Des podiums à la scène internationale
Christian Bernard Mudzika, 40 ans, affiche une trajectoire digne d’un film. Né à Brazzaville, il pose un premier pied dans la lumière en 2000 comme mannequin professionnel. Défilés, catalogues et publicités le forgent au contact des objectifs et lui ouvrent le goût du jeu.
Très vite, le podium ne suffit plus à son énergie. Il s’inscrit dans des ateliers de théâtre, apprend la respiration scénique, la gestuelle et les techniques d’improvisation. Ses premières apparitions à l’Espace Tiné ou au Centre culturel français séduisent un public friand de nouvelles figures.
En 2005, il franchit le pas vers l’écran. Courts métrages et téléfilms locaux servent de laboratoire à son jeu caméléon. Les productions Poto-Poto Films le remarquent, et l’aventure cinéma démarre pour de bon, nourrissant un rêve assumé : porter l’étendard congolais au-delà du fleuve.
Cap ivoirien et escale européenne
En 2014, la vie l’embarque d’abord vers Abidjan, puis vers l’Italie pour raisons familiales. Le séjour européen élargit son réseau, mais c’est en Côte d’Ivoire qu’il sent l’appel des plateaux. Abidjan bouillonne, les studios se multiplient et les producteurs chassent de nouveaux visages.
Canal+ et TV5 publient des appels à casting, et Mudzika signe pour des formats variés. Rôle secondaire dans la saga jeunesse « Le futur est à nous », silhouette dans « Les coups de la vie », puis nomination au poste de directeur artistique sur plusieurs plateaux internationaux.
Cette double casquette, comédien et chef d’équipe, séduit les décideurs. « Il comprend la caméra autant que l’acteur », souligne la productrice ivoirienne Mariam Koné. Résultat : il enchaîne spots publicitaires, séries corporates et ateliers de formation réunissant jeunes talents de Treichville à Yopougon.
Lokassa, la révélation de Mabina
Le grand public africain découvre vraiment Mudzika grâce à « Mabina ». Dans cette production signée Jean-Noël Bah pour Maboke TV, il campe Lokassa, businessman congolais au carnet d’adresses sulfureux. Personnage magnétique, à la fois charmeur et dangereux, il vaut à l’acteur une salve d’articles élogieux.
Le créateur lui confie également 90 % du casting. Mudzika écume bars, églises et réseaux sociaux d’Abidjan pour dégoter des Congolais maîtrisant le lingala. Trois semaines d’ateliers intensifs transforment ces amateurs en comédiens crédibles, avant l’arrivée d’appuis venus de Kinshasa et de Brazzaville.
Diffusée sur plusieurs bouquets, la série dope son capital notoriété. Des influenceurs ivoiriens réagissent en live, des TikToks reprennent ses répliques cultes. « Lokassa, c’est le Tony Montana d’ici », plaisante un vlogueur d’Adjamé. L’impact se mesure aussi en invitations sur d’autres projets panafricains.
Rôles multiples derrière la caméra
Entre deux tournages, Mudzika partage son expérience d’administrateur culturel, compétence acquise au CDC La Termitière de Ouagadougou grâce à une bourse européenne. Il conseille la jeune troupe ivoirienne Yelé, optimise budgets, fiches techniques et calendrier pour permettre à leurs créations de voyager.
Il coach aussi des acteurs en herbe via des sessions express au Théâtre national d’Abidjan. Respiration, gestion du trac, placement face au cadre : son manuel est pragmatique. « Christian traduit des notions complexes en images simples, ça rassure », confie Grâce Kacou, comédienne débutante.
Sa réputation d’homme-orchestre le mène jusqu’aux plateaux de « Or Blanc » ou « Famille vendue », où il alterne jeu et direction artistique. Cette polyvalence, rare, accroît son autonomie. Il est capable de livrer un épisode en respectant budget, planning et cohérence narrative sans perdre son sourire.
Brazzaville-Abidjan : la route des projets
En coulisses, Mudzika développe une série et un long métrage entre Brazzaville et Abidjan. Le synopsis, encore confidentiel, promet une intrigue mêlant diaspora, musique et enjeux économiques. L’équipe recherche partenaires techniques et financiers pour démarrer le tournage sous le climat sec de juin.
Il mise aussi sur les suites de « Le futur est à nous » et de « Mabina ». Les diffuseurs ont donné un feu vert de principe, sous réserve d’équilibre budgétaire. « Nous voulons tourner au Congo pour créer de l’emploi local », répète-t-il à chaque réunion.
Cet attachement à la terre natale se traduit par des allers-retours fréquents. À Brazzaville, il rencontre les directions de la Culture et du Tourisme pour exposer ses story-boards. Objectif : obtenir facilités logistiques et défiscalisation, levier déjà utilisé avec succès par des productions voisines.
Une vision pour le cinéma congolais
Posé sur un fauteuil pliant, il analyse sans amertume les défis du septième art national. « Le potentiel existe, il nous faut la vitrine », insiste-t-il. Il cite l’exemple nigérian, devenu industrie florissante grâce à une alliance banques-créatifs jugée inspirante pour le Congo.
Il regrette néanmoins que ses propres succès restent discrets au pays. Quelques articles numériques circulent, mais aucune projection officielle n’a encore eu lieu. « Je veux que les jeunes voient qu’un compatriote peut briller ailleurs tout en revenant investir ici », martèle-t-il.
En attendant, le cinéaste poursuit son marathon créatif, smartphone vissé à la main pour poster backstage et teasers. Sa communauté TikTok dépasse désormais 120 000 abonnés, preuve qu’un storytelling authentique peut fédérer. La caméra s’éteint, mais le rêve, lui, tourne toujours en plein écran.
