Une impulsion gouvernementale décisive
Le lancement officiel du processus d’élaboration des politiques nationales des petites et moyennes entreprises et de l’artisanat marque une nouvelle étape pour l’économie congolaise.
Présidant la cérémonie à Brazzaville, la ministre Jacqueline Lydia Mikolo a insisté sur la nécessité d’un cadre stratégique clair, conçu avec les acteurs du terrain, afin d’orienter durablement la croissance inclusive.
Selon elle, l’ambition est de transformer la multitude de petits ateliers, agences et plateformes en un tissu économique solide, capable de créer de la valeur ajoutée locale et d’absorber une partie du chômage urbain.
Créer un terrain fertile aux startups locales
La démarche gouvernementale s’appuie sur un diagnostic partagé avec les organisations patronales et les réseaux de startups comme Koba Hub, qui soulignent un besoin d’accompagnement technique avant même la question de l’apport initial.
« Le premier défi, c’est d’apprendre à formaliser un projet, rédiger un business plan clair », confie Prince Loemba, jeune développeur d’applications, rencontré à Pointe-Noire.
Les politiques envisagées promettent donc des guichets uniques régionaux, mêlant conseillers juridiques, coachs en innovation et services de l’administration pour simplifier l’enregistrement des entreprises.
Accès au financement : la bataille clé
D’après la Banque mondiale, seuls 17 % des PME congolaises accèdent actuellement à un crédit bancaire classique, un chiffre inférieur à la moyenne subsaharienne.
Le projet de politique nationale prévoit de négocier avec les établissements financiers des lignes de partage de risque, couplées à des mécanismes de garantie souveraine, pour rassurer les prêteurs sans alourdir la dette publique.
Un fonds d’impulsion de 10 milliards de francs CFA, annoncé lors de la présentation, sera consacré aux prêts d’amorçage, notamment pour les entreprises dirigées par des femmes ou des diplômés de retour au pays.
Transformation numérique et artisanat
Le texte en préparation accorde une place singulière à la digitalisation des filières artisanales, du tissage au design graphique, considérées comme porteuses d’identité culturelle et de débouchés exportables.
L’idée est d’équiper les coopératives de terminaux de paiement mobile et de former les artisans aux vitrines en ligne, afin de toucher une clientèle régionale séduite par des produits issus de savoir-faire locaux.
Pour Odile Goma, présidente de la Fédération artisanale, « la plateforme numérique commune annoncée pourrait réduire nos coûts de marketing de moitié et créer un catalogue national inédit ».
Rôle des partenaires extérieurs
Le Congo mise également sur la coopération sud-sud et les organisations multilatérales pour renforcer ses capacités.
L’Organisation internationale du travail appuie déjà la cartographie des métiers de l’artisanat tandis que l’Agence française de développement explore la possibilité d’un appui budgétaire ciblé.
De son côté, la Banque africaine de développement pourrait orienter ses lignes PME vers les secteurs verts, à commencer par la valorisation des déchets plastiques en matériaux de construction, créant ainsi une passerelle entre économie circulaire et emploi.
Retombées sociales pour les jeunes
Les autorités estiment que 65 % de la population congolaise a moins de 35 ans, une dynamique démographique qui impose de multiplier les opportunités économiques locales.
En soutenant les micro-entreprises, le gouvernement espère désamorcer la tentation de l’exode vers les grandes métropoles africaines et canaliser l’énergie créative des jeunes dans des projets ancrés au pays.
« Un programme de mentorat national sera lancé avec des chefs d’entreprise chevronnés », précise un conseiller du ministère, convaincu que le transfert d’expérience demeure le meilleur carburant de la réussite entrepreneuriale.
Chronogramme et prochaines étapes
La feuille de route prévoit une phase de consultation nationale jusqu’en décembre, incluant des ateliers à Dolisie, Ouesso et Impfondo pour recueillir les attentes régionales.
Un premier draft de la politique sera soumis au conseil de cabinet avant validation parlementaire, tandis qu’un plan d’action triennal chiffré doit être rendu public au début du prochain exercice budgétaire.
En attendant, les entrepreneurs interrogés restent prudents mais optimistes, estimant que la cohérence entre promesses et mises en œuvre demeurera le véritable test de la réforme.
Mesure d’impact et indicateurs
Les responsables du projet soulignent qu’il ne suffit pas de publier un texte : des indicateurs de performance seront intégrés pour suivre l’évolution réelle du nombre de créations d’entreprises et du chiffre d’affaires moyen.
Un comité interministériel, associé à des représentants du secteur privé, se réunira chaque trimestre afin d’examiner les rapports, ajuster les dispositifs et proposer de nouvelles incitations fiscales si nécessaire.
Pour garantir la transparence, un tableau de bord en ligne publiera les montants de crédits alloués, la durée moyenne d’obtention des licences commerciales et la proportion d’entreprises enregistrées par région.
Les universités seront sollicitées pour fournir des études d’impact indépendantes, croisant variables économiques et données sociales comme l’emploi des jeunes et la participation des femmes.
Selon l’économiste Trésor Mabiala, « l’existence d’une base statistique publique crédible est la condition indispensable pour convaincre les investisseurs et éviter que les politiques ne se résument à des slogans ».
Voix de la diaspora
Des Congolais installés à Abidjan, Paris ou Montréal suivent de près le processus, espérant un climat d’affaires attractif pour rapatrier capitaux et expertise, surtout dans l’agro-transformation et les services numériques.