L’appel vibrant de Dibantsa aux jeunes créateurs
Devant le hall encore étincelant du nouvel hôtel Kempinski de Brazzaville, l’architecte urbaniste Gervais Aurélien Dibantsa a lancé un message enthousiaste : la jeunesse congolaise doit reprendre le flambeau et projeter l’ingéniosité locale sur les skylines du monde.
Pour lui, s’inspirer des réalisations pionnières n’implique pas de les copier, mais d’en extraire les méthodes adaptées aux défis actuels, comme la montée démographique ou l’urgence climatique, afin de concevoir des villes plus inclusives et compétitives.
L’hôtel Kempinski, nouveau symbole urbain
Inauguré début décembre, l’édifice de douze niveaux domine la corniche avec ses lignes épurées et ses façades vitrées reflétant le fleuve Congo. Deux parkings souterrains, des centres de traitement d’air et des locaux techniques matérialisent l’attention portée au confort et à la sécurité.
Le projet est le fruit d’un groupement d’expertise auquel appartenait Dibantsa ; il souligne que cette collaboration a permis de marier standards internationaux et savoir-faire local, créant un repère capable d’attirer voyageurs d’affaires, touristes, mais aussi d’inspirer les étudiants en génie civil.
Edau Congo, laboratoire d’idées locales
Moteur discret de cette réussite, le bureau d’études Edau Congo, créé en 2008, s’est imposé sur le marché sous-régional grâce à une approche pluridisciplinaire où se croisent design, ingénierie et urbanisme, au service tant des institutions publiques que des investisseurs privés.
Labellisé par l’Ordre des architectes du Congo et référencé auprès des Nations unies, le cabinet prône une véritable culture du résultat : respect strict des délais, maîtrise fine des coûts et intégration systématique de normes environnementales adaptées aux réalités du bassin du Congo.
Former, innover, rayonner à l’international
Auréolé de cette vitrine, Dibantsa insiste sur la nécessité de programmes de mentorat reliant professionnels chevronnés et jeunes diplômés. Selon lui, un échange régulier d’expériences accélère la formation de compétences capables de répondre aux appels d’offres régionaux ou à ceux d’organismes multilatéraux.
Il encourage en parallèle la création de concours d’idées locaux, ouverts aux écoles d’architecture et d’ingénierie du pays. Ces compétitions, au-delà du trophée, servent de laboratoire de tendances et permettent d’identifier des solutions innovantes pour des besoins concrets comme le logement abordable.
Entre tradition et modernité, un style à inventer
Au Congo, le bâti exprime souvent des influences coloniales, modernistes et vernaculaires. Gervais Aurélien Dibantsa estime qu’il est temps d’assumer cette pluralité afin de concevoir des formes qui évoquent les cases ekoti ou les masques teke tout en dialoguant avec le verre et l’acier.
Cette hybridation, explique-t-il, peut devenir un argument touristique majeur et offrir aux habitants un sentiment d’identité renforcée. « Nous devons construire des espaces où nos racines culturelles rencontrent les technologies de demain », résume-t-il, sourire aux lèvres devant la maquette interactive du futur.
Les enjeux d’une architecture durable au Congo
Les défis climatiques imposent également de repenser les matériaux. Brique de terre stabilisée, bambou local ou récupération de latérite peuvent, selon l’architecte, réduire l’empreinte carbone tout en soutenant les filières artisanales. L’hôtel Kempinski intègre déjà des systèmes de gestion intelligente de l’énergie.
Dibantsa rappelle que la réglementation congolaise encourage l’efficacité énergétique et la protection de la biodiversité urbaine. « Nous ne partons pas de zéro », insiste-t-il, soulignant les incitations fiscales disponibles pour les promoteurs qui optent pour des toitures végétalisées ou des dispositifs de réutilisation des eaux pluviales.
Perspectives : Brazzaville comme hub créatif
Au-delà de l’hôtellerie, plusieurs projets structurants se profilent, du nouveau siège d’une banque panafricaine au réaménagement des berges du Djoué. Chaque chantier représente une opportunité de démontrer la maîtrise des jeunes architectes et de renforcer la compétitivité de la capitale.
Dibantsa voit également en Pointe-Noire un terrain d’expérimentation, porté par l’essor du corridor économique Atlantique. La connectivité numérique en plein développement pourrait faciliter le travail collaboratif entre les deux principales villes du pays et ouvrir des débouchés à la diaspora.
Pour convertir ces perspectives en réalité, il appelle à renforcer les passerelles entre universités, administrations et secteur privé. Un écosystème cohérent permettrait, selon lui, de sécuriser le financement des chantiers, d’accélérer les procédures et d’éviter l’exode des cerveaux vers d’autres marchés.
« Notre pays dispose de talents brillants et d’une histoire riche », conclut le concepteur. « Si nous mettons l’accent sur la formation, la rigueur et l’innovation, Brazzaville et Pointe-Noire pourront devenir des vitrines africaines de référence, à l’image de Kigali ou d’Addis-Abeba. »
Success stories inspirantes de la nouvelle vague
Déjà, plusieurs jeunes diplômés formés au pays signent des projets remarqués. À Talangaï, la réhabilitation d’une école primaire par l’architecte Kelly Tchicaya intègre des patios ventilés naturellement qui réduisent la température de quatre degrés, démontrant la pertinence de solutions bio-climatiques peu onéreuses.
Dans le quartier Ngoyo de Pointe-Noire, le collectif émergent Nzila a transformé un entrepôt en espace créatif modulable, mêlant galerie, atelier et café. Cette métamorphose, financée en partie par un crowdfunding local, prouve que l’initiative privée peut compléter l’action publique et booster l’économie culturelle.
Ces exemples nourrissent l’espoir d’une génération capable d’exporter son talent, mais surtout de transformer au quotidien le visage des villes congolaises, rue après rue.
