Une marche citoyenne haute en couleur
Sous un soleil de fin d’année, plus d’une centaine de jeunes ont déferlé le 30 novembre sur la corniche entre le restaurant Mamiwata et la Case de Gaulle. Banderoles vert pomme, sifflets et t-shirts floqués « J’entreprends », la procession avait l’allure d’un festival urbain.
L’Ong Les Amis d’Yvon Kaba, organisatrice, voulait un format simple : marcher, dialoguer et montrer qu’avant même le premier capital financier, le capital social se construit à pied, au rythme des chants et des pas partagés.
Entrepreneuriat jeune : défis et réalités
Avant le départ, Yvon Kaba a pris un mégaphone pour planter le décor. « L’entrepreneuriat est un marathon d’obstacles, pas un sprint Instagram », a-t-il prévenu, rappelant la solitude des débuts, la raréfaction des partenaires fiables et la course incessante aux financements.
Pour le mentor, beaucoup abandonnent au premier revers, faute de repères. Il suggère de normaliser l’échec : « On peut chuter trois fois et quand même réussir la quatrième, l’important est de garder la boussole et la vision », a-t-il insisté sous les applaudissements.
Agriculture, numérique, artisanat : des pistes ouvertes
Au fil du parcours, des stops étaient prévus pour mettre en lumière des filières porteuses. Devant le marché Total, une bénévole a démontré comment un simple potager urbain peut dégager des marges régulières grâce à la demande croissante en produits bio dans les restaurants branchés.
Plus loin, sur l’esplanade du rond-point Touristique, un développeur junior a pitché une application de livraison par mototaxi, codée en Kotlin, soulignant que le numérique reste un accélérateur transversal, capable de connecter artisans, agriculteurs et clients en quelques clics.
Un réseau de mentorat made in Congo
L’Ong ne compte pas s’arrêter à la marche symbolique. Dès janvier, une plateforme de mentorat jumellera néo-entrepreneurs et profils expérimentés, sur le modèle du binôme. Les rencontres se dérouleront dans les locaux d’un incubateur partenaire à Poto-Poto chaque premier samedi du mois.
L’objectif, détaille la coordinatrice Kanelle Mabiala, est de « transformer l’énergie de la marche en plans d’affaires bancables ; pas de selfie sans business plan ». Les mentors offriront un suivi trimestriel, des mises en relation bancaires et un accès prioritaire aux sessions de formation publique.
Soutien appuyé aux actions présidentielles
Au terme du parcours, les participants ont lu une motion de soutien au président Denis Sassou-Nguesso, saluant ses programmes en faveur de l’autonomisation des jeunes, de la Bourse d’appui aux projets à l’initiative Paca-Jeunes. Chez les marcheurs, le mot d’ordre était clair : synergie.
Yvon Kaba s’est félicité de cette convergence. « Nous nous alignons sur la vision nationale : une jeunesse qui crée de la valeur et des emplois », a-t-il déclaré, précisant que l’Ong envisage d’organiser un hackathon dédié aux ODD, en partenariat avec plusieurs ministères techniques.
Dans la rue, paroles de jeunes
Céline, 23 ans, étudiante en agronomie, retient surtout la dimension réseau : « On a parfois les idées mais pas l’entourage. Marcher côte à côte crée un début de communauté, c’est motivant ». Elle prévoit de lancer une microferme de spiruline à Makélékélé d’ici deux ans.
Pour Rodrigue, livreur à moto et apprenti codeur, la marche a servi d’accélérateur. « Je cherchais un développeur pour finaliser mon appli de suivi colis. J’en ai trouvé trois sur le trottoir », plaisante-t-il, avant de filer rejoindre un stand de démonstration de drones.
Prochain agenda et appels à projets
Le club annonce déjà un forum en mars, intitulé Startup-Etoumbi, qui réunira banques, grands groupes et collectivités afin de rapprocher l’offre de financement des porteurs de projet périphériques. Les inscriptions ouvriront à la mi-janvier sur une plateforme simplifiée, sans frais de participation.
Parallèlement, une campagne TikTok dévoilera chaque semaine le portrait d’un jeune patron congolais. Objectif : prouver que les success-stories locales existent et qu’elles méritent d’être likées autant que les trend challenges. Le hashtag #NaLembiTe devrait inonder les timelines.
Les Amis d’Yvon Kaba comptent également lancer un fonds rotatif alimenté par les cotisations volontaires des membres. Les prêts d’honneur, plafonnés à deux millions de francs CFA, seront attribués après pitch public et validation d’un comité d’éthique, garantissant transparence et rotation.
Un élan collectif à cultiver
Au-delà de la ferveur de la marche, l’enjeu reste la constance. Les organisateurs souhaitent transformer l’essai en créant chaque mois une action visible : bootcamp, séance de nettoyage, stage découverte. Selon eux, la régularité installe la discipline indispensable à toute réussite entrepreneuriale.
Dans un contexte où près d’un jeune sur quatre est en quête d’emploi stable, l’auto-entreprise apparaît comme un tremplin crédible. Les initiatives qui catalysent l’esprit d’équipe et valorisent les modèles locaux contribuent ainsi à renforcer la dynamique nationale de croissance inclusive.
Tandis que le soleil se couchait sur le fleuve, les marcheurs se sont dispersés, laissant derrière eux des trottoirs jonchés de slogans inspirants et de canettes recyclées. « Ce n’est qu’un début », a promis Yvon Kaba, déjà tourné vers la prochaine étape du parcours.
Une newsletter mensuelle diffusera les opportunités de concours, les dates de dépôt de dossiers et les témoignages d’anciens bénéficiaires, afin que l’information circule jusque dans les quartiers périphériques, loin des cercles habituels de l’innovation.
