Un salon devenu catalyseur économique
Sous les voûtes du Palais des congrès de Brazzaville, le quatrième Salon international de l’artisanat, de la machine et du bois — SAMEB 2025 — déroule ses allées feuillues. L’événement, ouvert le 11 août, ambitionne de transformer le bois congolais en moteur d’une croissance durable.
Né en 2017, le salon s’est imposé comme une vitrine des politiques publiques orientées vers la diversification économique voulue par le président Denis Sassou Nguesso. En rassemblant artisans, industriels et financeurs, le SAMEB illustre l’idée qu’une nouvelle valeur ajoutée peut naître loin des hydrocarbures.
Les ambitions gouvernementales
Au cours de la cérémonie d’ouverture, la ministre des PME et de l’Artisanat, Jacqueline Lydia Mikolo, a pointé « la nécessité de consommer congolais pour créer un cercle vertueux d’emplois ». Son message soutient les mesures fiscales déjà accordées aux transformateurs de bois de deuxième et troisième niveau.
Le ministère des Forêts rappelle que le pays dispose de plus de 22 millions d’hectares de couvert forestier. Selon ses données, seuls 15 % sont actuellement exploités, ce qui laisse un espace stratégique pour développer des activités certifiées, respectueuses des normes environnementales et génératrices de revenus locaux.
Créativité locale, marché global
Des stands saturés de parfums de limba et d’acajou offrent des œuvres où le design contemporain flirte avec les traditions bantoues. Menuisiers, sculpteurs et créatrices de vannerie mettent en avant des modèles conçus pour répondre aux goûts d’une clientèle africaine, européenne ou asiatique de plus en plus exigeante.
La plateforme sert aussi de bourse des matières premières. Les fournisseurs proposent des lames de bois certifiées FSC, tandis que des start-up locales présentent des résines biosourcées pour remplacer les colles importées. Cet écosystème réduit les coûts et sécurise les commandes des jeunes fabricants.
De nombreux visiteurs découvrent que des bijoux en bois d’ébène, vendus à Paris pour cent euros, sont façonnés dans la périphérie de Brazzaville pour cinq fois moins. « Notre défi est de garder la finition haut de gamme ici », explique le designer Didier Malonga.
Des partenariats en pleine expansion
Cette année, le Maroc, l’Angola, la Namibie et la RDC ont répondu présent. Le pavillon marocain expose des machines à commande numérique capables de sculpter une chaise en trente minutes. Des démonstrations séduisent déjà plusieurs coopératives féminines venues de Pointe-Noire et de la Cuvette.
Côté financement, trois banques commerciales ont signé des protocoles d’intention afin de créer une ligne de crédit spéciale Artisanat à taux préférentiel. « Nous misons sur les petites séries pour amortir rapidement les prêts », indique Steve Ngoma, chargé du portefeuille PME à la BGFI Bank Congo.
La coopération technique est également sollicitée. L’Agence française de développement étudie un projet de fab-lab bois dans la banlieue nord, tandis que l’Organisation internationale du Travail propose des modules pour formaliser les très petites entreprises, souvent familiales, qui constituent 80 % du tissu artisanal national.
Enjeux pour la jeunesse congolaise
Le chômage affecte encore un jeune sur trois, selon l’Institut national des statistiques. Pour beaucoup d’entre eux, le bois représente plus qu’une matière première : c’est un passeport professionnel. Des écoles telles que le Lycée technique de Massengo envoient leurs élèves pour des ateliers pratiques au salon.
« Je veux lancer ma marque de mobilier éco-design avant mes trente ans », confie Chancelle Moutuaba, 24 ans, étudiante en architecture. Elle estime que l’accès direct aux fournisseurs et aux machines sur le SAMEB raccourcit le temps entre idée, prototype et mise sur le marché.
Les responsables du salon ont instauré un concours baptisé Wood & Tech Challenge. Les lauréats recevront des licences logicielles et un accompagnement juridique de douze mois pour protéger leurs modèles. Un moyen, selon eux, de freiner la contrefaçon et de stimuler la propriété intellectuelle locale.
Une approche respectueuse de l’environnement
Les organisateurs martèlent que la croissance ne peut être dissociée de la durabilité. Chaque exposant doit afficher l’origine légale du bois et s’engager à replanter. Des QR codes permettent aux visiteurs de vérifier instantanément la traçabilité de la matière première.
Parallèlement, un atelier animé par le Programme des Nations unies pour le développement présente les options de compensation carbone. Il s’agit pour les entreprises de financer des plantations communautaires dans les plateaux Batéké afin de neutraliser les émissions liées au transport des marchandises exposées.
Perspectives à court terme
Le comité d’organisation table sur 70 000 visiteurs d’ici le 25 août, soit 15 % de plus que l’an passé. Si ce chiffre est atteint, le chiffre d’affaires global des exposants pourrait dépasser 4 milliards de francs CFA, d’après une première estimation interne.
Mais les organisateurs insistent : l’indicateur clé restera le nombre de contrats fermes signés. En coulisses, plus de quarante mémorandums seraient en négociation, dont deux concernant la création d’un centre de finition haute définition à Oyo dès 2026.
Pour atteindre ces objectifs, une task force mixte entre ministères, chambres consulaires et associations d’artisans sera constituée dès septembre. Il lui reviendra de suivre l’implémentation des accords, de soutenir la certification forestière et d’étendre la formation aux métiers numériques liés à la filière bois.
