Sondage Odoxa : Bardella en tête
Le dernier baromètre Odoxa–Mascaret, réalisé les 19 et 20 novembre 2025 pour Public Sénat et plusieurs titres régionaux, secoue le paysage politique français. Avec 39 % d’opinions favorables, Jordan Bardella progresse de trois points en un mois et caracole largement en tête des intentions de vote pour 2027.
Le président du Rassemblement national profite d’un soutien quasi unanime dans son camp : 97 % des sympathisants RN valident son leadership, un record rarement observé dans les annales de l’institut. Même hors de son électorat, son image s’est normalisée, profitant d’une exposition médiatique soutenue.
À dix-huit mois de l’échéance, ce taux d’adhésion offre au jeune patron du parti un momentum précieux. Il distance nettement Marine Le Pen, restée stable à 35 %, et consolide l’idée qu’il est déjà le prétendant naturel du camp national à l’Élysée.
Des duels où il distance ses rivaux
Odoxa a testé quatre face-à-face potentiels. Dans un duel contre l’ancien Premier ministre Édouard Philippe, Bardella l’emporterait par 53 % contre 47 %. L’écart grimpe à 58 % face à Raphaël Glucksmann, tête de la gauche sociale-démocrate.
Contre Gabriel Attal, figure de la majorité présidentielle Renaissance, le score annoncé est de 56 %. C’est cependant face à Jean-Luc Mélenchon que l’écart devient abyssal : 74 % des intentions pour Bardella, laissant le leader insoumis à 26 %.
En avril dernier, la même enquête donnait pourtant Philippe vainqueur. Le retournement souligne la volatilité d’un électorat français en quête de repères, mais aussi la capacité du RN à élargir son spectre au-delà de ses bastions traditionnels.
Succession de Marine Le Pen et stratégie RN
La possible inéligibilité de Marine Le Pen, en appel en janvier prochain, place son protégé face à un boulevard. Dans l’entourage de Bardella, on avance que « la transition est déjà engagée », soulignant son style plus policé, jugé compatible avec la fonction présidentielle.
Le jeune président table sur une combinaison d’ancrage territorial, avec des tournées ciblées dans les villes moyennes, et de rythme numérique intense sur TikTok et Instagram. Cette double stratégie séduit l’électorat de 18-35 ans, le même qui constitue le cœur de nos lecteurs.
Pour l’enseignant-chercheur Marcel Ngokabi, spécialiste des populismes à l’Université Marien-Ngouabi, « Bardella illustre la mue d’un RN qui cherche à gommer les aspérités historiques pour paraître gestionnaire. La difficulté viendra de traduire cette image en programme crédible sur l’économie ».
Prudence face aux prédictions hâtives
Gaël Sliman, président d’Odoxa, rappelle que « les intentions de vote si loin de l’échéance ne prédisent rien ». Les exemples de Balladur en 1995 ou de Jospin en 2002 rappellent qu’un favori peut trébucher sur l’imprévu d’une campagne longue.
Les candidats testés ne sont pas encore déclarés. Les primaires, crises ou faits divers peuvent rebattre les cartes. Un scandale, des gilets jaunes nouvelle génération ou une surprise diplomatique pèsent toujours sur la courbe.
Pour le moment, Bardella capitalise surtout sur une visibilité portée par les réseaux sociaux et la relative discrétion de ses adversaires. L’important pour le RN sera de maintenir cet élan sans susciter de rejet, ni réveiller le « plafond de verre » redouté depuis trente ans.
Lecture pour la jeunesse congolaise
Pourquoi ce feuilleton intéresse-t-il autant Brazzaville et Pointe-Noire ? D’abord parce que la France demeure un partenaire économique majeur. L’issue de 2027 pèsera sur les visas étudiants, la politique de la Francophonie et la coopération au développement.
Ensuite, la poussée d’un candidat né après 1990 résonne avec une jeunesse congolaise avide de renouvellement politique. Sur TikTok, les contenus où Bardella débat cartonnent déjà, partagés dans les cafés Wi-Fi de Poto-Poto ou Mayoko.
Enfin, observer les stratégies digitales françaises offre des leçons pour nos propres partis, encore timides sur Instagram Reels ou WhatsApp Business. L’ascension éclair de Bardella rappelle qu’un message calibré pour mobile peut renverser la hiérarchie en quelques mois.
Impact sur le paysage européen
Au-delà de l’Hexagone, une victoire de Bardella reconfigurerait les équilibres au Parlement européen. Avec un président aligné sur la ligne souverainiste, les négociations budgétaires, la politique migratoire et la transition énergétique prendraient une coloration nouvelle.
Les partis frères du RN, de la Lega italienne au Parti pour la liberté néerlandais, y voient déjà un scénario crédible. Un axe renforcé pourrait peser sur les choix stratégiques de Bruxelles, et par ricochet sur les accords conclus avec les pays d’Afrique centrale.
Pour l’analyste Thérèse Mavoungou, « un éventuel président Bardella redéfinirait la place de la France, mais ses premiers mois seraient scrutés : entre doctrine souverainiste et intérêts économiques, la marge de manœuvre reste étroite ».
