De la salle de presse au monde des romans
À Brazzaville, les habitués des matinales radio connaissent déjà la voix assurée d’Asie Dominique de Marseille. Journaliste depuis plus de vingt ans, il a couvert politique, culture et sport avant de s’attaquer aux lettres, cumulant essais et récits comme d’autres collectionnent des playlists.
L’auteur confie souvent qu’écrire relève du réflexe professionnel : « Je note tout, partout, puis j’organise la matière le soir », glisse-t-il aux étudiants croisés à l’Université Marien-Ngouabi. Cette discipline lui permet de publier presque chaque année sans sacrifier ses chroniques.
Avec « Le doute interdit », il aborde pour la première fois la fiction longue. Un virage romanesque qui, selon lui, prolonge simplement son travail d’enquête : « Je reste journaliste, mais je prends le temps de fouiller le cœur plutôt que l’actualité », résume-t-il avec un sourire.
Les racines d’« Le doute interdit »
Le livre puise son inspiration dans la vie de son père, orphelin dans le village fictif d’Oka-Kebel. Privé de repères dès l’enfance, le personnage principal apprend à tracer sa propre route entre savane, fleuve et ville, jusqu’à devenir figure respectée.
Asie Dominique assure n’avoir rien idéalisé : « Les coups du sort sont restés bruts. J’ai seulement changé les noms pour protéger l’intime ». Ce réalisme ancre le récit dans une histoire congolaise bien reconnaissable, mêlant coutumes, modernité et éclats de musique rumba.
Le titre évoque la peur d’interroger le passé. Dans le roman, le héros se libère lorsqu’il accepte le doute comme moteur. « Le doute n’est pas trahison, c’est une lampe torche », lit-on dans un dialogue central souvent relevé par les premiers critiques.
Courage, filiation et résilience au cœur du récit
Au-delà de la trajectoire personnelle, le texte brosse un portrait collectif des orphelins d’Oka-Kebel, enfants dispersés par la vie puis réunis comme une famille élargie. Leur solidarité devient colonne vertébrale du roman et miroir de nombreuses réalités congolaises.
Le livre questionne aussi la notion de patriarche. Le protagoniste refuse l’autorité sèche et préfère insuffler responsabilisation. Cette posture raisonne avec les débats actuels sur la parentalité, de Brazzaville à Pointe-Noire, où l’équilibre entre tradition et émancipation occupe les conversations.
En filigrane, l’auteur glisse des touches d’humour et de musique. Les scènes de tam-tam improvisées au bord du fleuve rythment les chapitres, rappelant que la résilience passe parfois par la danse autant que par la parole.
Une préface signée Mukala Kadima-Nzuji
La préface est écrite par le professeur Mukala Kadima-Nzuji, référence africaine des études littéraires. Il salue « un récit d’élévation intérieure qui rejoint l’universel ». Une caution scientifique et poétique, que l’auteur accueille avec gratitude.
Kadima-Nzuji insiste sur le style direct d’Asie Dominique, teinté d’expressions en lingala et en téké. Pour lui, cette hybridation linguistique reflète la vitalité culturelle du Congo et ouvre le texte à plusieurs niveaux de lecture, du plaisir immédiat à l’analyse académique.
Brazzaville célèbre la sortie du livre
La présentation officielle s’est tenue à l’Hôtel Saint-François de Paul, siège de l’Acerac. Entre deux accords d’afro-jazz, l’auteur a dédicacé des dizaines d’exemplaires sous les caméras des influenceurs culturels, très actifs sur TikTok ce soir-là.
Parmi les invités, on remarquait plusieurs figures de la scène artistique, dont la slameuse Gessy Sab. « Ce roman rappelle notre devoir de mémoire collective », a-t-elle soufflé, téléphone en main pour un live Instagram suivi jusqu’à Kinshasa et Paris.
Les organisateurs parlent d’une affluence rare pour un événement littéraire hors Foire du Livre. L’Acerac envisage même une tournée de lectures dans les lycées, afin de prolonger l’élan suscité par cette première rencontre.
Où se procurer « Le doute interdit »
Édité chez Hémar, l’ouvrage est déjà disponible à L’Harmattan Congo, Librairie de la Savane et chez Tchielampo à Poto-Poto. Les versions numériques arrivent sur les plateformes partenaires d’ici peu, selon l’éditeur, pour répondre aux lecteurs mobiles.
Le prix de lancement — 6 500 FCFA — reste abordable pour le marché local. Une ristourne étudiant est prévue le samedi matin, sur présentation de carte, afin que la jeune génération puisse découvrir cette aventure sans freins.
