Une chaîne de solidarité qui s’étend au sud de Brazzaville
Du 2 au 6 janvier 2026, l’hôpital de base de Makélékélé vibrera au rythme des examens de vue et du cliquetis des étuis à lunettes. L’Assab-France, forte de vingt ans d’engagement, y organise sa prochaine campagne gratuite de lunettes médicales.
Après avoir soigné des milliers de regards dans les arrondissements nord, l’association répond cette fois à la demande insistante des quartiers Makélékélé et Bacongo. L’objectif affiché reste identique : réduire les inégalités d’accès aux soins oculaires dans la capitale congolaise.
« Cette initiative s’inscrit dans notre axe santé-éducation-agropastoral et nous comptons sur la générosité de tous pour élargir sa portée », souligne le président de l’Assab-France, le Dr Eymard Galouon Eta, dans un communiqué publié au siège de l’organisation.
Des services médicaux complets de 7 h à 14 h 30
Chaque matin de la campagne, les équipes bénévoles commenceront par la prise de température, tension artérielle et glycémie. Ces contrôles gratuits permettent de détecter d’éventuels risques associés comme le diabète ou l’hypertension souvent liés aux troubles visuels.
Les ophtalmologues partenaires appliqueront ensuite un collyre pour dilater la pupille avant de réaliser le test de réfraction. Ce protocole, déjà éprouvé lors des éditions précédentes, garantit une ordonnance précise et adaptée à la morphologie ainsi qu’au mode de vie de chaque patient.
Une fois l’ordonnance en main, le visiteur se verra proposer sur place une monture ajustée et des verres correcteurs taillés par un opticien. Les lunettes, financées par des dons européens et congolais, sont remises sans frais additionnels dans la limite du stock disponible.
Procédure simplifiée pour décrocher sa monture
Pour éviter les longues files d’attente, l’Assab a mis en place un pré-enregistrement dans les paroisses et maisons de quartier. Les volontaires y expliquent les critères essentiels : présenter une ordonnance récente, arriver à jeun et s’acquitter d’une participation symbolique de 5 000 FCFA.
Le ticket donne accès à l’ensemble du parcours, du dépistage jusqu’à la remise des lunettes. Selon l’association, cette somme couvre partiellement les frais de logistique locale tout en responsabilisant les bénéficiaires, un équilibre salué par plusieurs chefs de secteur sanitaire.
En cas d’affluence, un système de jetons numérotés permettra aux familles de revenir l’heure indiquée au lieu d’attendre sous la chaleur. Les organisateurs insistent : personne ne sera refoulé tant que les examens peuvent être effectués dans les plages horaires prévues.
Des résultats concrets depuis 2022
À Ngamakosso, Talangaï, Kintélé ou Djiri, les opérations précédentes ont déjà changé le quotidien d’élèves myopes, de couturiers et de chauffeurs de taxi. L’édition de juin 2023 avait notamment touché près de mille personnes en quatre jours.
En avril 2024, l’association célébrait ses vingt ans autour d’une caravane oculaire à Massengo : trois cent cinquante bénéficiaires repartaient avec une vision rafraîchie. À Talangaï, l’été dernier, plusieurs vendeuses de marché affirment avoir doublé leur chiffre d’affaires grâce à une meilleure précision de lecture.
Ces chiffres nourrissent l’enthousiasme des médecins locaux. « Nous observons une baisse des abandons scolaires liés aux troubles visuels dans les quartiers visités », confie le Dr Micheline Ndinga, ophtalmologue partenaire, rappelant que la presbytie apparaît désormais plus tôt chez les actifs urbano-connectés.
La vue, un enjeu de réussite scolaire et économique
Dans une société congolaise où l’écran du smartphone domine l’information et le commerce, une bonne acuité visuelle devient stratégique. Les problèmes non corrigés affectent la lecture, la conduite et même l’utilisation des plateformes de livraison ou de création de contenu chères aux 16-35 ans.
Selon les estimations du ministère de la Santé, six Congolais sur dix n’ont jamais consulté d’ophtalmologue, faute de moyens ou de sensibilisation. La campagne de Makélékélé ambitionne donc aussi de créer un réflexe de contrôle régulier, essentiel pour prévenir cataracte ou glaucome.
Les enseignants du 1er arrondissement saluent déjà l’initiative : ils préparent des fiches de suivi pour mesurer l’impact sur les notes de lecture après la distribution. Ce partenariat école-santé illustre la volonté de l’Assab de tisser un réseau d’acteurs autour de la même cause.
Les voix des bénéficiaires
Gildas, 28 ans, mécanicien à Bacongo, se souvient de l’opération de Kintélé : « J’ai enfin pu lire les références des pièces sans l’aide d’un collègue ». Il promet d’accompagner sa mère à Makélékélé afin qu’elle reçoive, à son tour, ses premières lunettes.
Pour Christelle, étudiante en communication, les montures reçues à Djiri ont changé son quotidien sur les bancs de la faculté : « Je ne squatte plus le premier rang pour déchiffrer le tableau ». Elle prévoit de se porter volontaire comme guide d’accueil en janvier.
Ces témoignages, relayés sur les réseaux sociaux de l’association, suscitent un élan de visibilité. Les stories et reels mettant en scène la remise de lunettes accumulent des milliers de vues, preuve que la solidarité peut aussi devenir tendance auprès de la génération connectée.
Perspectives pour 2026 et appel aux dons
À moyen terme, l’Assab-France souhaite élargir la formule avec des dépistages mobiles dans les zones rurales du Pool et de la Bouenza. Les discussions avancent déjà avec des sponsors du secteur télécoms pour équiper un véhicule laboratoire autonome.
En amont de Makélékélé, l’organisation lance un appel aux professionnels de santé, aux entreprises et à la diaspora : dons financiers, montures inutilisées ou relais sur les réseaux peuvent démultiplier l’impact. « Chaque contribution offre un regard neuf », rappelle le Dr Galouon Eta.
Les habitants du sud de Brazzaville attendent désormais le coup d’envoi. Cinq jours, une ordonnance et 5 000 FCFA suffiront peut-être à changer une vie : sur la table d’examen, la première image nette reste souvent le début d’un avenir plus lumineux.
