Session criminelle ouverte à Impfondo
Impfondo s’est réveillée sous le signe de la justice lundi 4 décembre, lorsqu’a retenti la cloche annonçant l’ouverture officielle de la session criminelle du Tribunal de grande instance. L’événement, orchestré par la Cour d’appel de Ouesso, a rassemblé magistrats, juristes, notables et habitants curieux.
Dans la salle d’audience baignée de lumière tropicale, le président de la Cour a rappelé que ces assises incarnent l’un des moments phares de la vie judiciaire nationale : le temps où la société interroge les actes les plus graves et réaffirme son attachement à l’État de droit.
À ses côtés, l’avocat général Me Vaudrich Itoua Lawagna a officiellement lancé la session, saluant l’appui constant des autorités locales et l’engagement du personnel judiciaire. Les applaudissements polis qui ont suivi soulignaient l’importance accordée à la tenue régulière de ces audiences pour la confiance collective.
Affaires sensibles à la barre
Selon Me Gabriel Ngoua, substitut du procureur, le rôle de la cour sera dense : coups et blessures volontaires ayant entraîné la mort sans intention, viols, mais aussi un dossier de meurtre qui a marqué les esprits dans les villages riverains de la Sangha.
Chaque affaire sera traitée avec l’attention requise, promet le magistrat, qui rappelle que « la justice n’est pas qu’une institution, elle est un visage humain ». Les collecteurs de témoignages ont sillonné Bétou, Enyellé et Bouanéla pour rassembler preuves matérielles et auditions de témoins parfois réticents.
Six citoyens endossent la toge de juré
Moment solennel : six jurés tirés au sort parmi la population ont prêté serment. Droite main levée, ils ont juré de juger sans haine ni crainte. Parmi eux, une institutrice, un commerçant et un étudiant symbolisent la place accordée aux voix civiles dans l’architecture judiciaire.
Leur formation express, supervisée par le greffe, a présenté les principes de l’oralité des débats, la présomption d’innocence et la responsabilité citoyenne. « Nous sommes conscients du poids qui repose sur nos épaules », confie la jurée Séraphine Mombouli, visiblement émue par la confiance placée.
Les autorités locales en première ligne
Le préfet de la Likouala, Jean Pascal Koumba, a salué « un moment fort pour l’équilibre social ». Sa présence, aux côtés de responsables civils et militaires, illustre la synergie entre administration territoriale et appareil judiciaire, gage de sécurité juridique pour les investisseurs et les familles.
Dans les couloirs, les avocats rappellent que la tenue régulière des sessions, déjà observée en 2023 puis programmée pour 2025, répond aux directives nationales visant à moderniser la justice de proximité. Moins de dossiers en attente signifient des détentions provisoires plus courtes et des droits mieux protégés.
Un acquis : la réduction des arriérés
Les statistiques communiquées par le parquet indiquent qu’entre 2021 et 2023, le stock d’affaires criminelles non jugées a baissé de 40 %. L’effort conjugué des magistrats itinérants et des greffiers informatisés contribue à écourter les délais, soulageant victimes et prévenus.
Me Itoua Lawagna souligne l’importance des audiences correctionnelles foraines menées dans les zones enclavées. « Lorsque la justice vient au citoyen, la confiance grandit », explique-t-il. À Impfondo, cette dynamique se traduit par une meilleure remontée d’informations et un réseau d’assistants judiciaires plus présent sur le terrain.
Attentes populaires et messages de prudence
Dans le marché central, les conversations tournent autour des audiences. Chacun espère une sanction exemplaire contre les violences domestiques. « La justice doit nous protéger, pas seulement punir », glisse Rosalie, vendeuse de poisson fumé, convaincue que la pédagogie judiciaire changera les comportements.
Les ONG locales, actives dans la sensibilisation, suivent également le calendrier. Elles comptent relayer les décisions rendues afin de renforcer la dissuasion. Pour elles, voir des jurés issus du peuple contribue à démystifier la justice et à donner une image plus proche des réalités.
Du côté des familles de victimes, l’émotion demeure. Certaines ont parcouru plusieurs centaines de kilomètres en pirogue pour assister aux débats. Les autorités locales ont prévu un dispositif d’hébergement temporaire afin d’éviter que les contraintes logistiques n’entravent leur droit légitime à la vérité judiciaire.
Perspectives pour la justice congolaise
À terme, la numérisation intégrale des greffes, prévue dans le Plan national de développement, devrait fluidifier encore la chaîne pénale. Les magistrats d’Impfondo espèrent disposer d’ici deux ans d’un enregistrement audio des débats, outil capital pour la transparence et la formation des nouveaux juristes.
En attendant, la session ouverte ce 4 décembre rappelle que la justice demeure un chantier permanent, mais en marche. Les prochains verdicts, prévus courant janvier, fixeront le tempo de l’année judiciaire 2024 et nourriront, espèrent tous, la confiance essentielle à la cohésion sociale.
La défense plaide l’équilibre des droits
Maître Martino Bamanga, inscrit au barreau de Brazzaville mais originaire d’Impfondo, insiste sur le respect du contradictoire : « Nous veillerons à ce que chaque accusé puisse se défendre dignement, car une justice crédible protège autant l’innocent que la victime devant une salle attentive et toujours exigeante », déclare-t-il.
Pour la défense, l’accès aux dossiers numérisés constitue déjà un progrès notable. « Recevoir par voie électronique les procès-verbaux d’enquête nous fait gagner du temps et évite les pertes de pièces », ajoute-t-il, souhaitant que l’expérience d’Impfondo inspire les autres juridictions de l’intérieur dans la prochaine vague de modernisation.
