sur les réseaux, des supporters à Paris ou Montréal projettent déjà d’envoyer du matériel et de parrainer des académies pour renforcer l’impact international de la ligue.
Un horizon continental
Ngassiki vise un Final Four africain à Brazzaville d’ici dix ans, convaincu que de nouvelles infrastructures attireront tourisme sportif et visibilité continentale.
