L’effervescence du SAMEB 2024
Sous le grand chapiteau installé près du Palais des congrès de Brazzaville, la quatrième édition du Salon des métiers du bois fait vibrer la capitale. Curieux, décorateurs et investisseurs déambulent entre les étals, attirés par l’odeur du teck fraîchement poncé et les contours futuristes des créations.
Près de cent cinquante stands se relaient pour exposer meubles, objets d’art et accessoires. Le ministère des Petites et moyennes entreprises, organisateur principal, parle d’un record de participation salué comme un signal fort pour la relance créative du secteur.
« Nous voulons que chaque visiteur reparte avec l’idée qu’un produit de qualité peut naître ici même, à partir de nos essences locales », résume un responsable du comité d’organisation, soulignant la priorité accordée à la promotion des talents nationaux.
Valoriser le savoir-faire local
Sous une enseigne discrète, le menuisier Raoul Mayembé aligne lits sculptés et fauteuils aux finitions méticuleuses. « Cet espace nous ouvre des portes vers un public exigeant, habitué aux importations industrielles », glisse-t-il, convaincu que l’authenticité artisanale peut rivaliser avec les catalogues étrangers.
Les conversations autour de son stand tournent autour du prix juste : certains clients paient la signature, d’autres privilégient la durabilité. À chaque argument, Mayembé répond par la démonstration, frappant la surface du bois pour en montrer la robustesse.
En quelques heures, plusieurs commandes sont signées. Le menuisier prévoit déjà d’embaucher deux jeunes apprentis issus des écoles techniques de Makabandilou, preuve, selon lui, que l’artisanat peut générer de l’emploi qualifié.
Objets connectés et héritage traditionnel
À deux allées de là, Jaurès Bantsimba dévoile ses supports pour téléphones portables, taillés dans le doussié. Compact et élégant, l’accessoire répond aux usages numériques d’une génération mobile. « Ici, le design épouse la fibre moderne du pays », affirme le créateur, sourire franc.
Les visiteurs filment, partagent aussitôt sur les réseaux sociaux, conférant au SAMEB une portée virale inédite. Les influenceurs locaux saluent un produit « made in Congo » capable de trouver sa place dans les boutiques high-tech de Pointe-Noire ou de Kinshasa.
Le raphia n’est pas en reste. L’artiste Pascal Ngalibo expose tableaux, sandales et sacs entièrement tressés. Entre deux ventes, il rappelle que la fibre sèche provient d’un palmier non ligneux abondant, offrant une alternative appréciée par les défenseurs de la biodiversité.
Un moteur pour la diversification économique
Selon l’analyste Alphone Ndongo, le bois pèse aujourd’hui 5,6 % du produit intérieur brut, loin derrière l’or noir. « Mais c’est un secteur porteur d’emplois directs et d’exportations non pétrolières », précise-t-il, insistant sur la nécessité de renforcer la transformation locale.
Depuis deux ans, la Direction générale de l’économie forestière encourage les ateliers à passer de la simple planche brute à la création de valeur ajoutée. Les mesures incluent des facilités fiscales pour l’achat de machines de découpe de nouvelle génération.
Les jeunes entrepreneurs profitent également des incubateurs mis en place par l’Agence de développement des PME, qui propose mentorat et micro-crédits à taux réduits. « La filière bois montre qu’une économie verte peut rimer avec rentabilité », observe la directrice de l’agence.
Les banquiers présents au salon confirment un regain d’intérêt. Plusieurs ont signé des conventions de financement avec des coopératives d’ébénistes, misant sur des plans d’affaires axés sur l’export vers l’Afrique centrale et l’Europe.
Perspectives durables et inclusives
Filière historique du Congo jusqu’aux années 1970, le bois revient sur le devant de la scène dans un contexte de lutte mondiale contre le réchauffement. Les exposants l’ont compris : certificats de traçabilité et labels écologiques s’affichent désormais avec fierté sur les étiquettes.
Le Centre national d’inventaire et d’aménagement forestier rappelle que le pays bénéficie d’un taux de couverture forestière supérieur à 60 %. « Gérer plutôt qu’exploiter » devient le mantra, tout en garantissant des revenus décents aux populations riveraines.
Au-delà des chiffres, le SAMEB raconte une histoire de passion. Chaque artisan évoque l’arbre abattu avec gratitude, le coup de ciseau précis, la teinte à l’huile de palme. « Ce salon montre que tradition et modernité peuvent partager la même sève », résume un visiteur étudiant en design.
Quand les lumières du soir s’éteignent, le village des artisans reste animé. Autour des stands, des partenariats se nouent, des idées germent. Tous espèrent que la cinquième édition consolidera cette dynamique et fera du bois congolais un marqueur identitaire, économique et durable.
