Le show Otohô au Massamba-Débat
Samedi soir, les tribunes rouge, vert, jaune du stade Président Alphonse Massamba-Débat vibraient comme aux plus grandes heures. Les tambours d’Oyo, les vuvuzelas et les sifflets offraient un tapis sonore électrique à l’AS Otohô.
La formation d’Oyo avait besoin d’un résultat fort pour effacer sa déception de Johannesburg. Elle l’a obtenu avec panache, signant un cinglant 4-1 face au champion algérien CR Belouizdad.
Cette victoire replace les hommes de l’entraîneur Guy-Randy Babela dans la course aux quarts de finale de la Coupe de la Confédération, compétition continentale qui permet souvent aux clubs congolais de se révéler au public international.
Une entame rageuse efface le faux départ
Le match a pourtant démarré avec une alerte sur le but de Pavelh Ndzila, obligé de se coucher dès la neuvième minute sur une frappe d’Islam Bakir. Ce rappel à l’ordre a piqué l’orgueil local.
Trois minutes plus tard, sur le premier corner congolais, le latéral Hyacinthe Sama déposait un ballon millimétré sur la tête de Geordy Ndecket. L’ailier, arrivé cet été de Diables Noirs, ouvrait la marque et déchaînait les gradins.
À la 26ᵉ, Wilfried Nkaya interceptait une relance, fonçait plein axe puis servait Bandiougou Diallo. Le Malien déclenchait une demi-volée sous la barre, doublant la mise avec la rage d’un leader.
Dans la foulée, Gosim Elenga, repositionné en sentinelle, surprenait tout le monde par une frappe lourde de 30 mètres. Le cuir ricochait sur le poteau avant de mourir au fond, 3-0, stupeur générale.
Les artisans du festival offensif
Ce trio de buteurs symbolise l’éclectisme offensif d’Otohô. « Personne n’a le monopole du but, rappelle le coach Babela, notre force vient de la variété », lâchait-il en conférence d’après-match.
L’animation latérale a également brillé. Vadim Ondongo, couloir gauche, a multiplié les centres tendus, tandis que la paire Samba-Diallo dominait l’entrejeu, coupant les circuits de passes algériens et lançant des contres éclairs.
En charnière, le duo Milandou-Mavoungou a remporté la majorité des duels aériens. Le gardien Ndzila, peu sollicité, a tout de même sorti deux arrêts réflexe, préservant le break psychologique avant la pause.
C’est finalement le jeune Ravelli Obembi, 21 ans, pur produit de l’académie d’Oyo, qui a parachevé le festival à la 65ᵉ minute, profitant d’un service en retrait de Nkaya.
Belouizdad sans solution malgré son statut
Le CR Belouizdad, quadruple champion d’Algérie, arrivait pourtant avec la réputation d’équipe solide. Son entraîneur Marcos Paquetá reconnaissait après la rencontre : « Nous n’avons pas su gérer leur intensité ni leur public ».
Menés rapidement, les visiteurs ont tenté de s’en remettre aux inspirations de Meziane et Wamba. Les lignes congolaises, bien compactes, ont laissé peu d’espaces, obligeant les Algériens à tenter des frappes lointaines improductives.
Le penalty de Meziane, transformé plein centre à la 82ᵉ, n’a été qu’une maigre consolation. Dans le vestiaire, certains cadres algériens parlaient déjà de « leçon à méditer » avant la manche retour.
Un bol d’air pour le football congolais
Pour les supporters congolais, ce succès survient pendant une trêve nationale inhabituelle. La Ligue 1 locale est en pause, laissant aux clubs engagés en Afrique l’occasion de porter haut les couleurs nationales.
Le ministère des Sports avait d’ailleurs subventionné la billetterie étudiante, remplissant les tribunes d’une jeunesse bruyante. « C’était notre cadeau de fin d’année », sourit Mireille, étudiante en droit, la gorge encore enrouée.
Au-delà de l’ambiance, l’impact économique ponctuel se fait sentir sur les vendeurs ambulants, taxis-motards et hôteliers du quartier Centre-ville. Les matches continentaux génèrent un micro-tourisme bienvenu, selon la chambre de commerce départementale.
Le sélectionneur national, Isaac Ngata, présent en tribune présidentielle, a salué « l’intensité et la discipline » des joueurs d’Otohô, y voyant un réservoir intéressant pour les prochaines échéances des Diables Rouges.
Sur WhatsApp, la diaspora de Paris à Montréal a suivi la rencontre via un streaming improvisé. Les émoticônes drapeau inondaient les groupes familiaux, preuve que le succès d’Otohô rassemble les Congolais de tous horizons.
Cap sur la Tanzanie et sur les quarts
Au classement du groupe C, Otohô rejoint provisoirement Stellenbosch avec trois points, tandis que Singida Black Stars et Belouizdad comptent également une victoire chacun. Tout reste ouvert avant la troisième journée.
Le 25 janvier, les Congolais voyageront à Dar es Salaam pour défier Singida. Le staff a déjà prévu un mini-stage à Pointe-Noire, au bord de l’océan, afin de travailler l’endurance sous forte chaleur.
Une victoire en Tanzanie offrirait un matelas confortable avant la phase retour. « Nous ne voulons pas seulement participer, nous voulons marquer l’histoire », insiste le président du club, Maixent Raoul Ominga.
En attendant, les réseaux sociaux s’enflamment autour du hashtag #OtohoPower, preuve que la performance dépasse le rectangle vert pour devenir un véritable moment pop culture, fédérateur et fièrement congolais.
La Confédération africaine de football retransmettra aussi le prochain duel sur sa chaîne YouTube, offrant une vitrine mondiale au club, à la ville d’Oyo et, plus largement, au dynamisme sportif du Congo.
