Un réveillon avant l’heure à Djiri
Le 21 décembre, dans la cour sablonneuse du quartier Soprogi, la musique de Noël s’est mêlée aux rires des enfants de la Communauté Notre-Dame du perpétuel Secours. Sous un ciel couvert de poussière sahélienne, la visite de l’association Rêves de femme a créé l’événement.
Emmenée par sa présidente Sylvie Ebengou, la délégation de jeunes cadres et entrepreneures a franchi le portail bleu, bras chargés de vivres, de jouets scintillants et d’une promesse simple : offrir un vrai réveillon à la vingtaine de pensionnaires, tous âgés de deux à quinze ans.
Fondé à Mikalou en 2006 puis relocalisé à Djiri en 2017, l’orphelinat avance grâce à la foi et à quelques donateurs ponctuels. Les sœurs y assurent l’éducation, l’hébergement et l’affection, malgré un budget qui dépend surtout de la maigre pension de la fondatrice.
« C’est un début, j’espère vous revoir », a soufflé Sœur Hélène Nganié, mains jointes, juste après une prière collective qui a fait vibrer les murs rose pastel. Son émotion a contaminé l’assistance, attentive au moindre sourire des tout-petits.
Des dons pensés pour durer
Le lot principal comprenait six lits superposés flambant neufs, douze matelas en mousse haute densité et des jeux de draps aux motifs de dessins animés populaires sur TikTok. Objectif : garantir un sommeil digne et coloré aux garçons et aux filles hébergés dans les deux dortoirs.
La délégation a transformé la cour en décor féerique : ballons argentés, guirlandes recyclables, sapin lumineux prêté par un sponsor, table nappée de rouge. Les bénévoles ont peint à la craie des mots d’encouragement sur le muret, histoire d’offrir un souvenir durable.
Moment fort : le déjeuner collectif, poulet rôti-manioc et jus de bissap, s’est conclu par l’anniversaire surprise d’une fillette de huit ans. Bougies, chansons et photos instantanées ont déclenché des éclats de joie relayés en direct sur Instagram par les visiteurs.
Une parole qui fait chaud au cœur
« Pour s’occuper de tous ces enfants, sans soutien c’est compliqué », reconnaît Sœur Hélène. Sa voix reste ferme, portée par la conviction que la Providence pourvoit. Elle affirme que chaque bol de riz partagé est une victoire quotidienne contre l’abandon.
Les dépenses scolaires figurent en tête des défis. Plusieurs enfants sont inscrits dans des écoles privées de Djiri, faute de places disponibles dans le public. Quand un mécène cesse de payer les frais, l’orphelinat doit trouver rapidement l’argent pour éviter l’exclusion.
Malgré ces obstacles, l’établissement affiche deux belles réussites : une ancienne pensionnaire devenue enseignante de mathématiques et une autre, aujourd’hui journaliste radio. Des exemples brandis devant les jeunes pour prouver que l’orphelinat n’est pas un terminus mais un tremplin.
« Un jour, ce seront eux qui reviendront avec des dons », sourit la religieuse, résolument optimiste. Ses mots résonnent comme une invitation à la persévérance, valeur chère à la communauté et aux partenaires extérieurs qui accompagnent le centre.
Le pari d’une solidarité continue
Rêves de femme a vu le jour il y a deux ans et demi dans un salon de Talangaï, autour d’un thé au gingembre. Membres : étudiantes, juristes, marketeuses, mères de famille, toutes unies par la volonté de « combattre la tristesse où qu’elle se cache ».
Pour Sylvie Ebengou, la charité s’apprend par l’action. « Noël, c’est le partage ; un sourire vaut mille discours », explique-t-elle, téléphone en main pour capturer chaque instant. Elle insiste : donner du temps compte autant que donner de l’argent, surtout auprès d’enfants en quête d’attention.
Contrairement aux opérations ponctuelles souvent critiquées, l’association affirme préparer un plan de suivi : réparation du forage, mise à disposition d’une connexion Internet éducative et ateliers de mentorat animés par des professionnelles. Les discussions sont déjà bien avancées avec la direction du centre.
Objectif ultime : rendre chaque orphelinat visité autonome sur le plan alimentaire et numérique, afin que les jeunes puissent rêver, apprendre et se projeter sans crainte. Un programme ambitieux mais déjà soutenu par plusieurs entreprises locales, séduites par l’impact mesurable de ces actions.
La magie de Noël embrase les réseaux
Sur Facebook, la vidéo de la remise de cadeaux a atteint dix-huit mille vues en moins de vingt-quatre heures, propulsée par le hashtag #NoëlPartage. Les commentaires soulignent la fraîcheur du concept : une association 100 % féminine qui mise sur la proximité et l’émotion.
Plusieurs influenceurs de Brazzaville ont relayé l’action, invitant leurs communautés à soutenir d’autres orphelinats avant la fin des vacances. Résultat : une vague de messages privés adressés à Rêves de femme, proposant vivres, vêtements et surtout compétences pour des ateliers.
La présidente conclut en souriant : « Les réseaux sociaux peuvent parfois diviser, mais aujourd’hui ils nous réunissent pour offrir un instant de bonheur. C’est la preuve que l’esprit de Noël reste vivant à Brazzaville et qu’il grandit grâce à chacun de nous. »
