Une première édition très attendue
Sous un soleil matinal, le campus central de l’Université Marien-Ngouabi a vibré deux jours durant grâce à la première Voquart Class, tenue les 4 et 5 décembre. L’initiative a réuni près d’une centaine de jeunes issus des neuf arrondissements de Brazzaville.
Au cœur du grand amphithéâtre, smartphones levés et notes numériques ouvertes, les participants ont plongé dans le thème « Créer les conditions de son autonomie grâce à Internet », décliné en ateliers interactifs et témoignages inspirants.
Pour beaucoup, l’événement sonnait comme une première immersion concrète dans les possibles du numérique, loin des clichés de simple divertissement en ligne.
L’Internet, levier d’autonomie pour la jeunesse
En ouverture, Kimia Mimpongo, responsable communication de Voquart, a martelé que l’éducation moderne se nourrit d’audace et de data. « Avec un téléphone, on vend sans boutique, on apprend sans professeur et on travaille sans bureau », a-t-elle lancé, secouant l’assemblée.
Selon la communicante, l’autonomie n’est plus un horizon brumeux mais une combinaison de compétence, discipline et choix quotidien. Elle a invité chacun à considérer son fil d’actualité comme un tableau de bord professionnel, pas seulement un espace de likes.
Les ateliers animés par de jeunes codeurs, infographes et créateurs de contenus ont montré, tutoriel à l’appui, comment monétiser une boutique Facebook, sécuriser un portefeuille mobile money ou décrocher un contrat freelance international depuis un café-wifi de Poto-Poto.
Un mini-sondage réalisé en direct via un QR code a révélé que 62 % des participants souhaitent lancer une activité en ligne dans l’année, tandis que 28 % visent un emploi dans une startup locale. Seuls 10 % n’avaient pas encore de projet précis.
Ces chiffres, commentés par une data-analyste venue de l’incubateur Mak-Créa, confirment la dynamique décrite par la Banque mondiale, qui estime que le secteur numérique pourrait générer 5 000 emplois supplémentaires au Congo d’ici trois ans si les infrastructures suivent.
« L’Internet est un accélérateur d’opportunités et de revenus pour qui l’utilise à bon escient », a rappelé Clanel Okana du Conseil consultatif de la jeunesse, saluant une démarche alignée sur la stratégie nationale de valorisation des compétences numériques.
Voquart, un porte-voix des quartiers
Créée en 2021, la plateforme Voix des quartiers se définit comme un haut-parleur des aspirations locales. François Packa, gestionnaire de projets, explique qu’elle veut « ressusciter le sentiment républicain » en valorisant les talents cachés des périphéries brazzavilloises.
Face à une capitale qui compte désormais plus de 2,1 millions d’habitants, l’organisation prône une approche communautaire intégrée, mêlant mentorat, cartographie participative et journalismes de quartier pour connecter les zones réputées enclavées.
Packa souligne que Voquart ne se limite pas à Brazzaville : Pointe-Noire et Dolisie sont déjà dans le viseur, avec l’ambition d’un maillage progressif jusqu’aux localités les plus reculées, afin de consolider cohésion et stabilité sociale.
La député Alban Kaky, élue de Makélékélé, a également salué une initiative « salutaire » capable de pousser chaque citoyen à devenir l’architecte de son quartier. Pour lui, connaître son environnement est la première pierre d’un développement durable et solidaire.
Des soutiens institutionnels en phase
Les pouvoirs publics observent avec intérêt ces programmes qui font écho au Plan national de développement numérique, axé sur l’entrepreneuriat digital et l’employabilité des jeunes urbains.
Pour Clanel Okana, le CCJ entend mobiliser ses antennes afin de relayer les modules de formation dans d’autres campus, collèges techniques et maisons de jeunesse, renforçant ainsi la diffusion d’une culture numérique responsable.
Le ministère de l’Enseignement supérieur, représenté aux travaux, a rappelé que l’accès à la connaissance en ligne complète les cours magistraux. « Université physique et université virtuelle doivent avancer main dans la main », a insisté un conseiller, invitant à multiplier les hotspots.
Entre deux selfies, plusieurs étudiants ont confié leur envie de créer des clubs tech dans leurs arrondissements. D’autres projettent déjà des mini-boutiques en dropshipping pour financer les frais universitaires dès le second semestre.
Des perspectives qui dépassent le campus
À l’issue de la Voquart Class, un réseau WhatsApp dédié a été lancé afin de maintenir l’entraide et partager offres de stages, appels à projets ou astuces de cybersécurité. En vingt-quatre heures, plus de 300 membres y échangeaient déjà visios et émojis.
Voquart prévoit d’y diffuser prochainement des capsules vidéo tournées dans les quartiers pour illustrer le micro-commerce digital, la gestion d’une chaîne YouTube ou l’impression 3D d’objets du quotidien. Objectif : apprendre en image et inspirer par l’exemple.
Une deuxième édition est déjà évoquée pour 2024, avec l’ajout d’un hackathon centré sur les solutions vertes. Les organisateurs rêvent d’y inviter des influenceurs tech de la diaspora congolaise afin de créer des ponts entre Brazzaville et Paris.
En attendant, les jeunes repartent avec la conviction que la toile n’est pas seulement un cloud de divertissement, mais une passerelle vers l’autonomie économique et la participation citoyenne, à condition d’y naviguer avec rigueur et créativité.
