Diplomatie renforcée
Plein soleil d’août sur les berges de l’Alima, mais l’agenda était dense. En vacances à Oyo, le président Denis Sassou Nguesso a accueilli le vice-premier ministre belge, Maxime Prévot. Durant deux heures, les deux hommes ont passé en revue dossiers bilatéraux, conjoncture régionale et enjeux mondiaux.
Cette halte congolaise ouvre le périple africain du responsable bruxellois, attendu ensuite à Kinshasa puis Addis-Abeba. En choisissant Oyo pour son premier arrêt, Maxime Prévot confirme la place singulière qu’occupe le Congo dans la diplomatie belge, bâtie sur six décennies de coopération et d’échanges constants.
Les deux capitales entretiennent des relations formalisées dès 1961. Accords de développement, conventions universitaires, partenariat aérien : chaque cycle politique a ajouté une brique. À Oyo, les responsables ont validé « la volonté de passer d’une histoire partagée à une prospérité partagée », selon un diplomate belge présent.
Coopération économique et sociale
Au centre des discussions, la diversification économique convoitée par Brazzaville. Les secteurs agricoles, les infrastructures portuaires et l’énergie verte intéressent vivement les investisseurs flamands et wallons. La Belgique s’appuie déjà sur plusieurs PME installées à Pointe-Noire ; de nouveaux instruments financiers pourraient amplifier ce flux d’investissements.
Maxime Prévot a mis en avant l’expertise belge concernant les chaînes de valeur du cacao et du café, produits dont le Congo relance la culture. Pour les autorités congolaises, ces projets s’inscrivent dans le Plan national de développement 2022-2026 qui prône la création d’emplois hors secteur pétrolier.
Sur le volet social, plusieurs ONG belges présentes à Brazzaville étudient des actions conjointes avec les start-up locales de la tech solidaire. Objectif affiché : connecter les zones rurales à des services de santé numériques et former des jeunes aux métiers du codage tout en soutenant l’entrepreneuriat féminin.
Opportunités pour la jeunesse
La question des bourses d’études a reçu une attention particulière. Chaque année, près de 150 étudiants congolais partent pour Bruxelles ou Liège. Le vice-premier ministre envisage d’augmenter ce quota de 30 % et de créer un programme de retour au pays pour valoriser les compétences acquises en Europe.
Des responsables du ministère congolais de la Jeunesse ont profité de la présence belge pour promouvoir le festival N’sangu Ndji-Ndji, vitrine de musique urbaine soutenue par l’ambassade de Belgique. À terme, les promoteurs espèrent débloquer un fonds culturel commun et organiser des masterclass animées par des producteurs flamands.
Le sport n’a pas été oublié. L’Union Saint-Gilloise a officialisé des partenariats de détection avec des clubs de Pointe-Noire. Selon le coach Firmin Mavoungou, « ce jumelage peut ouvrir aux talents locaux les portes de championnats européens tout en professionnalisant nos structures d’entraînement ».
Dimension régionale
La stabilité du bassin du Congo a logiquement occupé une partie de l’entretien. Bruxelles apprécie le rôle de médiateur souvent joué par Brazzaville, notamment sur le dossier centrafricain. Le diplomate belge a salué « l’approche de dialogue inclusif » défendue par le président Sassou Nguesso au sein de la CEEAC.
Autre sujet, la sécurité maritime dans le golfe de Guinée, stratégique pour les échanges belges. Des exercices conjoints entre la marine congolaise et la frégate Leopold I sont envisagés cette année. Ils complèteraient l’initiative Yaoundé de lutte contre la piraterie qui commence à montrer des résultats encourageants.
Sur le dossier climatique, les deux délégations ont décidé de porter une voix commune à la prochaine COP. L’immense forêt congolaise sert déjà de laboratoire à plusieurs universités flamandes. Une extension de ces recherches vers l’économie du carbone pourrait attirer des financements verts pour des start-up locales.
Horizons à suivre
Oyo, plus connu pour son calme villageois, confirme sa stature de plateforme diplomatique discrète. « Ici, les discussions se mènent sans pression médiatique », confie un conseiller du Palais. Ce cadre informel aurait permis de « parler vrai » et de préparer un agenda concret pour les prochains mois.
Un comité mixte, réunissant ministères, opérateurs privés et associations, se tiendra à Brazzaville en octobre. Il devra traduire en protocoles les annonces faites à Oyo. Parmi les priorités figurent la finalisation d’un nouveau traité fiscal et la mise en place d’un guichet unique pour les investisseurs belges.
Côté jeunes professionnels, l’annonce a été accueillie avec prudence et espoir. Nadège Itoua, architecte de 28 ans, voit dans ce partenariat « une chance d’accéder à des appels d’offres conjoints ». Elle insiste cependant sur la nécessité de « conditions de transparence permettant à tous de concourir ».
Le dialogue d’Oyo n’a donc rien d’une simple visite de courtoisie. Il illustre la diplomatie économique chère à Brazzaville et l’intérêt croissant de Bruxelles pour le potentiel congolais. Les mois qui viennent diront si cette dynamique se traduit en infrastructures, en emplois et en rayonnement pour la jeunesse.
Pour bien des observateurs, voir un vice-premier ministre européen en plein mois d’août à Oyo rappelle qu’aucune saison ne suspend la diplomatie. Cette capacité d’attraction conforte la position du Congo au carrefour des partenariats Nord-Sud.
