L’esprit de Noël s’installe à Brazzaville
Sous l’immense chapiteau dressé dans l’enceinte de l’Agence nationale de l’Artisanat, les guirlandes scintillent déjà. Le 17 décembre, la ministre des PME Jacqueline Lydia Mikolo a coupé le ruban, lançant la seconde édition du Marché de Noël.
Devant des artisans venus de tout le Congo et de plusieurs pays voisins, la fanfare a repris des chants traditionnels en version jazzy, donnant un ton festif à un événement pensé comme un accélérateur de ventes avant les fêtes.
Une vitrine XXL du made in Congo
Textiles wax revisités, bijoux en graines d’okoumé, cabas en fibres de raphia et jus d’hibiscus bio se côtoient sur près de deux cents mètres de travées colorées.
La directrice générale de l’ANA, Mireille Opa Elion, loue « un travail minutieux teinté d’une passion inébranlable » et voit dans chaque stand la preuve que l’imagination congolaise n’a rien à envier aux capitales du design.
L’objectif affiché est clair : valoriser les filières locales, structurer les coopératives et rappeler qu’acheter congolais, c’est faire tourner l’économie du quartier avant de faire rayonner le pays sur le continent.
Des chiffres qui doublent en un an
En 2024, le premier Marché de Noël avait réuni 84 exposants et 4 277 visiteurs.
Cette fois, 142 créateurs répondent présents et le ministère table sur 8 000 visiteurs, soit presque le double, signe d’un engouement populaire qui ne se dément pas.
« Le Marché de Noël est une vitrine de notre économie locale », rappelle Jacqueline Lydia Mikolo, persuadée que l’édition 2025 dépassera le chiffre d’affaires précédent et déclenchera un cercle vertueux pour les PME.
Cap sur la labellisation et la ZLECAf
La future labellisation des produits artisanaux, annoncée pour 2026, doit sécuriser l’origine et la qualité des créations congolaises afin de conquérir le marché continental ouvert par la ZLECAf.
Les exposants y voient la possibilité de différencier leurs articles face à la concurrence asiatique et de négocier de meilleurs prix grâce à une traçabilité reconnue.
« Acheter local est un acte de patriotisme économique », martèle la ministre, invitant les visiteurs à soutenir les coopératives familiales qui emploient déjà des centaines de jeunes dans les quartiers périphériques.
L’artisan se digitalise à grande vitesse
Outre les étals physiques, l’ANA prépare une galerie virtuelle qui permettra, dès 2026, de commander les pièces artisanales via mobile money et de se faire livrer à Pointe-Noire, Paris ou Nairobi.
L’initiative, soutenue par le ministère des Postes, des Télécommunications et de l’Économie numérique, ouvre aux artisans la porte de l’e-commerce sans frais de commission excessifs.
Un village artisanal permanent doit, par ailleurs, sortir de terre d’ici mars 2026 ; il offrira ateliers, boutiques et espaces de formation pour professionnaliser toute la chaîne de valeur.
Place à la fête et aux bonnes affaires
Pour le public, l’entrée reste gratuite et les animations s’enchaînent : ateliers pour enfants, concerts afrobeats en nocturne et défilés de mode improvisés entre deux stands.
Les influenceurs locaux mettent déjà la main sur les meilleures trouvailles pour les partager sur TikTok, déclenchant des vagues de vues qui se traduisent aussitôt en ventes.
Le Marché ferme ses portes le 30 décembre, laissant aux retardataires treize jours pour dénicher le cadeau parfait, encourager les talents d’ici et savourer l’atmosphère conviviale promise par les organisateurs.
Témoignages d’artisans inspirés
Chantale Massamba, créatrice de bougies parfumées à l’huile d’odika, confie avoir vendu en une matinée l’équivalent d’une semaine de production, grâce « au bouche-à-oreille dopé par les stories Instagram ».
Du côté des sculpteurs sur ébène, le jeune Jean-Jacques Mavoungou voit déjà plus grand ; il prépare une collection inspirée du street-art pour séduire la diaspora qui commande depuis Montréal.
Les visiteurs, eux, saluent des prix jugés « raisonnables » au regard du temps de fabrication ; plusieurs affirment faire provision de cadeaux pour éviter le rush de dernière minute en centre-ville.
Un moteur pour l’emploi et l’environnement
Selon les statistiques de l’ANA, chaque achat réalisé sur le Marché de Noël génère en moyenne deux jours d’emploi indirect dans les zones rurales où se récoltent coton, argile ou rotin.
La transformation locale réduit aussi l’empreinte carbone : moins de transport maritime et plus de circuits courts pour un public de plus en plus sensible aux enjeux climatiques.
Le Conseil consultatif de la Jeunesse voit dans l’artisanat un vivier de métiers verts et créatifs, capables d’offrir des perspectives à une génération ultra-connectée en quête de projets qui ont du sens.
Grâce au partenariat avec la Chambre de commerce, des ateliers gratuits d’initiation à la gestion comptable seront proposés tous les matins, afin d’aider les artisans à mieux suivre leurs marges et à envisager un futur financement bancaire.
La carte d’artisan numérisée, qui intégrera couverture santé et sécurité sociale, est également très attendue ; Joël Ibata, fabricant de paniers en lianes, y voit « la preuve que le métier se modernise et gagne enfin en reconnaissance ».
Les organisateurs promettent déjà une troisième édition plus immersive, avec des charts musicaux live et un focus sur la réalité augmentée.
