Le thriller made in Pointe-Noire affole les réseaux
Salle comble, applaudissements nourris, stories Instagram en rafale : l’avant-première de Traque, la vengeance de Patricia a transformé le hall du cinéma Vox en volcan d’émotions le 27 décembre à Pointe-Noire.
À l’écran, 80 minutes de suspense et de fantastique posent une question brûlante : quelles cicatrices laissent la violence faite aux femmes et la délinquance juvénile sur plusieurs générations ?
Le réalisateur Barthel Pandzou, la plume d’Harvin Isma et une équipe 100 % congolaise livrent ainsi un film-concept qui assume ses ambitions sociales autant que son envie de faire vibrer le public.
Cinq ans de tournage, une forêt devenue personnage
Tournée dans une clairière isolée à quelques kilomètres de la côte, l’histoire s’est nourrie de l’atmosphère réelle du lieu : brouillard matinal, murmures nocturnes et légendes que les pêcheurs préfèrent taire.
Barthel Pandzou confie avoir étalé la production sur cinq années pour capter chaque saison, mais aussi pour permettre aux jeunes acteurs, pour la plupart amateurs, de grandir en même temps que la tension narrative.
La forêt n’est plus un décor ; elle devient entité vengeresse, gardienne des non-dits de la société et miroir de la culpabilité des protagonistes.
L’équipe a utilisé une caméra Blackmagic Pocket et un drone grand-angle, équipements légers qui ont permis d’explorer les cimes sans gêner la faune, preuve qu’on peut allier respect de l’environnement et exigence artistique.
Violences de genre : le message derrière l’horreur
Le pitch est simple : Patricia, jeune étudiante agressée par cinq voyous, meurt sous les coups mais son esprit réclame justice en hantant ses bourreaux.
En illustrant la spirale de la violence, le film rappelle que le silence protège toujours les agresseurs et isole les victimes.
« Nous portons la voix des sans-voix », insiste le réalisateur, espérant « ouvrir un débat sain et apaiser les colères avant qu’elles ne se transforment en tragédie ».
Selon une note du ministère de la Promotion féminine, une femme sur trois subit une forme de violence au Congo ; le film s’inscrit donc dans la stratégie nationale de sensibilisation via la culture et les médias.
Une projection électrique saluée par le public
Dans la salle, chaque gémissement de branche faisait frissonner l’assemblée ; les cris étouffés déclenchaient des sursauts ; un effet de son spatial a même poussé certains à quitter momentanément leurs sièges.
Ottounou, 22 ans, témoigne : « C’est la première fois que je vois un thriller congolais de cette ampleur ; je suis fière, ça montre notre potentiel ».
Sur TikTok, le hashtag #TraqueFilm cumulait déjà des milliers de vues avant la fin du générique, preuve d’un bouche-à-oreille ultra-rapide parmi les jeunes urbains.
Certains spectateurs, encore sous le choc, ont attendu le générique final pour aller serrer les acteurs dans leurs bras, témoignant d’un mélange rare de peur, de soulagement et de fierté patriotique.
Soutiens institutionnels et appels à la responsabilité
Invité à prendre la parole, Hermann Bergerac Mapaha Boukoumou, directeur départemental de la Jeunesse, a félicité l’équipe et rappelé que « chaque mauvais choix aujourd’hui peut briser un avenir prometteur ».
De son côté, Sylvestre Didier Mavouenzela, président de la Chambre de commerce de Pointe-Noire, voit dans le projet une vitrine pour l’économie créative locale capable d’attirer investisseurs et touristes.
Les deux responsables appellent la jeunesse à transformer l’émotion ressentie devant le film en actions concrètes : respect d’autrui, engagement citoyen et entrepreneuriat culturel.
La présence de chefs d’entreprise au premier rang confirme l’intérêt économique pour un secteur audiovisuel capable de générer des emplois, de la formation et des retombées touristiques dans la région.
Après l’avant-première, quelle route pour Traque ?
Dès janvier, les distributeurs prendront le relais pour programmer le film dans les salles de Brazzaville, Dolisie et Ouesso, puis négocier une diffusion sur les plateformes africaines de vidéo à la demande.
L’équipe espère aussi des sélections en festivals panafricains, voire à Ouagadougou ou Carthage, afin d’ancrer la production congolaise dans le circuit international.
Si le public suit, Traque pourrait ouvrir une ère où les réalisateurs locaux abordent sans complexe la fiction de genre tout en traitant de grands enjeux de société.
Un partenariat est à l’étude avec l’Institut français pour organiser des ciné-débats où psychologues et juristes répondront aux questions du public sur la protection des victimes.
Barthel Pandzou planche déjà sur un prequel centré sur le destin de Patricia avant l’agression, preuve que la franchise pourrait s’étendre tout en approfondissant sa dimension éducative.
Marketing digital : le bouche-à-oreille 2.0
Avant même la bande-annonce, l’équipe avait lâché sur WhatsApp des photos mystérieuses de traces de pas ensanglantées, alimentant les théories des internautes et créant une attente quasi virale dans les groupes étudiants de l’Université Marien-Ngouabi.
Une semaine plus tard, un challenge TikTok invitait les utilisateurs à mimer le cri de Patricia dans un décor sombre ; les vidéos cumulées ont dépassé 500 000 vues, démontrant la puissance de la créativité locale quand elle s’appuie sur les plateformes mobiles.
Grâce à ce dispositif low-cost, le film a gagné une visibilité que seuls les blockbusters étrangers obtiennent, prouvant que l’ingéniosité prime sur les gros budgets.
