Une scène vibrante à Pointe-Noire
Tambours, chorégraphies hip-hop et sketchs engagés ont transformé la cour du Samusocial Pointe-Noire en véritable plateau de spectacle le 26 novembre. Trois cent jeunes y ont célébré les 36 ans de la Convention internationale des droits de l’enfant, adoptée le 20 novembre 1989 et ratifiée par le Congo en 1993.
L’art comme mégaphone des oubliés
Entre un slam sur l’identité légale et un tableau théâtral dénonçant le travail précoce, les enfants ont porté eux-mêmes le plaidoyer. « Nos droits existent, donnez-nous la chance de les vivre », a lancé une adolescente, sous les applaudissements d’un public composé d’éducateurs, de bénévoles et de curieux du quartier Mpaka.
Les droits passés au micro
Protection, santé, justice, éducation : chaque prestation soulignait un article clé de la Convention. Un choeur masculin a rappelé que l’enregistrement à l’état civil ouvre la porte à l’école, tandis qu’une troupe de danse contemporaine illustrait la sécurité familiale, puissante métaphore pour des mineurs parfois livrés à eux-mêmes.
Arle Ntonta retrace le chemin parcouru
Devant les invités, le directeur Arle Ntonta a rappelé l’historique : « La Convention donne la parole aux enfants. Notre rôle est qu’elle ne reste pas un texte dans un tiroir. » Il a salué le partenariat avec le Réseau des intervenants sur le phénomène des enfants en rupture, actif depuis deux décennies.
Des rues à l’espoir, la mission nocturne
Chaque soir, les équipes du Samusocial sillonnent les artères de Pointe-Noire. « Nous rencontrons, soignons et orientons ceux qui dorment dehors », détaille Arle Ntonta. L’an passé, l’antenne a identifié près de deux cents nouveaux enfants arrivés dans la rue, symptôme d’une fracture sociale encore vive.
Témoignage d’un bénévole engagé
En treillis bleu, Emmanuel Mbikina veille sur le stand premiers secours. « La fête attire l’attention, mais notre objectif est durable : renforcer la protection et encourager l’éducation », confie-t-il. Son regard se pose sur un mur d’expressions libres où les jeunes taguent leurs rêves : « Médecin », « Footballeur », « Ingénieure ».
Soutien européen affirmé
La célébration a reçu un appui financier de l’Union européenne et de l’Agence française de développement. Des banderoles arborant les logos des partenaires rappelaient cet engagement. Un représentant de l’UE a salué « une mobilisation citoyenne qui place les enfants au centre des politiques locales de cohésion sociale ».
Un thème qui parle aux jeunes
Le slogan mondial 2023, « Ma journée, mes droits », a inspiré l’équipe d’animation. Tous les ateliers, du graffiti à la capoeira, invitaient les participants à montrer comment ils exercent – ou souhaitent exercer – leurs droits 24 heures sur 24, dans la rue comme à la maison.
Education, premier défi identifié
Sur le mur des engagements, 70 % des messages réclamaient un meilleur accès à l’école. Pour Arle Ntonta, c’est le socle : « Un enfant instruit est moins vulnérable. » Il plaide pour des passerelles rapides entre la rue et les classes, via des soutiens scolaires adaptés aux retards accumulés.
Plaidoyer pour la santé de proximité
Les équipes médicales mobiles du Samusocial déploient des kits de soins de base. Fièvres, plaies, maladies de peau arrivent en tête des consultations. « Sans carte d’assurance ni tuteur, ces jeunes s’auto-soignent souvent avec des remèdes de fortune », explique une infirmière, rappelant l’enjeu d’une couverture santé inclusive.
Identité : un papier qui change tout
Avoir un acte de naissance figure aussi parmi les priorités. Un adolescent de 14 ans raconte avoir raté un tournoi de football faute de pièce officielle. « J’existe, mais pas sur le papier », résume-t-il. Un stand d’état civil provisoire, animé par la mairie, enregistrait gratuitement les déclarations tardives.
Justice et protection à renforcer
Les rappeurs du collectif Jeunesse-Espoir ont dénoncé les violences faites aux mineurs. Le Samusocial collabore avec la brigade des mineurs pour signaler les cas de maltraitance. « Les enfants doivent savoir qu’ils peuvent porter plainte », insiste Emmanuel Mbikina, distribuant des flyers listant les numéros verts disponibles à toute heure.
Une journée, un impact durable
Au-delà du show, l’organisation souhaite capitaliser sur la médiatisation. Arle Ntonta annonce l’ouverture prochaine d’un espace de parole hebdomadaire où d’anciens enfants des rues viendront témoigner de leur réinsertion. « La sensibilisation, c’est tous les jours, pas seulement le 20 novembre », résume-t-il.
Le rôle des familles revalorisé
Plusieurs mères invitées ont partagé leurs expériences. L’une d’elles, vendeuse de poisson, explique que la précarité économique fragilise la scolarité. Les animateurs ont présenté des solutions de micro-crédit permettant de stabiliser le revenu familial, un levier essentiel pour garder les enfants à la maison.
Quand l’art guérit les traumas
Psychologues et artistes convergent sur l’utilité thérapeutique des arts. Une session de danse contemporaine a permis à des adolescents de raconter, sans mots, leur quotidien sur les trottoirs. « Le corps libère ce que la parole bloque », souligne une psychologue partenaire, saluant l’audace des jeunes danseurs.
Partenariats locaux en expansion
Des représentants d’autres structures de prise en charge, comme le Foyer Padre Pio, étaient présents. « Nous avons décidé de mutualiser nos bases de données pour suivre le parcours des enfants », indique un coordinateur. Cet échange doit limiter les ruptures d’accompagnement liées aux déplacements fréquents des mineurs.
Objectif 2024 : zéro nouveau mineur durablement dans la rue
Le Samusocial et le REIPER visent une réduction significative des arrivées. Plans d’action : médiation familiale renforcée et accès accéléré aux services sociaux. « La rue ne doit plus être perçue comme une option », martèle Arle Ntonta, confiant dans le soutien renouvelé des partenaires.
Une mobilisation qui inspire
À la fin de la journée, un flash-mob géant sur l’hymne « Ma journée, mes droits » a réuni petits et grands sous un soleil couchant. Les sourires rivalisaient avec la ferveur des percussions. Message final inscrit en lettres géantes : « Nos droits, notre avenir ».
