Un ruban de sable sous les déchets
Au lever du soleil, la plage de Côte Sauvage scintille moins. Des sachets, des filets déchirés et des algues en décomposition s’amoncellent au pied des cocotiers. « La mer recrache tout ce qu’on lui donne », soupire Mireille B., vendeuse de poissons, en désignant une vague charriant des bouteilles.
Une menace pour la santé publique
Les pédiatres de l’hôpital Adolphe-Sicé notent une recrudescence de dermatoses liées aux baignades. Les analyses de l’Institut National de Recherche sur l’Environnement relèvent des taux élevés de coliformes fécaux après les pluies, soulevant des inquiétudes pour les familles venues se rafraîchir.
« Les déchets plastiques forment de véritables nids à moustiques », alerte le biologiste Serge Oba. Dans un climat déjà chaud, ces eaux stagnantes favorisent paludisme et dengue. Les vendeurs de brochettes craignent aussi une baisse de clientèle si la plage garde cette image rebutante.
Le tourisme et la pêche sous pression
Les agences qui organisaient des promenades en bateau notent une chute de 30 % de réservations par rapport à l’an dernier. Plusieurs skippers pointent la visibilité réduite sous l’eau, nuisant au snorkeling autrefois prisé par les expatriés.
Les pêcheurs artisanaux, eux, déplorent les filets obstrués par des sachets. « Nous passons plus de temps à nettoyer nos engins qu’à sortir du poisson », explique Jonas, président de la coopérative de Ngoyo, qui chiffre la perte quotidienne à deux kilos de maquereaux par équipage.
La mairie passe à l’action
Face à la grogne, la mairie de Pointe-Noire a lancé le programme « Plage Propre 2025 ». Il prévoit deux points de collecte supplémentaires, des rondes quotidiennes et la sensibilisation des commerçants. « Notre littoral est un joyau économique », rappelle le maire Jean François Kando en annonçant un budget initial de 150 millions de FCFA.
Un partenariat avec l’Agence Nationale de l’Assainissement permettra d’installer des barrières flottantes à l’embouchure de la rivière Loeme. L’objectif est de capturer les déchets avant qu’ils n’atteignent l’océan, inspiré d’une solution testée à Lagos.
Les partenaires industriels mobilisés
Le Port Autonome et deux sociétés pétrolières financent désormais des campagnes de collecte mensuelles. TotalEnergies a fourni un compacteur mobile capable d’ingérer trois tonnes de plastique par heure, mis à disposition du quartier Mpaka.
À la zone industrielle, la startup Recy-Congo transforme déjà les bouchons récupérés en pavés pour trottoirs. « Nous voulons boucler la boucle : déchets d’ici, matériaux pour ici », souligne sa fondatrice, Grâce Mavouadi, qui espère tripler sa production d’ici fin 2024.
Sur les réseaux, les jeunes réveillent la ville
Sous le hashtag #ChallengeLittoral243, des lycéens filment leurs ramassages éclair et cumulent des milliers de vues sur TikTok. Le rappeur BGMFK, en concert samedi, a promis d’offrir un clip gratuit aux classes les plus mobilisées.
L’illustrateur Malcom B. publie chaque semaine une caricature de la plage envahie par un monstre plastique. Ses dessins partagés sur Instagram deviennent des affiches improvisées, rappelant aux passants que « jeter, c’est inviter la bête ».
La science éclaire les solutions
Une étude pilote de l’Université Marien-Ngouabi cartographie la dérive des déchets flottants grâce à des balises GPS. Les résultats préliminaires pointent trois exutoires principaux : la rivière Tchinouka, le marché Tié-Tié et le canal de Mongo-Kamba.
« Identifier les sources permet des actions ciblées », explique la docteure Océane Ntsiba, océanographe. Elle suggère des corbeilles de rue fermées et un ramassage avant les pluies pour limiter l’entraînement vers la mer.
Vers un littoral zéro plastique
Le Congo s’est engagé à réduire de 50 % les sacs non biodégradables d’ici 2025, conformément à la feuille de route continentale. Le ministère de l’Environnement travaille à des incitations fiscales pour les emballages compostables.
Des étudiants en chimie testent déjà des sachets à base d’amidon de manioc. « Le prototype se dissout en huit semaines sans résidu toxique », affirme leur encadrante, la professeure Léonie Nkouka. Les prototypes ont reçu un premier feu vert du Centre de Normalisation.
Ce que chacun peut faire dès ce week-end
Ramasser cinq déchets, refuser un sachet ou trier ses bouteilles suffit à inverser la tendance, rappellent les organisateurs du Clean Walk prévu dimanche à l’esplanade de la Jetée. « Nous voulons transformer un geste ponctuel en habitude nationale », conclut le coordinateur Elie Ngatsé en souriant aux premiers volontaires.
