Présidentielle 2026 : premiers signaux politiques
À huit mois du scrutin présidentiel de mars 2026, les signaux politiques se multiplient à Brazzaville. Sans déclaration officielle de candidature, la figure de Denis Sassou-Nguesso revient pourtant dans chaque conversation d’état-major, comme un élément structurant du paysage électoral congolais.
La récente clôture de la neuvième session ordinaire de l’Assemblée nationale, le 13 août 2025, a servi de tribune majeure. Devant les députés, le président de l’institution, Isidore Mvouba, a livré un plaidoyer appuyé pour la continuité du leadership actuel.
Pour de nombreux observateurs, cette adresse marque le coup d’envoi officieux de la campagne. Les formations politiques affûtent déjà arguments, slogans et coalitions, conscients que l’échéance testera la robustesse d’un modèle de stabilité souvent cité en exemple dans la sous-région.
Isidore Mvouba, voix influente du Palais du peuple
Depuis qu’il préside la chambre basse, Isidore Mvouba s’est forgé la réputation d’un stratège capable de mobiliser des majorités transpartisanes sur les textes économiques clés. Son poids institutionnel lui confère une écoute attentive chez les cadres et, surtout, chez un électorat urbain connecté.
Devant les parlementaires, il s’est dit « certain » que le chef de l’État est, selon lui, l’« homme de la situation ». Une déclaration interprétée comme un appel clair à l’investiture, même si le calendrier électoral laisse encore place à la stratégie.
In privé, plusieurs députés de la majorité soulignent la « loyauté historique » qui lie le chef de l’État à sa base rurale, pointant les programmes d’accès à l’eau potable et à l’électricité. Selon eux, ces réalisations pèseront lourd dans la balance électorale.
Réformes économiques mises en avant
Afin de justifier sa confiance, Mvouba a rappelé l’inauguration de l’agri-hub de Loudima et de la distillerie de N’Kayi, deux unités censées renforcer la transformation locale de matières premières. Les images des chaînes flambant neuves ont circulé sur les réseaux, symboles de modernisation.
Le président de l’Assemblée a également salué le rôle du Fonds d’impulsion et de garantie, vecteur de prêts ciblés pour les start-up et les coopératives portées par des jeunes. Dans un pays où le chômage demeure un défi, ces mécanismes nourrissent beaucoup d’attentes.
L’hémicycle insiste enfin sur l’amélioration du climat des affaires et sur la viabilisation de la dette, conditions jugées indispensables pour attirer davantage de capitaux. Des discussions sont en cours avec la Cemac et le FMI afin d’honorer les réformes monétaires prévues.
L’objectif est clair : hisser le Congo dans la moitié supérieure du classement Doing Business avant 2030. Le ministère du Commerce prépare un guichet unique numérique pour créer une société en quarante-huit heures, mesure très attendue par les porteurs de projets.
Conjoncture internationale et résilience congolaise
Au-delà des enjeux internes, Mvouba a réitéré les inquiétudes liées aux conflits en Ukraine, au Soudan ou au Proche-Orient, qui pèsent sur les chaînes d’approvisionnement. Les prix de l’énergie et des céréales impactent directement le budget des ménages congolais.
Dans ce contexte chahuté, l’exécutif a mis en avant la diplomatie de paix conduite par Brazzaville et la politique d’anticipation des stocks stratégiques, destinée à protéger le pouvoir d’achat. Les distributeurs confirment une relative stabilité des prix, malgré les turbulences mondiales.
Le dérèglement climatique complète le tableau. Les pluies diluviennes de juin 2025, qui ont affecté le sud-ouest, restent présentes dans les esprits. Le gouvernement a relogé les sinistrés et lancé des études hydrauliques supplémentaires pour limiter les risques, un effort salué par l’opposition.
Les agences de coopération estiment toutefois que la vulnérabilité reste forte dans certaines zones forestières. Des plans pilotes de reboisement communautaire, financés par la Banque mondiale, devraient démarrer en 2026 pour associer les populations à la protection du bassin du Congo.
Jeunesse et opportunités : un enjeu central
Pour la tranche d’âge 20-35 ans, l’élection se jouera sur la capacité des candidats à générer des emplois non extractifs. Les incubateurs soutenus par le Figa, l’essor de l’économie numérique et les programmes de formation technique seront auscultés avec attention.
À Brazzaville comme à Pointe-Noire, de jeunes entrepreneurs évoquent l’accès encore difficile au crédit et l’importance d’infrastructures numériques de qualité. « Nous voulons produire localement et vendre en ligne, pas seulement consommer », confie Christelle, fondatrice d’une marque de cosmétiques naturels.
Les analystes estiment toutefois que la stratégie industrielle naissante pourrait absorber une part de la main-d’œuvre, à condition que les métiers verts et l’agro-transformation soient priorisés. L’argument s’inscrit dans la vision de diversification portée par les autorités depuis plusieurs plans quinquennaux.
Stabilité politique, atout maître de Brazzaville
Au fil des décennies, la République du Congo a souvent été présentée comme un îlot de calme dans le Golfe de Guinée. Cette constance, vantée par Isidore Mvouba, alimente l’idée que l’expérience pourrait primer sur la nouveauté lors du vote de 2026.
Pour l’heure, le suspense demeure. Les partis d’opposition affûtent leurs arguments, tandis que la majorité présidentielle compte ses soutiens. Mais, si l’on en croit la tonalité du Palais du peuple, beaucoup jugent déjà écrit que Denis Sassou-Nguesso reste incontournable dans l’équation nationale.
