Premiers accords d’une voix singulière
Dans la rumeur des quartiers sud de Brazzaville, une enfant trempait déjà ses chagrins dans la mélodie des guitares. Cette enfant, devenue Samantha Love Mercedes, nourrit aujourd’hui un rêve vaste : porter la signature congolaise sur les playlists mondiales à la faveur de textes percutants.
Rencontrée à Paris, où elle fignole son prochain EP, la chanteuse détaille une trajectoire faite d’obstination. Entre répétitions nocturnes et scènes indépendantes, elle affirme avoir peaufiné une esthétique mêlant rumba, afro rap et spoken word, puisée dans la sève des rues brazzavilloises.
Son entourage parle d’une artiste touche-à-tout, capable de passer d’un chœur gospel au slam le plus rugueux. « Samantha cherche à transmuter la douleur en lumière », confie son producteur, soulignant une écriture nourrie de poésie et d’engagement identitaire qui lui ouvre déjà diverses collaborations.
Des paroles qui giflent et consolent
Qu’elle chante en français, en lingala ou qu’elle glisse quelques lignes en anglais, Samantha module sa voix comme un griot urbain. Ses chansons parlent d’exil intérieur, de résilience féminine et de fierté panafricaine, sans jamais sombrer dans la leçon moralisatrice ni l’hymne plaintif.
Sur scène, elle déclame souvent le refrain avant l’instrumental, accrochant le public par la seule force du verbe. « Je veux que mes mots précèdent le beat, pour que les cœurs comprennent avant les corps », explique-t-elle, citant la poétesse américaine Audre Lorde parmi ses influences majeures de sa jeunesse.
Cette écriture frontale n’empêche pas la tendresse. Dans son titre encore inédit, Masi, elle murmure une berceuse en lingala à un enfant qui doute, avant de conclure sur un pont rap revendicatif. Un équilibre qui lui attire l’admiration d’une audience virtuelle déjà organisée en fanbase.
Un laboratoire sonore entre Brazzaville et Paris
Installée actuellement dans le XIXe arrondissement parisien, l’artiste partage son temps entre les studios analogiques et les jam-sessions afro-electro. Elle y expérimente des textures de percussions congolaises samplées, superpose des chœurs d’église à des synthés trap, cherchant la vibration qui franchira les frontières.
Cette quête se nourrit aussi de collaborations. Le beatmaker ivoirien Dr Koff, le saxophoniste marocain Youssef Rhani et le collectif congolais Nsango Afro-Lab ont chacun posé leurs empreintes sur les maquettes. Leur objectif commun : créer un son « flycase-ready », transportable sur n’importe quelle scène mondiale.
Le mixage final est prévu dans un studio versaillais réputé pour ses consoles vintage. « Le grain chaleureux des bandes analogiques épouse la modernité de nos beats », ajoute l’ingénieur du son, persuadé que cet alliage fera l’originalité d’un premier EP annoncé avant la fin d’année.
Objectif festivals et streaming massif
Samantha veut inscrire son nom sur les affiches des grands rendez-vous live. Des démarches sont en cours auprès du Festival Sur Le Niger, du Jazz On The Dune de Dakhla et du célébrissime Afropunk Brooklyn. En parallèle, une tournée africaine est envisagée avec un passage attendu à Pointe-Noire.
Côté plateformes, un partenariat de distribution numérique avec Tunecore garantit déjà une sortie simultanée sur Spotify, Boomplay et YouTube Music. L’équipe mise sur les playlists afro-fusion pour déclencher les premiers algorithmes viraux, puis sur des défis TikTok pilotés par des influenceurs congolais très suivis dans la diaspora globale.
Le label indépendant Brazzaville Vibes, cofondé par l’animateur radio Marlon Kodia, assure la promotion. « Nous voulons montrer qu’un artiste né sur la rive droite du fleuve peut briller sans compromis », souligne Kodia, rappelant que le streaming représente désormais la plus grande part des revenus musicaux.
Un miroir pour la génération Z congolaise
Dans les résidences universitaires comme sur les messageries instantanées, les extraits de Samantha circulent déjà. Les étudiants saluent une artiste qui parle de santé mentale, de pression sociale et de féminité sans filtre. Beaucoup se reconnaissent dans sa navigation entre tradition et culture pop numérique.
Les jeunes créateurs de contenu voient en elle un catalyseur de challenges viraux à la congolaise. « Sa musique donne envie de danser et de réfléchir en même temps », confie Vanessa, 22 ans, vidéaste à Makélékélé, qui prépare déjà un clip collectif tourné sur les marches du Palais des Congrès.
Pour le sociologue de la culture Urbain Bemba, cette appropriation rapide rappelle l’émergence du hip-hop local au début des années 2000. Il note toutefois que, portée par le haut débit et la diaspora, la vague actuelle se déploie plus vite et accepte davantage de métissages sonores que renforcent les réseaux.
Le rêve audiovisuel et pont culturel
Au-delà des festivals, la chanteuse confie viser des placements dans les bandes originales de séries africaines diffusées sur Netflix, voire dans les productions Nollywood. « La musique congolaise mérite la lumière des écrans », affirme-t-elle, espérant que son futur album servira de passerelle audiovisuelle.
Son équipe envisage même un pont culturel inversé : inviter des chanteurs afro-américains à enregistrer à Brazzaville. « Les studios du quartier Talangaï résonnent d’une chaleur unique », assure Samantha. Offrir ce décor, dit-elle, prouverait que l’innovation ne vient pas uniquement des grandes capitales occidentales et placerait le Congo devant.
