SMIB 2023 : un anniversaire très attendu
Dans la moiteur d’août, Brazzaville ajuste déjà ses baskets : le 14, le Semi-Marathon International de Brazzaville célébrera sa 20ᵉ édition, symbole d’un rendez-vous que les amateurs de foulées considèrent comme la fête populaire la plus rythmée de l’athlétisme congolais.
Vingt années plus tôt, seuls quelques coureurs locaux parcouraient les artères poussiéreuses du centre-ville; aujourd’hui, soixante-quinze athlètes, des révélations estudiantines aux professionnels aguerris, s’aligneront au départ, donnant au bitume la résonance d’un véritable carrefour intercontinental.
Lion d’Or orchestre une affiche relevée
Le plateau a été annoncé par l’Association multisports Lion d’Or, structure portée par José Cyr Ebina, dont l’obsession affichée consiste à transformer chaque édition du SMIB en laboratoire de détection et de promotion du talent africain.
Pour muscler l’événement anniversaire, Lion d’Or a convaincu Léonard Ntala, icône de l’endurance congolaise vivant en Afrique du Sud, d’enfiler le costume de coach principal. Son palmarès, dont une médaille d’argent au semi-marathon de Libreville 2004, parle aux puristes.
Léonard Ntala, entre héritage et méthode
L’ex-coéquipier du célèbre Kolombo Muenze, vice-champion du marathon de France 1996, arrive avec une méthode forgée dans les sentiers escarpés de Mbanza-Ngungu. Aux journalistes, il confie vouloir « insuffler rigueur et confiance à une génération qui demande juste un couloir pour s’exprimer ».
Sa délégation se lit comme une carte postale du fleuve Congo, mêlant talents de Brazzaville à leurs homologues de Kinshasa. Jadis séparés par la simple largeur d’eau, les deux rives se rapprochent, profitant du sport pour dialoguer sans microphone diplomatique.
Brazzaville-Kinshasa, un peloton bicolore
Côté congolais, la promesse la plus commentée s’appelle Grâce Mawawa, 23 ans, étudiante en sciences et championne universitaire des 10 kilomètres. Chez les Kinois, on surveille Patrick Ilunga, vendeur de téléphones le jour et phénomène du chrono la nuit.
Si la parité totale n’est pas encore atteinte, l’organisation assure avoir inscrit trente-deux femmes au peloton, soit une progression de 15 % par rapport à l’édition 2022. Un pas que les collectifs féminins saluent comme un « souffle nouveau pour nos rues ».
Technologie, sécurité et tracé urbain
Au-delà des allures, la 20ᵉ édition teste aussi un dispositif logistique modernisé. Des puces électroniques suivront chaque concurrent, permettant aux supporters de recevoir les temps intermédiaires sur smartphone. Une première locale qui place Brazzaville dans la tendance mondiale de l’athlétisme connecté.
Le tracé demeure inchangé : départ avenue des Trois-Martyrs, boucle vers Poto-Poto, incursion sur l’avenue de l’OUA puis conclusion au stade Alphonse Massamba-Débat. Les autorités municipales assurent une circulation fluidifiée, rappelant que la sécurité sanitaire restera prioritaire.
Un centre sport-études pour semer l’avenir
Pour José Cyr Ebina, le SMIB n’est qu’un chapitre. En septembre, il ouvrira au stade annexe un Centre de formation et d’insertion sport-études, projet « maison » destiné à marier performance et excellence scolaire. Les inscriptions ciblent prioritairement les 12-18 ans.
L’idée découle des 72 heures du Mayombe Ecorun d’avril dernier, où plusieurs lycéens ont surpris les entraîneurs. « Nous avons compris qu’un suivi continu valait mieux qu’un trophée ponctuel », explique Ebina, qui attend désormais l’appui des familles pour pérenniser l’initiative.
Selon la Direction départementale des Sports, le futur centre pourrait accueillir cent pensionnaires la première année. Des partenariats avec des établissements techniques sont annoncés afin de garantir des cours d’informatique, d’anglais et d’entrepreneuriat en parallèle des séances sur piste.
Impact économique et soutien institutionnel
Le segment économique n’est pas oublié. Hôtels, vendeurs ambulants et artisans anticipent une affluence accrue ce week-end. La Chambre de commerce estime la dépense moyenne d’un coureur étranger à 450 dollars, générant une micro-dynamique appréciable pour les PME locales.
Les observateurs notent aussi l’engagement des institutions publiques, qui fournissent encadrement médical et accompagnement logistique. « Le sport reste un levier d’unité nationale et de rayonnement international », synthétise un responsable du ministère de la Jeunesse interrogé en marge des préparatifs.
Records, réseaux et ambitions 2024
Reste enfin la question des performances chronométriques. Le record du parcours, 1 h 03 min 15 s, date de 2018. Ntala ne promet rien, mais glisse un sourire : « Les jambes parleront. Nous voulons surtout que chaque participant franchisse l’arche avec le sentiment d’avoir grandi ».
Au soir du 14 août, qu’il pleuve ou que le ciel brazzavillois s’embrase, la 20ᵉ bougie du SMIB éclairera surtout la trajectoire d’une jeunesse qui court vers l’avenir. Entre bitume et diplômes, la ligne d’arrivée pourrait bien être un point de départ.
Depuis juin, les groupes d’entraînement se retrouvent à l’aube sur le boulevard Denis-Sassou-Nguesso. Vidéos TikTok à l’appui, ils partagent séances de gainage et étirements, créant une communauté virtuelle qui motive au-delà des frontières et attire déjà des curieux de Pointe-Noire au Gabon.
Les organisateurs envisagent déjà 2024, année olympique. L’idée serait d’adjoindre au semi-marathon un 5 km caritatif soutenu par des artistes locaux, histoire de mélanger vibraphone et foulées. « Brazzaville doit redevenir une capitale sportive continentale », martèle Ebina, volontairement ambitieux.
Un comité d’experts analysera aussi la qualité de l’air pendant la course, signe que la performance ne s’évalue plus uniquement au chrono.
