Un tirage complexe pour l’Afrique
Le tirage au sort du Mondial 2026, élargi de 32 à 40 équipes, a offert un tableau hérissé d’obstacles aux neufs sélections africaines déjà qualifiées, auxquelles pourrait s’ajouter la RDC via les barrages. Entre souvenirs d’épopées glorieuses et pièges modernes, le continent avance avec prudence mais détermination.
Alors que la compétition se déroulera du 11 juin au 19 juillet 2026 entre États-Unis, Canada et Mexique, le tirage organisé à Washington le 5 décembre 2025 a rappelé que le football peut être implacable: aucune poule n’offre de véritable boulevard aux représentants de la CAF.
Maroc : prolonger la magie de 2022
Demi-finaliste surprise au Qatar, le Maroc porte désormais les espoirs du continent. Placés dans un groupe C partagé avec le Brésil, l’Écosse et Haïti, les Lions de l’Atlas retrouvent deux adversaires de 1998, année où leur sortie précoce avait laissé un goût amer.
Walid Regragui insiste pourtant sur l’ambition : «Nous visons clairement les quarts.» Fort d’une attaque rajeunie et d’un public nord-américain acquis à sa cause, le Maroc sait qu’une entame victorieuse contre Haïti ouvrirait un scénario idéal avant les chocs face aux géants.
Algérie : esprit revanche face à l’histoire
Dans le groupe J, les Fennecs retrouvent l’Argentine et l’Autriche, deux noms qui résonnent comme des rappels historiques. La référence au « match de la honte » de 1982 galvanise Riyad Mahrez, qui promet «une équipe prête à tout sacrifier pour passer».
Sur le papier, seule la Palestine paraît vraiment à la portée des Algériens. Djamel Belmadi mise sur une organisation défensive compacte et des transitions rapides. L’objectif affiché est de sécuriser quatre points avant d’affronter l’Albiceleste lors d’une troisième journée qui promet de l’électricité.
Sénégal et Côte d’Ivoire, gros bras au menu
Le Sénégal hérite de la France et de la Norvège dans le groupe I. Vingt-quatre ans après la gifle de Séoul, Aliou Cissé prévient : «Le respect est là, la peur non.» Le barragiste restant donnera le ton – Bolivie, Irak ou Surinam, un profil trompeur.
La Côte d’Ivoire, de retour après huit ans d’absence, devra contenir l’Allemagne et surprendre l’Équateur. Pour Emerse Faé, la clé réside dans «une discipline tactique irréprochable et l’efficacité de Sébastien Haller». La sélection caribéenne Curaçao complète le casse-tête du groupe.
Premières fois sous pression : Cap-Vert apprend vite
Porté par un football champagne lors des qualifications, le Cap-Vert découvre l’épreuve reine. Le tirage ne lui fait aucun cadeau : Espagne, Uruguay, Arabie saoudite constituent des sommets. Bubista, le sélectionneur, brandit la carte de la fraîcheur et du plaisir pour dédramatiser l’enjeu.
Objectif officieux : empocher un point et offrir aux supporters un moment inoubliable. L’archipel, soutenu par une diaspora massive aux États-Unis, compte capitaliser sur l’ambiance des stades californiens pour tenter le coup parfait contre l’Arabie saoudite dès la première sortie.
Afrique du Sud et Tunisie cherchent l’exploit
Plongée dans le groupe A, l’Afrique du Sud se mesure au pays hôte mexicain, à la Corée du Sud et à un barragiste européen encore indécis. Hugo Broos mise sur l’expérience de Percy Tau et la fougue des jeunes talents locaux pour bousculer une hiérarchie annoncée.
La Tunisie, elle, tremble à l’idée d’affronter les Pays-Bas et le Japon. Jalel Kadri veut toutefois croire au coup de théâtre : «Nous avons renversé des montagnes en qualifications, pourquoi pas ici ?» Le sort du match d’ouverture contre le barragiste européens pèsera lourd.
Égypte et Ghana entre montagnes et opportunités
Avec la Belgique pour tête d’affiche, l’Iran comme poil à gratter et la Nouvelle-Zélande en outsider, l’Égypte de Mohamed Salah espère un chemin dégagé vers les huitièmes. L’encadrement technique cible six points sur neuf, misant sur la gestion clinique des moments clés.
Le Ghana, logé avec l’Angleterre et la Croatie, devra réactiver son mental de 2010 pour rêver. Otto Addo répète à ses Black Stars que «le football reste imprévisible». Un succès contre le Panama, jugé accessible, conditionnerait la suite d’une aventure périlleuse.
RDC et le ticket de la dernière chance
La République démocratique du Congo n’est pas encore invitée, mais elle garde sa destinée en main lors des barrages intercontinentaux face à la Jamaïque ou la Nouvelle-Calédonie. Sébastien Desabre assure que «la confiance accumulée en qualifications nous prépare à ces matches-couperets».
En cas de qualification, les Léopards seraient projetés dans un groupe K dominé par le Portugal et la Colombie, avec l’Ouzbékistan en embuscade. Sans complexe, le capitaine Chancel Mbemba évoque «l’opportunité de montrer le nouveau visage du football congolais au monde entier».
Optimisme rationnel ou rêve fou ?
Malgré la difficulté apparente, la voix est unanime côté africain : la barre doit être placée plus haut. La nouvelle formule à 40 équipes augmente mathématiquement les chances d’atteindre le second tour. Les staffs misent sur une préparation scientifique et des analyses vidéo de pointe.
Si plusieurs groupes semblent fermés, un exploit africain n’a jamais été autant espéré. Les supporters du continent, très actifs sur les réseaux sociaux, promettent déjà des océans de memes et de hashtags. Après tout, dans le football, le rêve d’hier peut devenir la tendance de demain.
