Trois visages pour un même message
Dans la fraîcheur matinale du Palais du Peuple, la solennité du cérémonial a rappelé combien la diplomatie reste d’abord un langage de symboles. Successivement, Maria Del Carmen Diez Orejas pour l’Espagne, Jeong Hong Geun pour la République de Corée et Said Juma Mshana pour la Tanzanie ont remis leurs lettres de créance au chef de l’État congolais. À travers ce rite hérité des cours européennes, chaque État confirme son intention de développer des relations de confiance avec Brazzaville, au moment où le Congo ajuste sa stratégie de diversification de partenariats.
Consolidation des liens bilatéraux
L’Espagne, membre influent de l’Union européenne et partenaire historique de l’Organisation internationale de la Francophonie, entend, selon sa nouvelle ambassadrice, « soutenir les initiatives congolaises dans l’économie verte et la culture ». Cette ouverture intervient alors que Madrid renforce sa présence en Afrique centrale via ses instruments de coopération décentralisée.
Pour Séoul, la séquence revêt une portée stratégique. Les échanges commerciaux entre la Corée du Sud et le Congo ont franchi le seuil des 100 millions de dollars en 2022, principalement dans les secteurs des télécommunications et du BTP. Jeong Hong Geun table sur « l’essor numérique pour rapprocher nos jeunesses », un positionnement compatible avec le Programme de société digital du Congo.
La Tanzanie, quant à elle, mise sur la consolidation d’un axe d’intégration Sud-Sud. Hôte du port de Dar es-Salaam, clé d’accès à l’océan Indien, le pays d’Afrique de l’Est propose une coopération logistique et agricole destinée à fluidifier les corridors commerciaux régionaux. Said Juma Mshana a évoqué « l’urgence de valoriser nos complémentarités naturelles, du manioc au manganèse ».
Le protocole diplomatique réaffirmé
Le Congo, signataire de la Convention de Vienne, attache une importance particulière à la rigueur protocolaire. En recevant ses hôtes dans le strict respect des précédences, le président Denis Sassou Nguesso a réaffirmé sa volonté de maintenir une approche équilibrée entre partenaires du Nord et du Sud. « La constance institutionnelle est la meilleure carte de visite d’un pays », observe le politologue Arsène Moukassa, rappelant que la stabilité offerte par Brazzaville demeure un atout dans un environnement régional mouvant.
Perspectives économiques et technologiques
Les trois chancelleries convergent sur un point : l’économie de la connaissance constitue le prochain terrain de coopération. L’Espagne propose des bourses en tourisme durable, la Corée des incubateurs pour start-ups fintech, tandis que la Tanzanie suggère des programmes croisés en agritech. Ces initiatives épousent les priorités du Plan national de développement 2022-2026, qui cible la création d’emplois qualifiés pour la jeunesse urbaine. L’économiste Béatrice Issamboud, jointe par téléphone, estime que « le capital humain sera le juge de paix de ces partenariats ».
Un souffle panafricain de coopération
Au-delà des annonces, l’arrivée groupée de diplomates issus de trois continents illustre la recherche d’un multilatéralisme pragmatique. Elle intervient à la veille du Sommet sur les trois bassins forestiers, que Brazzaville prépare activement. Dans ce contexte, la voix combinée de l’Espagne au sein de l’Union européenne, de la Corée du Sud dans l’OCDE et de la Tanzanie au sein de la Communauté d’Afrique de l’Est pourrait renforcer le plaidoyer congolais pour une finance climat plus équitable. Le diplomate congolais Paul Samba résume l’enjeu : « Nos partenaires changent, notre ambition demeure : faire du Congo un pont, non une périphérie ».
