Deux prodiges sur le tatami chinois
À seulement vingt ans pour Walikemot Neem et vingt-deux pour Bouassa Jonathan, les deux sociétaires du club Central Taekwondo de Brazzaville ont découvert l’intensité d’un Championnat du monde en affrontant, à Wuxi, certains des meilleurs combattants de la planète.
Leur motivation était simple : hisser le drapeau tricolore sur une scène dominée par la Corée du Sud, la Chine ou encore l’Iran, tout en engrangeant l’expérience indispensable pour rejoindre, un jour, le gratin continental voire le cercle fermé des athlètes olympiques.
Un Mondial relevé, des débuts prometteurs
Sur les tatamis du centre sportif de Wuxi, Neem concourait chez les moins de 63 kg. Dès son premier tour, il a croisé la route d’un vice-champion asiatique. Combat accroché, mais le Congolais s’incline de trois petits points au gong final.
Quelques heures plus tard, Bouassa se présentait en moins de 58 kg. Opposé à un redoutable Tunisien, il a su maintenir l’égalité jusqu’au dernier round avant de céder sur un enchaînement retourné à la tête, applaudissant sportivement la prouesse de son adversaire.
Coachs de haut vol et esprit d’équipe
Derrière ces prestations se cache la patte des entraîneurs Bazebizonza Floris et Mananga Olivier, tous deux diplômés du centre mondial Kukkiwon. Leur credo : préparation physique pointue, gestion du poids sans carence et sparring intensif filmé pour corriger le moindre placement de pied.
« Nos garçons n’avaient rien à envier techniquement, il leur manquait juste la bouteille des grands rendez-vous », analyse Bazebizonza, joint par WhatsApp. « Nous avons observé les champions olympiques de près, et les retours vidéo vont nourrir nos prochains cycles d’entraînement au pays. »
Invitation surprise au Grand Slam Challenge
La performance globale de la délégation n’est pas passée inaperçue. Le comité d’organisation a glissé une invitation officielle pour le Grand Slam Challenge, toujours à Wuxi, tournoi réservé aux seize meilleurs de chaque catégorie et doté d’une prime de 70 000 dollars pour le vainqueur.
Neem et Bouassa n’ont pas laissé filer l’occasion. En trois semaines, ils ont peaufiné leur explosivité à l’académie Shaolin Taekwondo localisée dans le Jiangsu. Résultat : deux victoires chacun avant de s’arrêter, honorablement, au stade des huitièmes de finale.
La route vers les Jeux Africains
A peine rentrés à Maya-Maya, les deux combattants ont déjà les yeux tournés vers Accra, hôte des Jeux Africains 2024. Un podium continental offrirait un ticket direct pour les mondiaux 2025 et des points précieux dans la course à la qualification olympique.
Le ministère des Sports annonce un budget spécifique pour le stage de préparation prévu en février à Tunis. « Le potentiel est là ; nous devons juste multiplier les combats internationaux pour habituer nos jeunes aux styles variés », confirme un conseiller technique du département.
Former la relève nationale
Dans les quartiers Makélékélé ou Tié-Tié, les dojangs improvisés se multiplient. Les succès, même partiels, de Neem et Bouassa inspirent une nouvelle génération cajolée par les réseaux sociaux. Les vidéos de leurs combats cumulent déjà plus de 200 000 vues sur TikTok.
Au lycée Chaminade, un club extrascolaire vient même d’ouvrir, soutenu par quelques anciens boursiers de l’Institut national des sports. Objectif affiché : repérer d’ici deux ans une dizaine de filles et garçons capables d’alimenter les sélections cadettes puis juniors.
Le regard de la Fédération
Me Rihan Adel, manager de l’équipe nationale et prétendant déclaré à la présidence de la Fédération congolaise de taekwondo, salue « un tournant historique ». Selon lui, la discipline pourrait bientôt figurer parmi les quatre sports prioritaires au même rang que le football.
Il mise sur une gouvernance plus transparente et l’installation de plateaux régionaux à Pointe-Noire, Dolisie et Ouesso. « Le vivier existe partout ; rapprocher la formation des athlètes réduira les coûts de transport et accroîtra la détection de talents cachés », insiste-t-il.
Objectif : podium olympique
Sur le plan international, la Fédération mondiale a revu les critères de qualification pour Paris 2024. Accumuler des points aux Opens G1 et G2 devient incontournable. Le Congo table ainsi sur six sorties en Afrique et deux en Europe sur l’exercice prochain.
L’objectif affiché reste modeste mais clair : placer au moins un athlète dans le top 20 mondial avant décembre. Au-delà, viser le podium olympique passera par une préparation centralisée, possiblement à Rabat, où l’altitude et les équipements sont réputés.
Un engouement national encouragé
Sur les réseaux, les hashtags #TeamNeem et #BouassaPower tutoient déjà ceux du handball ou du basketball. Plusieurs marques locales de boissons isotoniques envisagent des contrats d’image, preuve que le taekwondo congolais commence à séduire bien au-delà du cercle martial traditionnel.
Reste désormais à transformer l’essai : pérenniser le financement, renforcer l’encadrement médical et faire entrer la discipline dans les programmes d’éducation physique. Si ces leviers s’activent, les coups de pieds tournoyants de Neem et Bouassa pourraient très vite devenir un symbole national.
Comme le souligne l’ancien champion Hervé Moliki, aujourd’hui consultant sur Télé Congo, « le taekwondo porte des valeurs de persévérance en harmonie avec l’ambition du pays. Avec un soutien coordonné, nos jeunes peuvent viser des succès internationaux qui rejailliront sur l’ensemble du sport congolais ».
