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    Partis non reconnues : la loi leur ouvre une porte

    By Étienne Dupont14 août 20254 Mins à lire
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    Un rappel à l’ordre à forte portée symbolique

    Le 12 juillet, dans la salle Lamantin Palace de Brazzaville, le préfet directeur général de l’Administration du territoire, Bonsang Oko Letchaud, a convié près de cent représentants de partis non reconnus. Objectif annoncé : clarifier le sens de l’arrêté ministériel publié une semaine plus tôt.

    Le haut fonctionnaire a ouvert la rencontre par une affirmation qui a retenu l’attention : « Aucun parti n’est suspendu ». Derrière la formule, il a rappelé que les formations s’exposaient toutefois à une invisibilité temporaire dans les consultations électorales tant qu’elles n’auront pas pleinement régularisé leurs statuts.

    En coulisse, plusieurs responsables reconnaissent que la déclaration a créé un léger soulagement. Le risque d’une dissolution pure et simple est écarté. Reste pourtant à savoir comment concilier les exigences légales et la réalité budgétaire de micro partis souvent animés par des bénévoles engagés.

    Pour l’administration, l’enjeu dépasse la simple conformité administrative. Selon un conseiller présent, la mise à jour vise aussi à dresser une cartographie fiable du paysage politique avant les élections locales de 2024, puis la présidentielle de 2026, où la participation des jeunes sera scrutée de près.

    Les obligations prévues par la loi 20-2017

    Adoptée en 2017, la loi 20-2017 fixe un seuil clair : tout parti doit justifier de 2 000 adhérents répartis sur au moins quatre départements et tenir une comptabilité certifiée. Ces dispositions, souvent ignorées, sont aujourd’hui rappelées avec fermeté par l’Intérieur aux dirigeants.

    Le texte encadre aussi le financement. Les dons étrangers sont prohibés, tandis que les contributions nationales doivent transiter par un compte bancaire déclaré. Un inspecteur général confie que ces règles visent à limiter le blanchiment et à prévenir l’influence de l’argent facile dans les campagnes électorales.

    Pour nombre d’analystes, la loi s’aligne sur les standards régionaux instaurés par la CEEAC. La difficulté réside davantage dans la capacité des petites structures à mobiliser un expert-comptable ou à ouvrir des antennes hors de Brazzaville et Pointe-Noire, où les frais restent élevés.

    Entre scepticisme et acceptation chez les leaders

    Au terme de la réunion, Maurice Kinoko, du Mouvement pour la démocratie et le changement, a fait entendre une note discordante. « J’étais sur la liste de 2020, pas sur celle de 2025 », rappelle-t-il, redoutant une manœuvre de démobilisation à l’approche présidentielle de 2026 naissante.

    D’autres responsables se montrent plus pragmatiques. Un jeune secrétaire général, contacté par téléphone, affirme préparer un dossier de régularisation avant fin août. « Si nous voulons présenter des candidats aux municipales, nous devons jouer la règle du jeu », estime-t-il sans perdre de temps.

    Sur les réseaux sociaux, la discussion tourne moins autour de la suspension que de la viabilité des micro partis. Plusieurs internautes suggèrent des alliances pour mutualiser les frais de conformité. Un politologue de l’Université Denis-Sassou-Nguesso juge cette piste « techniquement crédible et politiquement vertueuse » pour tous.

    Un calendrier électoral déjà dans les esprits

    Bien que la présidentielle n’ait lieu qu’en 2026, les formations cherchent déjà à verrouiller leur visibilité. Les municipales de 2024 serviront de test grandeur nature. Les observateurs estiment qu’un parti absent des scrutins locaux perdra mécaniquement du terrain médiatique dans l’opinion des jeunes.

    L’enjeu est d’autant plus crucial que près de 60 % des électeurs auront moins de 35 ans en 2026, selon l’Institut national des statistiques. Cette génération connectée exige de la transparence et suit de près les efforts de mise en règle administrative.

    Plusieurs associations de jeunesse lancent déjà des campagnes d’information sur TikTok et WhatsApp pour expliquer la loi aux sympathisants. « Si notre parti n’est pas en règle, nos voix compteront-elles ? » interroge un micro-trottoir réalisé au marché Total, reflet d’une attente citoyenne chez les vendeurs et clients.

    Face à ces préoccupations, le ministère de la Jeunesse prépare, révèle-t-on, une série de forums itinérants sur la participation politique. L’idée est d’articuler la régularisation des partis avec un programme de formation au civisme numérique et à la lutte contre les infox dans tout le pays.

    Vers un compromis administratif

    Interrogé en marge de la séance, Bonsang Oko Letchaud assure que « les dossiers conformes recevront un récépissé sous trente jours ». Il précise qu’un guichet unique vient d’être ouvert au ministère pour éviter aux responsables des allers-retours chronophages entre services à travers la capitale administrative.

    De son côté, le Conseil supérieur de la liberté de communication indique suivre le dossier pour garantir un accès équitable aux médias publics. L’organe promet un code de bonne conduite électorale actualisé, attendu avant fin décembre, afin d’anticiper la prochaine campagne présidentielle nationale.

    Pour nombre d’observateurs, l’administration joue une partition délicate : réaffirmer l’autorité de la loi sans brider l’expression plurielle. Si la régularisation se déroule sans heurts, le pays pourrait consolider son image de stabilité, un atout pour l’attraction des investissements prévus au PND 2022-2026 en cours encore.

    jeunesse électorale loi 20-2017 partis politiques
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