Vers une primaire décisive
La scène politique congolaise s’anime autour du Parti pour l’action de la République, connu sous l’acronyme P.a.r, qui ouvre son scrutin primaire pour désigner son porte-étendard à l’élection présidentielle de mars 2026. L’enjeu : fédérer sa base derrière une candidature unique crédible.
Décidé lors d’un congrès extraordinaire réuni fin juin 2025 à Brazzaville, le lancement de la primaire anticipe un débat interne davantage structuré. Il illustre l’ambition du P.a.r de passer d’un parti de rassemblement protestataire à une formation capable de proposer un programme exécutif.
Une procédure inclusive
Au cœur du dispositif, la secrétaire générale Jessica Prismelle Ognangué invite tous les militants, qu’ils résident à Pointe-Noire, Ouesso ou Paris, à se porter candidats. L’appel vise à éviter la perception d’un candidat imposé et à démontrer la capacité d’ouverture de la direction.
L’expérience, rarissime dans l’opposition congolaise, s’appuie sur la conviction que la légitimité se gagne d’abord en interne. Selon un membre du bureau politique, « la compétition fraternelle consolidera le parti, quelle que soit l’issue ». Les statuts aménagent aussi un recours en cas de litige.
Dossier de candidature, mode d’emploi
Le dépôt des dossiers est attendu au siège national, 117 Bis du boulevard Denis Sassou-Nguesso, avant le 5 novembre 2025. Chaque prétendant doit présenter un curriculum vitae détaillé, un projet synthétique de société, une attestation de contribution financière, ainsi qu’un minimum de cent parrainages internes.
Les formulateurs du règlement estiment que ces conditions, inspirées de pratiques comparables dans la région, limitent les candidatures fantaisistes sans exclure les profils émergents. « Nous cherchons un équilibre entre sérieux et fraîcheur », précise la commission électorale du parti, qui promet transparence et réactivité.
Un calendrier sous surveillance
Le chronogramme avalisé par le congrès fixe l’élection primaire au 25 novembre 2025, soit trois semaines après la clôture des inscriptions. Entre-temps, le parti diffusera les projets des candidats sur les réseaux sociaux, programmera des débats régionaux et publiera la liste électorale interne actualisée.
Des observateurs indépendants, issus d’ONG locales, seront invités à suivre le processus. Cette présence vise à conférer une crédibilité supplémentaire et à rassurer les sympathisants. Le secrétariat général souligne que chaque étape sera aussi notifiée au ministère de l’Intérieur, conformément aux exigences légales en vigueur.
L’opposition face à ses responsabilités
Divers analystes estiment que la primaire du P.a.r représente un laboratoire pour l’ensemble de l’opposition. Certains rappellent que les candidatures multiples ont souvent fragmenté le vote en 2009, 2016 et 2021. Une démarche unitaire pourrait, selon eux, augmenter la lisibilité politique auprès de l’électorat urbain.
Le professeur de science politique Félicien Makaya souligne toutefois que l’unité ne garantit pas la victoire. « La structuration programmatique et la territorialisation du discours restent déterminantes », note-t-il. Pour lui, la primaire doit aussi clarifier les alliances parlementaires possibles après la présidentielle, dans une logique institutionnelle.
Paroles d’experts
L’économiste Joëlle Kisimba considère pour sa part que la campagne interne offrira une rare occasion de débattre de l’emploi des jeunes, thème central depuis la pandémie et la fluctuation des cours pétroliers. Elle espère que chaque prétendant chiffrera ses propositions afin de nourrir un débat responsable.
Pour le sociologue Rodrigue Okoua, la méthode participative pourrait dessiner une nouvelle culture politique. « Les jeunes partisans s’impliquent davantage lorsqu’ils peuvent comparer des programmes plutôt que des slogans ». Il estime que cette pédagogie renforcera, à terme, la confiance envers les institutions et la stabilité globale.
Mobilisation de la jeunesse urbaine
Les premières inscriptions numériques montrent déjà une forte mobilisation à Brazzaville et Dolisie, où le parti mise sur les clubs universitaires pour animer les discussions. Des podcasts hebdomadaires sont annoncés pour décrypter les procédures et recueillir les questions. Le hashtag #ParPrimaires gagne progressivement les tendances Twitter locales.
Sur le terrain, les coordinateurs jeunes projettent des tournois de football communautaires suivis d’échanges politiques. Cette stratégie, déjà testée lors des municipales de 2022, avait dopé la participation de près de 18 %. Les responsables espèrent reproduire ce succès afin d’élargir la base électorale.
Un pas supplémentaire vers 2026
En officialisant sa primaire, le P.a.r se positionne comme une formation structurée respectueuse des mécanismes républicains. Cette attitude contraste avec l’idée d’improvisation que véhiculent parfois les partis naissants. Elle témoigne d’une maturation politique susceptible d’enrichir le débat national sans remettre en cause la stabilité institutionnelle.
À quatre cents jours du scrutin présidentiel, le pari de l’opposition reste de convaincre au-delà de sa base traditionnelle. La primaire du 25 novembre constituera un test grandeur nature. Son issue orientera non seulement la stratégie du P.a.r mais aussi l’horizon démocratique congolo-brazzavillois.
Le parti promet de publier les résultats bureau par bureau dans la journée suivant le vote, via affiches et réseaux sociaux. Cette transparence, appuyée par des outils numériques, vise à désamorcer d’éventuelles contestations internes.
Déjà, des militants suggèrent un code d’éthique pour la campagne présidentielle, calqué sur les règles de la primaire. Le projet pourrait être soumis au prochain conseil national afin d’ancrer durablement la discipline acquise.
