Projection VIP à l’IFC
Le hall de l’Institut français du Congo, à Brazzaville, vibrait d’effervescence lors de la projection très attendue de Rumba Royale, un long-métrage de 1 h 37 signé par les co-réalisateurs Yohane Dean Lengol et Hamed Mobasser.
Conçu en partenariat étroit avec l’IFC, l’évènement s’alignait sur la volonté de l’institution de mettre la création africaine au premier rang et d’offrir un espace où les Congolais racontent leur propre histoire sur grand écran.
Entre influenceurs, étudiants en cinéma et vétérans du septième art, la salle comble a accueilli un échange interactif avec l’équipe du film avant et après la projection, réveillant une vraie conversation sur la mémoire collective.
Un thriller musical entre passion et Histoire
Rumba Royale plonge le public dans Léopoldville de 1959, juste avant l’indépendance du Congo belge ; un décor où la musique devient autant un exutoire qu’un témoin des tensions politiques et identitaires qui bouillonnent.
Le club fictif qui donne son titre à l’œuvre devient le théâtre d’une tragédie amoureuse : le photographe Daniel voit son univers chavirer après l’assassinat d’Olive, la femme qu’il aime.
Le scénario, rythmé par des solos de guitares typiques de la rumba, mêle enquête, complot colonial et lutte pour la liberté, créant un thriller historique accessible autant aux cinéphiles qu’aux amateurs de musique.
Fally Ipupa, l’œil de Léopoldville
Star internationale de la scène musicale, Fally Ipupa troque sa guitare pour un appareil photo et incarne Daniel, regard sensible sur les nuits congolaises de l’époque ; un rôle qui souligne la polyvalence de l’artiste et son attachement aux racines.
Sur scène avant la projection, l’interprète a rappelé que le film est officiellement sorti le 12 décembre 2025, après des avant-premières à Paris, Bruxelles, Kinshasa, Brazzaville puis au Mali les jours précédents.
« C’est une manière de dire merci au public qui me suit aussi bien en musique qu’au cinéma », a glissé Fally Ipupa, convaincu que la rumba, patrimoine immatériel UNESCO, peut dialoguer avec le grand écran.
Regards croisés de Mélanie Bokata et Cécile Djunga
Dans la peau d’Olive, Mélanie Bokata confie avoir été touchée par une femme « en quête d’émancipation », figure emblématique d’une jeunesse congolaise rêvant de liberté à la veille de bouleversements politiques majeurs.
Cécile Djunga campe pour sa part Amandine, manageuse et directrice artistique du club, tiraillée entre loyauté familiale et résistance, illustrant subtilement la complexité des trajectoires féminines dans l’histoire coloniale.
Les deux comédiennes, ovationnées, ont souligné la fierté de participer à un projet qui rapproche symboliquement les deux rives du Congo autour d’un récit commun, mettant en avant la solidarité artistique régionale.
Les coréalisateurs et la parole africaine
Installé à Toronto, Yohane Dean Lengol retrouvait Brazzaville pour l’occasion et a rappelé son attachement à la ville où il vécut de 2001 à 2007, jugeant urgent que les Africains « relatent leurs propres histoires ».
Son complice iranien, Hamed Mobasser, voit dans la co-réalisation une passerelle créative Sud-Sud, convaincu que la diversité des regards peut renforcer la place du continent sur les plateformes internationales de streaming.
Tous deux ont insisté sur un tournage majoritairement africain, du casting aux techniciens, afin de développer localement des compétences durables et de nourrir un vivier de talents parfois contraint d’émigrer.
La rumba congolaise, patrimoine vivant
Inscrite au patrimoine culturel immatériel de l’UNESCO en 2021, la rumba devient ici personnage à part entière ; chaque séquence musicale souligne la fierté d’un héritage que le film souhaite transmettre aux nouvelles générations.
Le public brazzavillois a repris spontanément certains refrains diffusés en salle, preuve que la bande-son résonne déjà comme un tube voué à accompagner soirées, tiktoks et playlists urbaines des prochains mois.
Au-delà de l’ambiance, le choix de mettre la rumba au cœur du récit rappelle combien la musique a servi, hier comme aujourd’hui, de langage commun dépassant les frontières politiques et culturelles.
Calendrier de diffusion et attentes du public
Rumba Royale ambitionne désormais une tournée panafricaine appuyée par des projections-débats, tandis que les producteurs négocient une sortie sur plateformes afin de toucher la diaspora congolaise disséminée entre Europe et Amériques.
À Brazzaville, beaucoup espèrent que le succès critique encouragera des rediffusions en plein air, format très prisé par les jeunes, histoire de transformer l’énergie ressentie à l’IFC en véritable mouvement populaire.
Les discussions post-projection témoignent d’un public avide de contenus locaux de qualité, prêt à soutenir les créateurs qui valorisent l’identité congolaise sans renoncer à l’ambition internationale.
Au-delà du film, un élan pour l’industrie locale
Critiques et spectateurs s’accordent à dire que la production de Rumba Royale prouve la faisabilité de projets d’envergure tournés en Afrique centrale, malgré les défis logistiques souvent pointés par les professionnels locaux.
Les écoles audiovisuelles de Brazzaville, invitées à la projection, espèrent capitaliser sur cette réussite pour tisser davantage de partenariats et attirer des financements permettant de moderniser les plateaux et le matériel pédagogique local.
« Si la jeunesse voit que des histoires leur ressemblant peuvent rayonner, elle se sentira légitime à créer », résume une étudiante, soulignant l’importance de modèles inspirants pour dynamiser le secteur culturel et l’emploi créatif au Congo.
