Sur la ligne de départ à Cotonou
Depuis Cotonou, un convoi bariolé de minibus et de 4×4 a pris la route début décembre avec, à bord, quarante créateurs de contenu décidés à braquer leurs objectifs sur la Coupe d’Afrique des Nations 2025, prévue du 21 décembre 2025 au 18 janvier 2026 au Maroc.
L’expédition, baptisée «Destination Maroc 2025 – Terre de Football», traversera plus de dix capitales africaines, de Lomé à Nouakchott, en passant par Accra, Abidjan, Conakry et Dakar, avant de rallier Rabat où s’ouvrira officiellement le compte à rebours de la compétition.
Storytelling numérique en temps réel
À chaque étape, les voyageurs documentent l’ambiance des stades, des marchés et des artères animées, livrant de courtes vidéos verticales, des stories et des lives repris instantanément sur TikTok, Instagram et YouTube, là où se concentre l’audience jeune qui fait vibrer le football africain.
Les organisateurs insistent sur le caractère participatif du projet : les abonnés sont invités à suggérer des arrêts, des défis techniques ou des chants de supporters, afin que le périple ressemble davantage à une conversation continentale qu’à une simple tournée promotionnelle.
Jonas Adjaï, coordinateur béninois de la caravane, résume la philosophie : «Nous voulons montrer que la CAN appartient à tous les Africains, pas seulement aux fans qui iront au Maroc. Chaque kilomètre doit célébrer nos langues, nos rythmes et nos métiers.»
Cette immersion s’inscrit dans une tendance forte : les compétitions sportives ne se jouent plus seulement sur la pelouse, elles se racontent d’abord sur l’écran du smartphone, où l’émotion est condensée en quinze secondes capables d’enflammer des millions de timelines.
Pour capter cette dynamique, chaque créateur se voit attribuer un thème : cuisine locale, portraits de fans, coulisses des clubs, playlists du voyage. Les séquences sont ensuite mixées au sein d’un hub de montage mobile, installé sur un bus équipé de panneaux solaires et de routeurs 4G.
Le dispositif séduit les partenaires médias, mais aussi plusieurs marques africaines qui y voient une vitrine continentale avant la forte exposition qu’apportera la CAN. Sans surprise, équipementiers, opérateurs télécoms et start-up de paiement mobile ont réservé des emplacements sur la carrosserie des véhicules.
Football comme trait d’union continental
En sillonnant la région, la caravane mesure la popularité intacte du tournoi. À Accra, un match improvisé sur la plage de Labadi a rassemblé en quelques minutes des pêcheurs, des étudiants et des touristes qui scandaient déjà le nom de leurs sélections préférées.
À Abidjan, l’équipe a visité le stade Félix Houphouët-Boigny, en rénovation, avant d’échanger avec des supporters des Éléphants convaincus que la Côte d’Ivoire fera vibrer le Maghreb durant l’hiver 2025. Ces échanges nourrissent une série de micro-portraits diffusés chaque soir.
Le périple emprunte également un angle patrimonial. À Conakry, les créateurs ont filmé le Balafon Sacré de Guinée; à Dakar, leur objectif a capté les pas d’une troupe de sabar, montrant que les traditions musicales s’entrelacent naturellement avec le ballon rond.
Rendez-vous final au Maroc
Une fois à Nouakchott, la caravane quittera les pistes sahéliennes pour longer l’Atlantique en direction de Dakhla, porte d’entrée du Sud marocain. Ce tronçon, le plus long, doit symboliser l’effort ultime avant l’arrivée sur le sol hôte de la CAN 2025.
Au terme des quelque 6 000 kilomètres, les influenceurs participeront à une série de fan-fest, conférences et ateliers organisés par le comité d’organisation marocain. Ils remettront aussi une «capsule numérique» compilant les meilleurs contenus produits en route, promesse d’une archive collective inédite.
Pour plusieurs observateurs, cette initiative pourrait servir de modèle à d’autres disciplines. «Le basket ou le handball gagneraient à mobiliser les storytellers du continent», estime la journaliste sportive sénégalaise Astou Ndiaye, qui voit dans la caravane «une façon moderne de fabriquer du récit commun».
Un écho particulier à Brazzaville
Au Congo-Brazzaville, où la passion pour les Diables Rouges reste ardente, l’aventure est suivie de près. Les pages Facebook congolaises reprennent chaque soir les images du convoi, et plusieurs influenceurs locaux ont déjà annoncé leur intention de rejoindre la caravane lors de l’étape dakaroise.
Selon le consultant sportif Dieudonné Ibata, cette mobilisation est une opportunité pour la jeunesse congolaise de se former aux nouveaux métiers du numérique tout en portant haut les couleurs nationales. «Le storytelling digital ouvre des carrières que nos jeunes doivent saisir», affirme-t-il.
En attendant le coup d’envoi
Le voyage n’en est qu’à sa première semaine, mais les vues cumulées dépassent déjà les cinq millions, preuve que la CAN se joue d’ores et déjà sur la toile. D’ici là, chaque post, chaque rire et chaque refrain continuera de rapprocher l’Afrique du Maroc 2025.
En coulisses, le comité d’organisation de la CAN mise sur cet engouement numérique pour stimuler les ventes de billets et encourager le tourisme intra-africain. Des packs voyage à tarifs réduits, spécialement pensés pour les étudiants et les diasporas, seront dévoilés dès la fin du road trip.
