Nouveau souffle pour le football congolais
Le stade Félix Eboué bruissait encore d’échos mardi soir, malgré l’absence de championnat, lorsque l’on a aperçu les polos verts d’IGM au bord de la pelouse. L’image symbolise un tournant : le football congolais attire à nouveau les chasseurs de futurs cracks.
Basée en Côte d’Ivoire, l’agence italienne de management arrive à Brazzaville à l’invitation de l’Etoile du Congo, formation mythique fondée en 1953. Objectif déclaré : relancer une filière locale en sommeil et offrir une passerelle professionnelle aux ados qui tapent le ballon dans les ruelles.
La perspective séduit supporters et autorités. « Nous accueillons toute initiative solide qui protège nos jeunes talents », confie un conseiller du ministère des Sports rencontré au stade. Le ton est donné : cohésion et confiance entourent cette coopération Italie-Congo présentée comme gagnant-gagnant.
IGM, un moteur italien pour l’Afrique centrale
Fondée par des recruteurs milanais en 2016, IGM a rapidement bâti un réseau en Afrique de l’Ouest, de Dakar à Abidjan. Sa spécialité réside dans le suivi scolaire, médical et psychologique des espoirs détectés. Une approche à 360° qui séduit de plus en plus de clubs locaux.
L’ouverture d’une antenne brazzavilloise répond, selon la direction, à un constat simple : le Congo exporte historiquement des joueurs, mais sans structure formelle, laissant place aux intermédiaires informels. « Nous voulons apporter des normes FIFA et un carnet d’adresses fiable », assure Luigi Modena, coordinateur régional.
Paolo Grimaldi prend la barre locale
Pour piloter la stratégie, IGM a nommé Paolo Grimaldi, agent FIFA au flair réputé. L’Italien a déjà accompagné deux internationaux ivoiriens vers la Serie A. À Brazzaville, il veut d’abord cartographier les académies, de Makelekele à Poto-Poto, avant de lancer des tournées nationales.
« Il y a un vivier incroyable, mais l’encadrement manque », répète-t-il, smartphone à la main. Ses premiers échanges avec les éducateurs stelliens ont porté sur la nutrition, la périodisation de l’entraînement et le maniement des réseaux sociaux par les jeunes pour forger leur image.
Etoile du Congo renforce sa formation
Club le plus titré du pays, l’Etoile du Congo traverse néanmoins une pause forcée depuis la suspension du championnat. Son président de section football, Ghislain Ngapela Lendouma, voit dans le partenariat un moyen de professionnaliser la filière sans attendre la reprise des compétitions domestiques.
Une cellule mixte a déjà été installée dans l’enceinte du stade Alphonse-Massamba-Débat. Des kinés sportifs aux analystes vidéo, elle rassemble profils locaux et experts envoyés par IGM. Chaque entraînement est désormais filmé, les données de performance étant stockées sur un serveur partagé entre Brazzaville et Abidjan.
L’autre particularité est la passerelle avec Eboli, l’équipe réserve qui sert souvent de tremplin. Les recruteurs suivront aussi les tournois inter-quartiers et le championnat scolaire, histoire de ne laisser aucun prodige dans l’ombre. L’idée est d’embrasser l’écosystème plutôt que de piocher sélectivement.
La parole aux jeunes talents
Sur la pelouse synthétique, Junior, latéral de 17 ans, raconte avoir signé un formulaire d’évaluation numérique. « Ils nous mesurent la masse grasse et filment nos sprints. C’est nouveau ici », sourit-il. Pour lui, l’espoir de rejoindre un centre européen n’est plus seulement un rêve de vestiaire.
Même enthousiasme chez Prisca, première gardienne intégrée au groupe élite. IGM souhaite aussi valoriser le football féminin, pourtant très médiatisé lors des Jeux africains de Brazzaville. « Je sais que les clubs italiens observent désormais les filles, alors je double mes séances », confie-t-elle, gant sous le bras.
Au-delà du terrain, un impact national
Pour l’Etoile du Congo, les retombées financières annoncées financeraient la rénovation des vestiaires et la création d’un bus officiel. Le projet inclut également une bourse d’études destinée aux trois meilleurs bacheliers de l’effectif, preuve que la dimension sociale reste cruciale dans la feuille de route.
Brazzaville compte aussi sur la vitrine internationale pour dynamiser son image sportive. Le ministère des Sports évoque une candidature future à l’accueil d’un tournoi U-17 en collaboration avec la CAF, alimenté par l’expertise d’IGM. Une perspective susceptible de booster l’économie locale via l’hôtellerie et la restauration.
À plus long terme, l’initiative s’inscrit dans la volonté nationale de faire du sport un vecteur de croissance, alignée sur le Plan national de développement. Les acteurs privés y voient un signal fort encourageant d’autres investissements, qu’il s’agisse d’équipements ou de formation d’entraîneurs diplômés.
Paolo Grimaldi reste lucide : « Signer en Europe demande rigueur et patience. Notre rôle est d’éviter les promesses creuses, pas de les multiplier. » Dans un paysage où les faux agents pullulent, la démarche structurée pourrait devenir la norme et rassurer familles, sponsors et supporters.
Prochain rendez-vous et attente des supporters
Le coup d’envoi officiel de la collaboration est fixé au prochain stage de préparation, programmé début juillet. Scouts, médecins et responsables administratifs seront réunis autour d’un même tableau de bord. Le public congolais n’attend qu’une chose : voir éclore la nouvelle génération des vert et jaune.
D’ici là, les réseaux sociaux du club diffuseront chaque étape, histoire de faire vibrer la diaspora connectée en temps réel.
