La dynamique trimestrielle, chiffres et secteurs moteurs
Dans un contexte où la croissance mondiale est encore suspendue aux soubresauts des chaînes d’approvisionnement et des ajustements monétaires, la Zambie vient d’inscrire un résultat inattendu : 4,5 % d’expansion du produit intérieur brut au premier trimestre 2025. L’Agence zambienne des statistiques, en publiant ces données le 26 juin, rappelle qu’un an plus tôt la progression ne dépassait pas 2,2 %. L’écart de 2,3 points souligne une accélération qui tranche avec la prudence observée chez plusieurs voisins d’Afrique australe et centrale.
Cette vigueur s’explique par trois piliers clairement identifiés. Le segment agricole a bénéficié d’une pluviométrie régulière et d’une intensification de l’irrigation publique. La sylviculture, secteur longtemps discret, profite à présent d’investissements dans la transformation locale du bois. Enfin, l’industrie manufacturière a retrouvé des marges grâce à l’allégement ciblé de certaines taxes douanières sur les intrants stratégiques, mesure saluée comme « une soupape indispensable » par le ministre des Finances Situmbeko Musokotwane lors d’une allocution à Lusaka.
Résilience agricole et innovation sylvicole au cœur de la performance
Le retour des pluies en quantité suffisante n’est qu’un élément du renouveau agricole. Les autorités zambiennes ont consolidé le programme Farmer Input Support, distribuant semences améliorées et engrais subventionnés à plus d’un million de petits exploitants. Selon le bureau national de planification, le rendement moyen du maïs a progressé de 18 % par rapport à la campagne précédente. Ce bond a alimenté la transformation agro-industrielle, permettant de réduire les importations de farine et d’épargner des devises.
Parallèlement, la sylviculture, souvent réduite à l’exportation de grumes, se réinvente. Des scieries semi-automatisées implantées dans les provinces du Nord-Ouest et de Muchinga transforment désormais le teck et le mukwa sur place. L’exportation de panneaux contrecollés, plus rémunératrice, a progressé de 27 % en valeur. « Nous voulons cesser d’être de simples fournisseurs de matières premières », explique John Mulenga, directeur d’une usine de Kitwe, convaincu que la valeur ajoutée forestière offrira des emplois durables aux jeunes.
Cuivre, énergies vertes et diversification : un cocktail stratégique
L’exploitation du cuivre, ressource traditionnelle, reste un pilier incontournable. Le redressement des cours à plus de 9 000 dollars la tonne a soutenu les recettes publiques, mais Lusaka s’attache à ne pas reproduire les cycles de dépendance. Les négociations avec deux grands consortiums canadiens ont abouti à des accords intégrant des clauses de contenu local, obligeant les compagnies à réserver une part de leurs achats à des PME zambiennes.
Signe d’un repositionnement, le président Hakainde Hichilema a inauguré en avril une centrale solaire de 200 MW dans la province de Lusaka-Ouest. Ce projet, financé par la Banque africaine de développement et un partenaire français, alimente déjà les zones industrielles, soulageant le parc hydraulique soumis aux aléas climatiques. L’énergie renouvelable devient l’alliée d’une diversification qui inclut l’assemblage de piles au lithium destinées aux marchés d’Afrique de l’Est.
Quels enseignements pour la jeunesse congolaise et la sous-région
Brazzaville suit de près ces indicateurs. Pour les jeunes entrepreneurs congolais, la trajectoire zambienne illustre la valeur d’une politique de filières intégrées, reliant agriculture, transformation et exportation. « Le modèle zambien met en évidence la nécessité d’abriter la valeur ajoutée sur le sol national avant toute ouverture commerciale », observe Gisèle Nkouka, économiste à l’Université Marien-Ngouabi.
Les discussions entre la Zambie et la République du Congo autour du corridor ferroviaire Lobito-Brazzaville offrent des perspectives concrètes. L’acheminement plus fluide du cuivre vers l’Atlantique allégerait la pression sur les postes frontière d’Afrique australe et stimulerait des zones économiques spéciales congolaises. Cette coopération Sud-Sud pourrait devenir un vecteur d’emplois, particulièrement dans la logistique, la maintenance ferroviaire et le transit douanier, créneaux prisés des 20-35 ans.
Perspectives macroéconomiques et stabilité financière à court terme
Le Fonds monétaire international estime que la croissance annuelle zambienne pourrait s’établir à 4,2 % pour l’ensemble de 2025, sous réserve de la poursuite des réformes budgétaires. Lusaka a d’ores et déjà restructuré 6,8 milliards de dollars de dette extérieure, réduisant son service annuel d’environ 33 %. Cette marge budgétaire permet d’accroître les dépenses sociales sans compromettre la stabilité monétaire.
Côté risques, la progression dépend encore d’une météo clémente et d’une demande mondiale de cuivre soutenue par la transition énergétique. La Banque de Zambie maintient pour l’heure un taux directeur de 9,5 %, jugeant l’inflation « contenue mais vigilante » après un pic à 11 % en 2023. L’approche graduelle, combinée à des partenariats public-privé, confère à l’économie zambienne un profil résilient que la jeune génération congolaise peut observer comme un cas d’école régional, sans oublier les spécificités nationales qui façonnent chaque trajectoire.
