Mindouli et ses entrepreneurs en plein essor
Le 29 novembre, le district de Mindouli, dans le Pool, a vécu une scène rare : 150 micro-entrepreneurs réunis sous un chapiteau, applaudis, chèques en main, prêts à écrire un nouveau chapitre de leur activité.
La remise des fonds issus du crédit Kolisa a été orchestrée par le Fonds d’impulsion, de garantie et d’accompagnement, plus connu sous l’acronyme Figa, en partenariat étroit avec la Caisse d’appui au développement communautaire, la Cadc.
D’une enveloppe globale de vingt millions de francs CFA, le programme a prévu des montants situés entre 50 000 et 100 000 francs par porteur de projet, selon la maturité de l’activité et les charges identifiées.
Cette somme peut paraître modeste, mais dans le commerce de proximité, la couture ou la petite restauration, elle constitue souvent la différence entre la survie et la croissance.
Kolisa, un outil pensé pour l’économie réelle
Lancé il y a deux ans pour stimuler les activités génératrices de revenus, Kolisa repose sur un principe simple : le Figa se porte garant du micro-crédit, limitant ainsi le risque pour l’institution de microfinance partenaire.
Le directeur général du Figa, Branham Kitombo, résume l’esprit du mécanisme : « Simple et rapide, Kolisa fait tomber les barrières qui empêchent les talents d’accéder au financement ».
Dans les circuits bancaires classiques, l’absence de garanties réelles ou d’historique comptable ferme souvent la porte aux très petites entreprises rurales; Kolisa inverse la logique en partant du potentiel du projet et de sa cohérence avec le marché local.
Résultat : un décaissement en quelques jours, un taux bonifié, et un échéancier suffisamment souple pour laisser le temps aux recettes de porter leurs fruits avant la première échéance.
Cadc et Figa, une synergie au service du Pool
Pour Patrick Fortuné Kitembo, qui dirige la Cadc, l’alliance avec le Figa illustre la complémentarité entre accompagnement de terrain et sécurisation financière : « Nous formons et suivons, le Figa propulse ».
Avant la remise des chèques, des ateliers express sur la tenue d’un cahier de charges, la gestion de stock et les bases du marketing mobile ont rappelé aux bénéficiaires qu’un crédit est un accélérateur, pas une finalité.
Cette pédagogie continue se poursuivra durant toute la période de remboursement ; des coaches de la Cadc visiteront les commerces, questionneront les chiffres d’affaires et proposeront, si besoin, de petits réajustements stratégiques.
L’accompagnement technique a un impact direct : les taux de défaut du programme Kolisa restent en deçà de 3 %, bien en dessous des standards sous-régionaux, selon les chiffres communiqués sur place.
Une application mobile pilote, testée depuis août, permet déjà aux bénéficiaires de suivre le solde de leur prêt, de recevoir des rappels et de transmettre des photos justificatives de leurs investissements, une transparence appréciée des jeunes commerçants.
Des bénéficiaires engagés et reconnaissants
À peine la cérémonie terminée, Modeste, vendeur de pièces détachées, détaille déjà son plan : « J’augmente mon stock de pneus motos et j’installe un petit terminal mobile money pour attirer la clientèle des villages voisins ».
Plus loin, Claire, couturière, voit dans l’enveloppe de 60 000 francs la possibilité d’acheter une seconde machine à coudre et d’embaucher une apprentie, « parce que la demande d’uniformes scolaires explose à la rentrée ».
Ces témoignages illustrent le changement de regard sur l’entrepreneuriat rural : soutenus, les petits métiers ne sont plus vus comme une économie de survie mais comme un maillon fiable de la chaîne de valeur nationale.
Branham Kitombo rappelle d’ailleurs que « chaque franc injecté se répercute en emplois indirects dans l’agriculture, le transport et les services », démontrant la portée macro-économique de micro-sommes bien ciblées.
La formalisation, clé de la compétitivité
Venue encourager les lauréats, la ministre des Petites et Moyennes Entreprises et de l’Artisanat, Jacqueline Lydia Mikolo, insiste sur un point : la formalisation conditionne l’accès aux prochains financements.
Immatriculation, tenue d’un registre de vente, déclaration fiscale simplifiée : les démarches peuvent sembler lourdes, mais elles crédibilisent l’entreprise auprès des fournisseurs et ouvrent la porte aux marchés publics locaux.
La ministre a également salué le rôle des plateformes numériques mises en place par le Figa pour accélérer l’enrôlement administratif, un levier apprécié par la jeunesse connectée de Mindouli.
Selon les données présentées, 64 % des bénéficiaires actuels possèdent déjà un numéro d’identifiant unique, signe que la formalisation progresse au même rythme que la demande de financement.
Une seconde vague en préparation
Avant de quitter la tribune, Jacqueline Lydia Mikolo a annoncé qu’une nouvelle cohorte de 150 entrepreneurs de Mindouli serait intégrée au dispositif dans les prochains mois, portant le portefeuille local à quarante millions de francs CFA.
La perspective réjouit la Cadc, qui projette déjà d’étendre l’expérience à d’autres districts du Pool afin de créer un réseau d’entrepreneurs capables de se fournir mutuellement en biens et services.
À Mindouli, on dit souvent que « les petits ruisseaux font les grands fleuves » ; avec Kolisa, les ruisseaux prennent de la vitesse, portés par une volonté collective de bâtir une économie inclusive et durable.
