Une assemblée générale placée sous le signe de l’urgence sociétale
Réunis deux jours durant dans la capitale, les responsables nationaux de l’Association des parents d’élèves et étudiants du Congo ont troqué la discrétion institutionnelle pour la solennité. Guidés par leur président, Christian Grégoire Epouma, ils ont dressé un constat jugé « alarmant » : la résurgence simultanée d’allégations de pédophilie et d’escroqueries liées aux frais d’inscription menace la confiance, déjà fragile, qui unit familles, établissements et autorités éducatives. Au-delà de la réaction épidermique, cette session extraordinaire aura surtout cherché à condenser une colère populaire en une feuille de route juridiquement solide.
L’indignation parentale devant le spectre de la pédophilie
L’affaire qui cristallise l’émoi met en cause un enseignant de sciences de la vie et de la terre soupçonné d’abus sexuels sur un élève mineur dans un complexe scolaire de Massengo Soprogi. Pour l’APEEC, le cas dépasse la simple responsabilité individuelle : il révèle une vulnérabilité structurelle du dispositif de contrôle interne des établissements privés. « Nous ne marchandons pas la protection de l’enfance, encore moins sa dignité » déclare une mère de famille présente aux débats, rappelant que le code pénal congolais réprime fermement les atteintes sexuelles sur mineur. L’association sollicite une prise en charge psycho-clinique urgente pour l’adolescent concerné et réclame que l’auteur présumé réponde de ses actes devant les juridictions compétentes, afin de signifier qu’aucune asymétrie de pouvoir ne saurait justifier le silence.
Fraudes aux inscriptions: le détournement financier sous la loupe
Si l’onde de choc morale déclenchée par la pédophilie est cuisante, l’APEEC ne relâche pas la pression sur le second volet du scandale : la surfacturation, la fausse déclaration ou l’omission pure et simple d’inscrire les candidats aux examens d’État. Pour de nombreuses familles, le paiement des frais d’inscription représente un sacrifice financier conséquent. Découvrir, à la veille des épreuves, que l’élève ne figure sur aucune liste officielle équivaut à une double peine. Le communiqué final convoque l’arrêté du 26 mai 2017 fixant les modalités de répression de la fraude et rappelle que l’article 8 prévoit des poursuites pénales contre les promoteurs incriminés. L’APEEC plaide pour l’élargissement des contrôles a priori, estimant qu’une régulation postérieure, fût-elle sévère, ne compense jamais l’année scolaire perdue.
Le cadre juridique: entre textes existants et besoin d’actualisation
En appelant à la stricte application du décret 96-221 régissant l’enseignement privé, l’association reconnaît que l’arsenal normatif existe déjà. Cependant, les parents questionnent l’adéquation de textes rédigés il y a près de trois décennies avec la réalité d’un secteur privé en pleine expansion numérique et démographique. Un expert en droit de l’éducation, joint par nos soins, souligne que « la fréquence des contentieux prouve moins l’absence de lois que la faiblesse de leur mise en œuvre ». L’APEEC suggère par ailleurs l’édiction d’un décret spécifique à la gestion financière des établissements, inspiré des comités de gestion de l’enseignement public, afin de verrouiller la chaîne de perception des frais et d’en garantir la traçabilité.
La santé mentale des victimes, un impératif encore trop discret
Au-delà des conséquences judiciaires, l’association insiste sur la réparation psychologique. Selon plusieurs psychologues scolaires, l’impact d’un abus sexuel se répercute souvent sur le rendement académique, l’estime de soi et la sociabilité de l’enfant. Faute d’une prise en charge précoce, les séquelles peuvent se traduire par un décrochage durable. L’APEEC exhorte donc les ministères en charge de l’éducation et de la santé à mutualiser leurs compétences pour déployer des cellules d’écoute accessibles, pérennes et financées sur fonds publics. À leurs yeux, la crédibilité des discours de tolérance zéro passe par un investissement tangible dans le bien-être des victimes.
Vers un pacte éthique entre familles, écoles privées et pouvoirs publics
En conclusion des travaux, les parents d’élèves affirment leur volonté de consolider un partenariat constructif avec l’État et les promoteurs d’établissements privés. Ils admettent que la vitalité d’un secteur éducatif diversifié participe à l’élévation du capital humain national, pourvu que la qualité d’encadrement ne soit jamais sacrifiée sur l’autel du profit. « Nous n’accusons pas l’enseignement privé en bloc, mais nous appelons chacun à son devoir de vigilance » résume Christian Grégoire Epouma. L’APEEC invite, enfin, le gouvernement à amplifier les campagnes de sensibilisation et à renforcer la formation continue des enseignants, convaincue que la prévention l’emporte toujours sur la répression. Dans ce double combat contre les violences sexuelles et la fraude financière, le temps presse : il en va de la cohésion sociale et de la confiance que la jeunesse place dans l’école, creuset de ses ambitions.
